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L'imaginaire de la
pluie et du beau temps : de la désertification au déluge.
L'irruption de Nicolas Hulot dans la campagne électorale est
le symptôme un peu effrayant du poids de l'image et donc de l'émotion,
dans le monde politique.
On sait bien que l'affectif et l'émotionnel jouent un rôle considérable
dans les décisions collectives des peuples.
Mais on sait aussi les conséquences graves, parfois dramatiques,
de ces émotions.
Le nazisme, le communisme, aujourd'hui la religion musulmane
nous montrent à quel point il est dangereux de s'écarter de la raison.
Le sujet du climat, comme celui de l'énergie,
des O.G.M., de l'eau et de la biodiversité sont des sujets trop
graves pour être laissés à la passion.
Or le catastrophisme, l'autoflagellation, le dénigrement systématique
des adversaires, l'éco-fondamentalisme, bref, la passion a envahi
en quelques années, et plus encore en trois mois, la réflexion sur
les phénomènes climatiques dont on sait pourtant qu'ils sont,
non pas très difficiles, mais impossibles à prévoir.
Il est particulièrement instructif de lire à cet égard l'ouvrage
d'un historien de l'imaginaire, Lucian Boia, sur " L'homme face
au climat ou l'imaginaire de la pluie et du beau temps ".
Ce fut longtemps, dit-il, le domaine réservé des dieux. Jupiter,
le chef de famille des dieux gréco-romains, était responsable du
tonnerre et de la foudre.
Les savants qui se sont penchés sur le climat depuis la fin du 18ème
ont souvent reproduit ce que Boia appelle " la logique du déluge
".
L'idée que la terre sera prochainement, sinon détruite, du moins
gravement atteinte par le déluge, courre à travers les plus grands
scientifiques des derniers siècles. Georges Cuvier (1821), Boucher
de Perthes (1864), Louis figuier (1863), Edouard Suess (1914), Léonard
Woolley ont été des scientifiques et des vulgarisateurs de grand
talent.
Ils ont tous cru que l'espèce humaine avait
été largement renouvelée plus d'une fois, que les déluges ont bien
existé à divers âges de l'humanité et risquent fort de se reproduire.
Un grand mathématicien français, A. J. Adhémar, a conçu une théorie
physique et mathématique de la périodicité des déluges (1842) :
selon lui, le mouvement des températures conduirait alternativement
à l'accumulation puis à la rupture des glaces aux deux pôles.
Cela produirait le changement périodique du centre de gravité du
globe et chaque fois un déluge universel.
Le dernier se serait produit il y a 4 200 ans, le prochain viendra
dans 6 300 ans.
Les scénarios catastrophe ne manquent pas, on en trouvera une synthèse
dans l'ouvrage " La fin du monde " publié en 1894 par Camille Flammarion,
véritable institution scientifique de son temps.
Après avoir parcouru avec Lucian Boia l'histoire de nos mythologies
climatiques, il faut absolument se plonger dans le dernier livre
de Claude Allègre : " Ma vérité sur la planète ".
Dans un style très agréable et relativement facile, voilà le
livre d'un grand scientifique qui remet les pendules à l'heure.
Elles en avaient vraiment besoin.
On est effaré quand on lit Allègre de constater
l'invasion dans la presse, et même dans une presse d'assez haut
niveau, d'un catastrophisme totalement infondé.
Non pas que Claude Allègre nie l'importance
du problème et l'attention qu'il faut y apporter. Simplement, son
livre a l'énorme mérite d'abord d'analyser, ensuite de développer
les principes mêmes du doute scientifique, enfin de proposer des
actions réalistes visant à améliorer les choses et non à faire peur.
Au lieu de développer la culpabilité imbécile des pseudos écologistes
n'osant plus monter dans une voiture sans demander pardon à
l'humanité, Allègre propose toute une série de mesures pratiques
et concrètes permettant de réduire les émissions de CO2 et de s'adapter
progressivement à des évolutions dont on sait qu'elles sont centenaires.
Un livre à lire absolument si l'on veut parler intelligemment "
de la pluie et du beau temps ", sujet dont tout bon psychologue
vous fera remarquer qu'il s'agit du sujet de conversation le plus
fréquent entre les hommes.
L'homme face au climat,
l'imaginaire de la pluie et du beau temps - Lucian Boia - Ed. Les
Belles Lettres, mai 2004, 207 pages, 16 euros.
Ma vérité sur la planète - Claude Allègre
- Ed. Plon/Fayard, avril 2007, 237 pages, 18 euros. .
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