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Comment oublier que le monde est tragique ?

Depuis 1945, le monde a connu soixante ans de paix internationale, rompue à intervalles réguliers par des dizaines de conflits locaux. Ceux-ci touchent en règle générale des pays sous-développés, souvent encore à la recherche de leur identité nationale : Nigeria, Congo, Soudan, Somalie, Ethiopie, Mozambique, Liberia, Côte d'Ivoire, péninsule arabique, péninsule indienne...
Les pays occidentaux peuvent se croire largement à l'abri d'un conflit important car, après la fin de l'Union Soviétique, ils ne voient pas bien ce qui pourrait advenir au niveau mondial.
Samuel P. Huntington nous avait bien alarmés il y a dix ans par un ouvrage de 1996 : Le choc des civilisations.
Nous y sommes.

Soixante ans après la création d'Israël, une large partie du monde arabe n'a absolument pas accepté l'événement et affirme avec une détermination sans faille sa volonté d'éliminer le pays.
Certains gouvernants ont réussi à imposer dans leur pays une politique de paix - l'Egypte, la Jordanie, la Libye, le Maghreb - mais dans l'ensemble du monde arabo-musulman, le sentiment des masses populaires et de leurs leaders religieux, n'a pas changé. La situation reste volcanique et il suffit d'un élément déclencheur fort pour provoquer des effets en chaîne : Gaza, le Liban, la Syrie, l'Iran... et après ? Certes, dans le monde arabe, rien n'est simple.
Et les peuples sont muselés par leurs dirigeants, la démocratie étant totalement absente du sous-continent arabique.
Il faut bien l'admettre : les démocraties occidentales croyaient n'avoir plus d'adversaires après la fin du bloc soviétique. Ils en ont retrouvé un avec le monde arabo-musulman et ses antennes dans presque tous les pays européens.
Les bonnes volontés chrétiennes qui se déploient en faveur de la paix religieuse ne peuvent pas masquer des oppositions qui se développent partout avec la même vigueur.
Les propos de Condoleeza Rice tenus à Jérusalem le lundi 24 juillet ont le mérite de la clarté : toute solution au Liban doit passer par la garantie du désarmement total et contrôlé d'une zone assez large pour assurer la sécurité d'Israël.
C'est d'ailleurs pourquoi cette nouvelle guerre du Liban ne va pas durer six jours mais plutôt trois mois, c'est aussi pour cela que la mise en place d'une force militaire au Sud et à l'Est du Liban ne se fera pas en quelques semaines.
Mais demain ?
La pacification du Liban et de Gaza n'empêchera pas des menaces qui deviendront au contraire plus graves parce qu'elles seront plus éloignées.
L'Iran peut posséder la bombe atomique dans les dix-huit mois qui viennent. Il peut déjà utiliser des vecteurs fournis par la Corée du Nord et le Pakistan et qu'il sait fabriquer aujourd'hui.
Et que dire de l'Arabie Saoudite où la dictature tient la population d'une main de fer, mais qui ne résistera pas nécessairement à un soulèvement religieux.

Un très grand sociologue français que l'on vient de rééditer, Jules Monnerot, a fait dans les années 1950 la meilleure analyse du communisme en comparant cette idéologie à la religion musulmane.
Etonnante prémonition qu'il est passionnant de relire aujourd'hui : " Sociologie du communisme ",
trois volume, 2005.
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