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Islam et Chrétienté
A propos de Benoît XVI... et de Pascal Bruckner


L'actualité est si rapide que la vague de manifestation suscitée d'abord par les caricatures de Mahomet parues dans un obscur journal danois, ensuite par les propos de Benoît XVI à l'Université de Ratisbonne, est déjà presque oubliée.

Oubliée par la presse mais hélas ressentie durement dans la vie quotidienne des chrétiens d'Orient et de l'Asie islamique où sept églises ont été incendiées, plusieurs religieux et des groupes de chrétiens agressés et où les tensions interreligieuses sont loin d'être apaisées.
Les propos du Pape Benoît XVI, tenus devant une petite assemblée de représentants de la science et des religions, ne méritaient ni cet excès d'honneur ni cette indignité.
Discours philosophique, il n'était évidemment pas destiné à être mis sur la place publique, d'autant qu'en rendre compte dans un langage journalistique était quasiment impossible.
Indiquons ici que le texte intégral des propos tenus le 12 septembre par Benoît XVI à Ratisbonne a été intégralement reproduit dans le quotidien " La Croix " du 18 septembre 2006.

De façon plus lisible, il nous a paru important d'apporter, dans ce débat, un texte de Pascal Bruckner tiré de l'ouvrage qui vient de paraître (octobre 2006), " La tyrannie de la pénitence ". Le voici :
" Christianisme, islam : deux religions impérialistes, persuadées de détenir la vérité et prêtes à faire le salut des hommes malgré eux par l'épée, le bûcher, l'autodafé. Mais le christianisme, usé par quatre siècles d'oppositions violentes en Europe, a dû céder du terrain et admettre le principe de laïcité d'ailleurs inscrit dans les évangiles.
On peut imputer bien des crimes à l'église catholique ; au moins le christianisme a-t-il commencé à faire son aggiornamento marqué pour les catholiques par le concile de Vatican II (1962/1965).
Les excuses solennelles adressées ensuite par Jean-Paul II à la communauté juive, aux Indiens d'Amériques latines, aux orthodoxes, aux protestants, aux Africains sur l'île de Gorée au Sénégal, la reconnaissance des erreurs de la papauté dans l'appréciation des principales découvertes scientifiques depuis Galilée, la condamnation des croisades, le renoncement à l'évangélisation forcée ont marqué le couronnement de ce processus sans précédent.
Et bien qu'il reste dans son histoire de nombreuses parts d'ombre, Rome, ainsi que la plupart des églises protestantes et orthodoxes, a entamé un courageux inventaire critique pour se mettre en conformité avec l'esprit du Nouveau Testament.
Il y a des mosquées à Rome mais y a-t-il des églises à la Mecque, à Djedda, à Ryad ?
Ne vaut-il pas mieux être musulmans à Düsseldorf ou Paris que Chrétiens au Caire ou à Karachi ?
Ce processus de remise en cause reste à accomplir pour l'Islam, habité par la certitude d'être la dernière religion révélée, donc la seule authentique, disposant du livre directement dicté par Dieu à son prophète.
Il ne se veut pas légataire des confessions antérieures mais successeur qui les invalide à jamais.

Le jour où ces plus hautes autorités reconnaîtront le caractère conquérant et agressif de leur foi, demanderont pardon pour les guerres saintes commises au nom du Coran, les infamies perpétrées à l'égard des infidèles, des apostats, des mécréants et des femmes, s'excuseront pour les attentats terroristes qui profanent le nom de Dieu, sera un jour de progrès et contribuera à dissiper la suspicion légitime de nombreux peuples vis-à-vis de ce monothéisme sacrificiel.

La critique de l'Islam, loin d'être réactionnaire, constitue au contraire la seule attitude progressiste au moment où des millions de musulmans, réformateurs ou libéraux, aspirent à pratiquer paisiblement leur foi sans subir les dictats de doctrinaires ou de barbus.
Bannir les coutume barbares de la lapidation, de la répudiation , de la polygamie, de l'excision,
passer le Coran au crible de la raison herméneutique,
supprimer les versets douteux sur les juifs, les chrétiens, les homosexuels, les appels aux meurtres des apostats ou des infidèles,
oser reprendre le mouvement des lumières né au sein des élites musulmanes à la fin du XIXème siècle au Moyen Orient,
tel est l'immense chantier politique, philosophique, théologique qui s'ouvre.

Ce labeur, des intellectuels, des professeurs, des religieux arabo-musulmans ont commencé à l'entreprendre... Certains au risque de leur vie surtout s'il s'agit de femmes en révolte contre leur statut ;
pour ne citer que les plus emblématiques, la syro-américaine Wafa Sultan, la canadienne d'origine pakistanaise Irshad Manji, l'écrivain bangladeshi Taslima Nasree, l'avocate germano-turque Seyran Ates, la députées néerlandaise d'origine somalienne Ayaan Ali Hirsi.

L'Europe, si elle veut construire un islam laïc à l'intérieur de ses frontières devrait encourager ces voix divergentes, leur apporter son soutien financier, moral, politique, les parrainer, les inviter, les protéger... Mais avec une inconscience suicidaire, notre continent s'agenouille devant les fous de Dieu et bâillonne ou ignore les libres penseurs. "

Pascal Bruckner, La Tyrannie de la pénitence, 260 pages, Ed. Grasset, octobre 2006, 16,90 euros.
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