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L'Education Nationale, priorité des priorités.
Que l'on étudie l'origine du chômage, que l'on travaille sur les
délocalisations et les moyens de retenir le travail en France, que
l'on approfondisse les problèmes de la pauvreté et de l'aide sociale,
on retrouve toujours et partout la même question : Pourquoi près
de 20 % de la population française est-elle difficilement employable
?
Et l'on a toujours la même réponse : Parce que tout est joué
à vingt ans et que, dans nos sociétés modernes, l'absence de qualification
est un formidable handicap dans la vie, voire même une impossibilité
d'intégration.
A cela, il n'y a que deux remèdes et ils sont aussi mal appliqués
l'un que l'autre en France :
1) Discerner assez
rapidement, c'est-à-dire dès l'âge de 15 ou 16 ans, les élèves qui
sont beaucoup plus aptes à entrer rapidement dans la vie professionnelle
qu'à prolonger le lycée -
quitte à compléter plus tard leur formation générale.
Cela veut dire clairement développer l'enseignement en alternance
et l'apprentissage dès l'âge de 16 ou 17 ans, ce que font apparemment
mieux que nous l'Allemagne, l'Angleterre et d'ailleurs la plupart
des pays européens.
2) Organiser pour ces jeunes qui ont arrêté
leurs études à 16 ans une véritable deuxième chance avec un système
de formation permanente axé sur les plus défavorisés
alors qu'aujourd'hui ce système est utilisé aux deux tiers par les
cadres supérieurs.
Pour mettre en place la première mesure il faudrait que les directeurs
d'écoles et de collèges aient un minimum de connaissances, d'intérêts
et de relations avec l'entreprise. Ce n'est pas souvent le cas.
Pour mettre en place la seconde solution, la formation permanente
devrait être organisée par les acteurs de la vie professionnelle
et les partenaires sociaux.
En défendant à corps et à cris la liberté totale du choix pour la
formation permanente des salariés, les partenaires sociaux font
un redoutable contresens et militent en fait contre l'intérêt de
ceux-ci.
Il nous a semblé utile de reproduire ici quelques lignes d'un excellent
article des Echos :
" Le drame de l'école qui écrème. La manie de l'écrémage se lit
dans des chiffres globaux effarants. 150 000 jeunes sortent chaque
année du système scolaire sans la moindre qualification. Ils ont
coulé trop tôt. Un étudiant sur deux sort de l'université sans diplôme.
Tout se passe comme si la machine éducative n'avait pas d'autres
buts que de sélectionner inlassablement les meilleurs sans se soucier
des autres. Il est impossible de comprendre autrement deux spécificités
françaises.
La première est le taux très élevé de redoublements, phase typique
de l'écrémage. 38 % des élèves de 15 ans ont redoublé au moins une
classe en France, trois fois plus que la moyenne des pays développés,
13 %.
La seconde est ce qu'André Antibi appelle " la constante macabre
".
Après avoir mouliné des millions de notes, ce mathématicien de Toulouse
parvient toujours au même constat : dans une classe française, il
y a toujours un tiers de bons élèves, un tiers de moyens et un tiers
de mauvais.
Cette constante ne s'observe pas dans les autres pays de l'OCDE.
Cela signifie que la note française est
fabriquée pour trier et non pour évaluer.
" Dire qu'un tiers est mauvais, ce n'est pas orienter, ce n'est
pas évaluer, c'est trier car on peut être mauvais en français ou
en mathématiques et être bon et opérationnel dans la vie pratique.
"
Eliminés du système scolaire, beaucoup de Français ne veulent
pas y revenir. A vrai dire, le contraire relèverait du masochisme.
La formation est pourtant un enjeu vital. Il est essentiel
que les employeurs s'efforcent d'en convaincre leurs salariés. La
fameuse " employabilité " est ici en jeu.
Toute l'institution scolaire, de la maternelle à l'enseignement
supérieur, va devoir changer de logiciel pour faire passer la sélection
au second plan de ses priorités.
Le défi est d'autant plus grand que tous ceux qui travaillent à
l'école, ou réfléchissent dessus, des profs de collèges aux ministres
en passant par les experts, on le plus grand mal à comprendre où
est le problème. Pour une raison évidente : la crème c'est eux.
"
On ne peut rajouter qu'une note à cet article : ceux
qui sont le problème ne peuvent pas le résoudre.
C'est vrai pour la réforme de l'Etat comme pour la réforme de l'école
et de la formation permanente. 29
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