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Le nouveau plan banlieue pose plus de questions qu'il n'en résout.


Le plan espoir banlieue présenté par le Président de la République à l'Elysée le 8 février 2008 peut être synthétisé autour de quelques grands thèmes précédés d'un propos liminaire qui voulait tourner le dos aux politiques précédentes mais n'y est guère parvenu.
Le Président souhaite en effet rompre avec la logique des zones (ZEP, ZUS, quartiers prioritaires) mais n'indique pas de réformes claires dans ce domaine.
Il est certain que 751 quartiers baptisés ZUS et 2 200 quartiers baptisés prioritaires conduisent à l'absence de toute priorité.
C'est la ville qu'il faut traiter dans son ensemble, c'est-à-dire l'agglomération urbaine. Mais rien n'est dit sur la manière d'y parvenir, ni même sur les axes de travail.

Les six grands thèmes ou chantiers abordés sont :
- La sécurité
Une seule innovation a été énoncée ici. Elle pourrait être très importante mais n'a pas été du tout développée, sans doute de crainte de l'habituel concert anti-sécuritaire de la gauche :
" Je veux que les habitants et les forces de sécurité apprennent à se connaître et à se respecter... Des réservistes expérimentés seront recrutés comme délégués à la cohésion, police-population. Ils s'appuieront sur des volontaires citoyens de la Police Nationale, c'est-à-dire des habitants dont je veux engager le recrutement pour qu'ils s'impliquent dans la sécurité de leur propre quartier. "
C'est en fait l'amorce d'une garde nationale ou d'une garde civique à l'anglo-saxonne.
Certains députés socialistes qui participaient à cette présentation s'en inquiétaient à voix haute.
Mais pour le reste, il n'y a rigoureusement rien de nouveau quant à une réforme de fonds des méthodes de sécurisation de la banlieue.

- L'éducation
Beaucoup d'annonces dans ce domaine avec le souhait de généraliser les écoles de la deuxième chance financées notamment par la taxe d'apprentissage.
Annonce aussi de la fermeture des établissements le plus " ghettoïsés " avec l'expérimentation du busing pour transporter les élèves vers les écoles de centre-ville.
Création enfin de pôles d'excellence dans les lycées des banlieues défavorisées.
Ces annonces étaient intéressantes mais pourquoi ne pas avoir traité en toute priorité du problème fondamental de l'enseignement existant dans les établissement existants.
60 % des élèves sortent de l'école primaire bien formés, indique le dernier rapport du Haut Conseil de l'éducation.
Reste cet énorme pourcentage de 40 mal formés. Que faire ?
Les performances de lecture des élèves de CM1 les places au dernier rang de l'union européenne à égalité avec la Slovénie.
Si le Président dénonce à juste titre les 150 000 jeunes sortant de l'école sans aucune qualification, ce ne sont pas les trente pôles d'excellence qui vont remédier à cette situation.
Les réactions des " Français moyens " aux propos présidentiels recueillis le lendemain par une enquête étaient d'un grand bon sens : avant de s'occuper d'une nouvelle école pour ces 150 000 jeunes en échec, il vaudrait mieux leur apprendre à travailler dès le plus jeune âge pour qu'ils ne soient pas en échec. Rien sur le problème essentiel du rapprochement entre collèges, lycées et entreprises, rien sur les systèmes de parrainage, de sponsoring, de transformations des lycées...

-L'emploi
L'innovation présentée par le Président, c'est la signature d'un contrat d'autonomie entre des entreprises spécialisées dans l'insertion professionnelle et les jeunes.
Ces contrats visent à préparer 100 000 jeunes à un emploi stable et durable sur trois ans, soit 33 000 jeunes par an.
Il y a évidemment une certaine disproportion entre ce chiffre de 33 000 et les 150 000 jeunes qui sortent du système éducatif sans aucun diplôme.
En outre, rien n'est dit dans ce domaine sur ce que seront ces entreprises spécialisées dans l'insertion professionnelle et quels moyens leur seront donnés.
Deux types d'entreprises semblent adaptés à cette tâche : les sociétés d'intérim d'une part, les sociétés d'out-placement d'autre part.
Il est évidemment souhaitable d'y ajouter une partie du personnel de l'ANPE et des missions locales.
Puisque leurs compétences semblent vraiment insuffisantes, pourquoi ne pas les former... et les " réformer " ?

- Discrimination positive
C'est un point sur lequel le Président a ouvert plusieurs pistes :
- Préparation spécifique aux concours de la fonction publique,
- accompagnement des jeunes des quartiers à la création d'activités et d'entreprises,
- accord entre les lycées et les écoles grandes et moyennes pour favoriser l'entrée des jeunes des quartiers dans les classes préparatoires.
Toutefois, là encore, il nous semble que le discours présidentiel a manqué de souffle.
Le candidat Sarkozy n'avait pas hésité à parler d'incitation forte à la diversité, manière de tourner l'obstacle de la discrimination positive.

- Transports
Une enveloppe de 500 millions doit être consacrée au désenclavement des quartiers sensibles.
C'est une bonne chose. Mais il aurait été indispensable, parallèlement, d'aborder la question ultrasensible du permis de conduire. Celui-ci coûte entre 1 500 et 2 500 euros.
Des dizaines de milliers de jeunes sont totalement bloqués par ce coût.
Alors que l'on demande 500 euros pour s'inscrire en faculté, ce qui donne droit à la Sécurité Sociale, à la mutuelle, aux restaurants universitaires...
on est incapable en France de régler ce problème simple du permis de conduire qui est un formidable handicap pour les jeunes.
D'autant qu'il existe une forte demande d'emploi dans le secteur des transports routiers (62,6 % des offres d'emploi non satisfaites), des transports publics et des transports de personnes.

- Gouvernance
On reste ici dans la formule bien classique en France du " tout Etat ".
- Les ministères concernés devront présenter un programme sur trois ans pour mobiliser leurs services dans les quartiers.
- Le rôle de pilotage du conseil interministériel des villes sera renforcé.

- Enfin, des représentants de l'Etat seront nommés dans chaque quartier (plus de 1 000 ?) avec autorité sur tous les services publics pour réaliser les objectifs définis dans ce discours.
Soyons clairs, ces trois mesures concernant la gouvernance du programme sont identiques à celles pratiquées depuis trente ans.
Héritage&Progrès a sur ce sujet une vision très différente des choses.
L'Etat, depuis trente ans, a fait la preuve de son impuissance.
C'est à la société civile non pas, bien sûr, de tout faire, mais d'être associée très étroitement aux politiques publiques.
Ce sont les maires, sur lesquels repose l'effort quotidien, les entreprises qui sont les seuls employeurs possibles puisqu'il faut dégonfler les effectifs de la fonction publique, les associations de terrain - à condition de les évaluer - qui peuvent aider à la solution de ces problèmes et avec eux les milliers de bénévoles, jeunes retraités prêts à l'action. Car ni les préfets et sous-préfets, ni l'ANPE et les missions locales, ni les enseignants SFU - souvent incapables de distinguer employeurs et exploiteurs - ni les fonctionnaires, ne peuvent être les garants d'un plan banlieue réussi.
Leur bonne volonté n'est pas en cause mais leur psychologie est inadaptée aux actions " de choc ".
Certes, nombre d'enseignants, nombre de membres de la fonction publique, peuvent avoir et ont déjà une action très positive et quelquefois remarquable.
Mais l'organisation même des structures et des corps de l'Etat n'est pas faite pour régler des problèmes exceptionnels.

Ou l'on sortira des schémas classiques et on sensibilisera les entreprises à l'urgence de ces questions, ou l'on attendra... le huitième ou neuvième plan Marshall pour les banlieues. 42