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L'excellent article qui suit nous a été adressé par Jean-Louis Caccomo.
Economie de marché versus société de marché
" Le pacs a le vent en poupe. En 2006, 77 000 couples ont décidé
de signer un pacs, dont une majeure partie est constituée par des
couples hétérosexuels. Le nombre de " dépacsés " est aussi en augmentation,
ce qui contribue d'ailleurs au succès du pacs : la facilité de sortie
du couple facilitant les nouvelles entrées.
Cet engouement appelle quelques commentaires.
Ce succès révèle en effet la préférence naturelle et affichée des
gens pour la souplesse, l'arrangement contractuel et le sentiment
de liberté.
Pourtant, ce sont précisément ces valeurs
qui sont refusées aux agents économiques.
A en croire les partenaires sociaux, experts en dialogue social
(basé sur la violence et le rapport de force), les relations qui
unissent des hommes et des femmes au sein des entreprises devraient
être figées, réglementées et soudées une fois pour toutes, sans
aucune possibilité de " divorce " ou " remariage ".
Pourtant, nous sommes aussi des agents
économiques.
Les entreprises ont besoin de souplesse, d'arrangements
contractuels fondés sur la négociation plutôt que d'obligations
réglementaires, et de ce sentiment de liberté qui leur permet d'évoluer
et de s'adapter, ou de changer si l'environnement l'impose.
Car les facteurs de production sont mobiles et se renouvellent
sans cesse de sorte qu'il est impératif de revoir leurs combinaisons.
Celles qui marchaient hier peuvent devenir usées aujourd'hui.
La relation entre le salarié et l'employeur
repose normalement sur un contrat. En ce domaine aussi, on aimerait
avoir le choix entre l'union libre, le mariage ou le pacs ;
car un mariage forcé a peu de chance de succès.
Par ailleurs, plus la sortie est coûteuse, compliquée et difficile,
plus l'entrée le sera. Autrement dit, plus on rendra le licenciement
difficile, moins il y aura d'embauche de la même manière que si
les gens sont dans l'impossibilité de divorcer, ils se détourneront
du mariage.
L'analogie n'est pas anodine car un couple est aussi une unité économique
fondamentale.
Alors que l'entreprise combine du capital et du travail pour produire
des biens de consommation, le couple combine des individus pour
produire d'autres individus.
Et pour l'instant, en l'absence d'innovations technologiques radicales,
il faut combiner un homme et une femme pour faire des enfants.
Autrement dit, alors que l'entreprise est une unité de production,
le couple est une unité de reproduction.
C'est un aspect fondamental de la croissance économique étant
entendu que sans capital humain, sans êtres humains, il n'y aurait
plus de travailleurs, plus de consommateurs, plus d'entrepreneurs
du tout.
Il faut donc faire des enfants. Mais faire des enfants n'est pas
seulement un acte biologique. Il faut les éduquer pour qu'ils intègrent
un jour avec bonheur la population active. Généralement, ce sont
les parents qui éduquent leurs propres enfants même si on peut imaginer
des solutions diverses au fur et à mesure de la recomposition des
familles. En tous les cas, éduquer des enfants prend un certain
nombre d'années. C'est un processus chaotique qui prend son
sens sur le long-terme. Et le père que je suis ne connait pas la
recette miracle : c'est sans doute le métier le plus difficile,
le plus beau et le plus ingrat (je commence à peine à comprendre
aujourd'hui certaines des décisions de mon père mais il n'est plus
là pour que je lui témoigne ma reconnaissance). Eduquer un enfant
ne se fait pas en un jour. C'est sur la
base de ce constat vieux comme le monde que les sociétés ont mis
en place des institutions permettant aux familles de se constituer,
et si possible de durer, afin d'éviter que les couples se brisent
à la première difficulté venue (et les embûches sont
nombreuses et sont autant de sources de discordes dès qu'il s'agit
d'éduquer ses enfants). Bien-sûr, on ne peut pas forcer à rester
ensemble deux personnes qui ne s'aiment plus.
Mais il faut prendre garde de ne pas succomber à la demande de
flexibilité dans les domaines où elle ne s'impose pas toujours alors
qu'elle fait cruellement défaut dans les domaines vitaux de la production
des richesses.
Les moeurs sont un élément de rigidités qui assurent des cadres
aux individus et à la société qu'il est nécessaire parfois d'assouplir
mais qu'il est dangereux de détruire.
Jospin avait dit un jour " oui à l'économie de marché, mais non
à la société de marché ".
Pourtant, j'ai l'impression qu'en France,
on a fait exactement le contraire : on se ferme obstinément à l'économie
de marché (c'est-à-dire à l'économie du contrat libre) tandis que
la société de marché a déjà envahi toute la sphère sociale. "
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