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Du budget 2006 en général et du budget du logement en particulier.
Rédigé le mardi 25 octobre, après la séance de nuit de l'Assemblée
Nationale où l'amendement Auberger qui permettait le maintien du
F.G.A.S. a été repoussé et remplacé par un amendement du Gouvernement
sur les deux derniers alinéas du 1 de l'article 21.
Chacun le sait aujourd'hui, la commission européenne nous contraint
à limiter notre déficit budgétaire à 3 % du P.I.B.
Ce chiffre est repris partout et devient, dans l'esprit public,
une sorte de déficit aussi banal qu'inévitable, un peu comme si
notre banque nous autorisait chaque année un petit découvert que
nous pourrions solder facilement l'année suivante.
Ce chiffre de 3 % est une véritable calamité
car, encore une fois, il rend parfaitement banal, admis par tous,
l'énorme déficit affiché dès l'origine du débat budgétaire et dont
on sait parfaitement d'ailleurs qu'il sera toujours dépassé en fin
d'exercice.
Car le déficit prévu dans une hypothèse optimiste de croissance
à 2,5 %, c'est 59 milliards d'euros (rappelons-nous, 387 milliards
de nos francs 2000), c'est-à-dire 27 % des recettes budgétaires
prévues.
En outre, il est nécessaire de se poser
une question : ce chiffre est-il crédible ?
Tout esprit de bonne foi qui n'est pas condamné à l'éloge du
gouvernement et de la majorité ne peut, hélas, que répondre non.
Et ceci pour au moins trois raisons :
1 - Le seul déficit de l'Etat
à fin août 2005 était de 63 milliards d'euros contre 58 milliards
à fin août 2004. Rien de grave nous dit le Ministre des finances,
excellent communicateur, ce n'est jamais dû qu'à des facteurs de
trésorerie qui se résorberont en septembre ou octobre. On en reparlera
début novembre.
2 - Ce déficit affiché est fondé
sur un certain nombre de " trucs " (euphémisme pour ne pas
dire truquage) dignes de ce que les organismes de contrôle, qu'ils
soient boursiers, bancaires ou fiscaux, considéreraient comme des
délits financiers :
- un véritable hold-up sur le fonds de garantie des prêts d'accession
sociale pour 1,4 milliard ;
- le ramassage des bénéfices des sociétés d'autoroutes à qui l'on
prend avant privatisation un petit milliard d'euros ;
- la soulte - mot absolument impropre - des fonds de retraites provisionnés
par la Poste, la Banque de France et la C.C.I.P. dont les salariés
devraient à l'avenir dépendre du régime général des retraites.
Ce dernier point est un véritable scandale.
Il consiste à mettre dans le budget de l'Etat une somme de 2 milliards
d'euros qui va venir aggraver le déficit du régime général des travailleurs
salariés, dans la réalité, faire payer par ceux-ci les fameux régimes
spéciaux de fonctionnaires et d'entreprises nationalisées qui n'ont
fait l'objet d'aucune réforme.
Ajoutons à ces 4,4 milliards, environ 4 milliards d'euros inclus
dans un certain nombre de textes de loi votés les années précédentes
et qui conduisent à prévoir de façon certaine des dépenses non provisionnées
(dégrèvements de taxes professionnelles, suppression de la surtaxe
de l'I.S., augmentation du crédit d'impôts recherche, baisses d'impôts
accordées d'avance en 2005 pour 2006...)
M. Gilles Carrez, le rapporteur général du budget, a énuméré lui-même
en détail ces sommes.
Voilà donc 8,4 milliards qui ressortent de la cavalerie budgétaire
ou de dépenses non provisionnées, ce qui revient au même.
3 - Enfin, le budget 2006
est fondé sur un taux de croissance de 2,5 là où le consensus des
économistes affiche 1,8.
Il faut tout de même savoir que 1 point
de P.I.B. représente 18 milliards d'euros.
Or cet affichage de dépense à 217 milliards ne tient pas compte
de la bataille politique qui va durer toute l'année 2006 pour préparer
la présidentielle de 2007.
On connaît le mépris de fer de Jacques Chirac pour les contraintes
européennes comme pour les contraintes financières, on connaît tout
simplement la loi fondamentale du marketing politique : affichons
tous les cadeaux possibles avant les élections, les électeurs paieront
plus tard.
Ce budget n'est ni véridique, ni fiable. Il finira très vraisemblablement
non à 59 milliards de déficit mais entre 75 et 80 milliards.
Qui viendront naturellement s'ajouter au " plus de mille milliards
" de dettes dont hériteront à la fois nos vieux pour une retraite
en peau de chagrin et nos jeunes parce qu'ils devront payer à la
fois pour le passé et pour l'avenir.
Et pour le logement quelles conséquences
?
L'Etat a fait un choix délibéré dont il s'imagine que tout le "
peuple de gauche " va le féliciter et qui lui ramènera sans coup
férir une bonne partie de l'électorat socialiste :
c'est le choix du tout H.L.M. (les crédits de 100 000 H.L.M.
sanctuarisés sur 5 ans),
- de la restauration prioritaire des quartiers dégradés,
- de la poursuite plus rigoureuse de l'objectif des 20 % de logements
sociaux dans le parc comme dans les flux.
Cette politique peut tout simplement être qualifiée de " simplette
".
Rien n'est plus facile, rien n'est plus simple, que de sanctuariser
des crédits, les déficits sont là pour ça.
Mais il est bien simplet de penser que
cette politique peut résoudre les très graves problèmes de société
que posent :
- l'intégration des immigrés de première ou seconde génération,
- la dégradation des quartiers déshérités et la mixité sociale.
Si c'était si simple, cela se saurait et les socialistes au pouvoir
les 2/3 du temps depuis 1981 auraient réussi.
La construction annuelle de 100 000 H.L.M., la destruction systématique
des ZUP et leur reconstruction pour moitié ou pour les 2/3 au même
endroit ne résoudront rigoureusement rien.
Nos ministres et nos hauts fonctionnaires seraient bien avisés de
lire un peu plus de sociologues (notamment l'excellent livre
de M. Donzelot " Faire société ") et de mieux connaître la réalité
des banlieues avant d'adopter une politique si banale.
Construire une H.L.M. aujourd'hui c'est d'abord donner ce nouveau
logement à quelqu'un qui y restera à vie et non à un nouveau locataire
signant un bail trois, six, neuf. D'autant que les immeubles
construits aujourd'hui sont dix fois meilleurs qu'hier.
Si la location H.L.M. connaissait un taux
de rotation non pas analogue à celui du parc privé mais simplement
supérieur de 1 % au taux actuel, c'est 50 000 nouveaux H.L.M. qui
seraient disponibles chaque année.
De plus, les élus, les animateurs de quartier, les sociologues,
les spécialistes de rénovation urbaine savent bien que détruire
et construire est une bien petite partie de ce qu'il faut faire
pour remettre dans le courant de la vie, pour insérer socialement,
pour redonner de la sécurité et de l'espoir aux plus défavorisés.
Dans le grand débat que l'on désigne parfois de façon synthétique
par les mots " place versus people ", c'est-à-dire refaire l'espace
ou réinsérer la population dans la vie active du Français moyen,
M. Borloo et son entourage ont choisi la solution la plus simple,
c'est-à-dire la solution " place ", la solution ANRU, la solution
refaire le quartier sur place, du moins pour la majorité. Cela coûte
très cher (42 % du coût d'un H.L.M. ordinaire et 56 % du coût d'un
P.L.A.-I).
Le démarrage est nécessairement très lent car les H.L.M. ont largement
perdu l'habitude de construire du neuf et se heurtent à la fois
au coût des terrains et à des règles d'urbanisme impossibles.
Enfin, cela ne résoudra rien si on n'accompagne
pas la construction par des mesures plus profondes, plus lentes,
plus coûteuses de réinsertion sociale.
Beaucoup plus grave, pendant que l'on a tout axé sur le secteur
H.L.M. et la rénovation, on a froidement laissé tomber l'accession
sociale à la propriété.
D'abord parce que le gouvernement a réalisé un véritable hold-up
sur le fonds de garantie de l'accession à la propriété (F.G.A.S.),
un des moyens les plus économiques et les plus modernes de développer
l'achat de leur maison ou de leur appartement par les classes moyennes
et même les salaires relativement bas.
En raflant la totalité des sommes disponibles dans ce fonds pour
boucler ce budget, soit 1,4 milliard, l'Etat
risque de condamner tout simplement les prêts d'accession sociale.
L'absence d'un accord entre le Ministère des finances et les
banques sur le F.G.A.S. risque de compromettre gravement, voire
d'interrompre, le prêt à taux zéro qui finance aujourd'hui la bagatelle
de 220 000 logements par an, dont 80 000 logements neufs.
Un amendement de M. Philippe Auberger laissait pourtant à l'Etat
900 millions d'euros sur le 1,4 milliard prélevé, à notre sens,
de façon tout à fait illégale.
Des consultations juridiques sont d'ailleurs en cours à la Fédération
Française des Banques sur ce sujet car l'Etat n'a rien cédé et a
fait voter un amendement " subordonnant sa garantie à une participation
financière des établissements de crédit ".
Alors quid du million de prêts actuellement garantis par ce fonds
qui n'a plus un sou si le budget est voté tel quel ?
Certes la conjoncture est excellente aujourd'hui mais tout le monde
sait que le point haut est atteint et que l'atterrissage est prévu
en 2007 et sans doute une certaine baisse de prix en 2008.
Par ailleurs, la formule de location/accession proposée par les
pouvoirs publics en 2004, est beaucoup trop complexe et n'a pratiquement
pas démarrée (P.S.L.A.).
Enfin, on continue de confondre logement
social et organisme H.L.M., ce qui exclut la participation des entreprises
privées à la construction de ce secteur. Or celles-ci savent parfaitement
construire au même prix si elles bénéficient du même taux de TV.A.
et du même taux de crédit.
Elles ont de plus l'avantage de savoir ce que veulent leurs clients
puisqu'elles vendent en majorité leurs maisons et leurs appartements.
Il suffit de leur donner un cahier des charges en matière de
prix plafond et de revenu, elles sauront faire.
Un dernier point : après le Périssol, le
Besson, le Robien, voici venir le Borloo.
- Une nouvelle durée d'amortissement prise en compte,
- un nouveau plafond de ressources pour les locataires,
- une déduction dont on ignore encore si elle sera incluse dans
la niche fiscale forfaitaire,
on a vraiment le sentiment d'une politique conçue au jour le
jour et de " rustines " posées à la hâte pour tenir compte du dernier
état de la conjoncture sans aucune philosophie et sans aucune stratégie
à long terme.
Quant à nous, ce qui nous paraît grave, c'est l'absence complète
de réflexion commune entre Ministres et hauts fonctionnaires des
finances d'une part, professionnels d'autre part.
Tous étaient d'accords pour revoir les avantages liés aussi bien
à l'investissement de Robien qu'à la loi Malraux et même aux 14
% que pouvait déduire un propriétaire.
Quelques réunions bien préparées autour d'une table et quelques
semaines de réflexion auraient permis d'aboutir à un accord sans
doute très durable.
Au lieu de quoi, on passe comme d'habitude,
du Périssol au Besson, du Besson au Robien, du Robien au Borloo
et demain à quoi d'autre ?
Une vraie politique du logement c'est fondamentalement un problème
de société.
Il n'y a aucune philosophie, donc aucune
stratégie, donc aucune politique vraiment crédible et durable dans
les mesures improvisées
et changeantes dictées par un Etat impécunieux. 21
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