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Novembre 2005

Violences urbaines quarante ans d'erreurs ! Nos politiques comprendront-ils qu'il faut faire autrement ?

"Les cités d'habitat social en France n'ont rien de comparables avec les ghettos américains.
Mais il faut tout faire pour éviter que nos villes et nos banlieues ne finissent par leur ressembler. "
Ce type de discours - Tartuffe survit bien - a été entendu cent fois depuis les premières émeutes des Minguettes et la naissance de la politique dite de la ville initiée dans les années 80 par le maire de Grenoble, Hubert Dubedout.
La situation sociale et urbaine française est très proche de celle des Etats-Unis. Et pourtant !
Après les Minguettes, après Vaux en Velin, après Strasbourg, après le développement diffus dans des dizaines de villes d'actes de violence banalisés qui ont fait l'objet d'innombrables rapports, chacun savait avant les événements récents que l'on était entré dans une spirale de délinquance et de violence désastreuses.
Vingt-huit mille voitures ont été brûlées sur l'ensemble du territoire du 1/1/05 au 30/10 (avant les émeutes).
Cette violence permanente sur laquelle chacun fermait les yeux aboutie à cette déclaration stupéfiante du directeur de la police urbaine le dimanche 13 novembre au soir : " La situation en région parisienne est redevenue normale : quarante-deux voitures ont été brûlées pendant le week-end sur l'Ile-de-France, ce qui correspond à la norme habituelle pour un long week-end. "

La France est cinq fois moins peuplée que les Etats-Unis. Ceux-ci ont-ils vu brûler en dix mois 140 000 voitures,
ont-ils dans les dernières années connu une flambée de violence affectant simultanément une centaine de grandes villes ?
Et sait-on qu'Harlem, ville interdite aux blancs il y a trente ans, est devenue une grande cité, noire à 80 %, tranquille et sûre,
sait-on qu'il en est ainsi d'une bonne partie des grandes villes de la côte Est,
a-t-on eu la curiosité d'aller voir pourquoi ?
La France ferait bien, au lieu de mettre les ghettos américains en exergue, de regarder avec lucidité la situation d'une bonne cinquantaine de ses grandes villes et de se poser simplement deux questions :
1 - Qu'avons-nous fait pour aboutir à un tel désastre ?
2 - Ce que nous faisons actuellement - le plan Borloo - est-il bien adapté pour résoudre nos problèmes ?

La crise urbaine ne connaît guère aujourd'hui que deux Nations qui sont deux exemples majeurs : les Etats-Unis qui n'ont pas réussi à intégrer une part importante des afro-américains, la France qui n'a pas réussi à intégrer une part importante des arabo-musulmans.
Mais dans tous les pays développés, ce problème existe avec plus ou moins d'acuité.
Il est donc très important d'analyser la façon dont il est traité aux Etats-Unis et dans d'autres pays, pour tenter de trouver des solutions valables en France..( Il faut lire absolument l'ouvrage de Jacques Donzelot paru au Ed. du Seuil en janvier 2003 " Faire société. La politique de la ville aux Etats-Unis et en France ".)
En effet, rien ne serait pire que d'attendre le retour au calme et de continuer sur la même lancée :
+ de rénovations dans les quartiers chauds,
+ de HLM, plus de ZEP,
+ de subventions aux associations,
+ de discours sur la citoyenneté opposée au communautarisme,
+ d'emplois publics,
+
d'argent pour faire toujours la même chose.

Faut-il traiter les lieux ou s'occuper des gens ?
La question fondamentale à se poser en matière de politique d'intégration de l'immigration et de la pauvreté est la suivante : " Faut-il traiter les lieux ou s'occuper des gens ? " Ce que les Américains traduisent par trois mots synthétiques : " People versus place ".
La fracture sociale, c'est le fossé entre une immigration plus ou moins ancienne, non qualifiée, parlant mal la langue, acculturée, ainsi qu'un milieu pauvre vivant largement d'aides sociales et d'indemnités de chômage, peu qualifié, souvent en rupture familiale et sociale et l'ensemble de la société.
C'est aujourd'hui, en France comme aux Etats-Unis, environ 10 % de la population.
L'immigration et la pauvreté, c'est-à-dire la disqualification sociale et professionnelle, se concentrent dans des quartiers limités - les ghettos aux Etats-Unis, les ZUP en France - qui sont abandonnés progressivement par le reste de la population.
Les deux questions à traiter sont donc, en France comme dans tous les pays du monde, une question urbaine et une question sociale.
Il faut donc traiter la question urbaine en développant les ressources de ces quartiers pour faire contrepoids à leur appauvrissement et la question sociale, en s'occupant des gens qui s'y trouvent pour les ramener sur le chemin du travail, de la sociabilité, des classes moyennes en leur permettant d'accéder à une bonne scolarité, à l'emploi, au logement...
Ces deux questions sont résumées par les anglo-saxons dans les termes déjà cités de " People versus place debate ". Bien entendu, les deux solutions doivent être poursuivies en même temps mais il est plus facile de traiter la construction que de traiter les gens.


Responsable de la crise urbaine ? Le tout Etat.
Le plan Borloo ? Le tout Etat.

En France, la voie choisie depuis 25 ans, et plus encore depuis la nomination de M. Borloo au Ministère de l'emploi, de la cohésion sociale, du logement, de la ville et de la rénovation urbaine, est celle du traitement des lieux.
De plus, ce traitement des lieux réalisé à partir d'un vaste plan de rénovation urbaine, c'est-à-dire de destruction de tours et de barres construites il y a une quarantaine d'années, s'accompagne de toutes les erreurs faites à cette époque : une gestion totalement étatique de la question, la construction de 100 000 HLM locatives par les mêmes offices et sociétés HLM et, par la force des choses, dans les mêmes quartiers ou dans d'autres zones sur des terrains disqualifiés.
Car il faut tout de même rappeler les choses. Les quartiers où cette disqualification sociale est concentrée, ce sont les grands ensembles et les ZUP construits de 1955 à 1975 par l'Etat et ses multiples prolongements.
Et depuis 1981 qu'ont fait les responsables du logement et de la politique de la ville ? Toujours la même chose : traiter les " lieux ", traiter les " quartiers " :
1983 " Ensemble refaire la ville " -
1984 " Banlieue 89 confiée à l'architecte Roland Castro " -
1989 " Programmes d'aménagements concertés du territoire urbain " - 1990 " Grands projets urbains " -
1996 " Plan de relance pour la ville "... sans parler des ZUS, des ZFU, des ZEP, des ZRU, des REP et des nombreux découpages, redécoupages, et zoning auxquels s'appliquent d'innombrables programmes et contrats.
En 1991, J-M. Delarue signalait le cas d'un quartier en développement social urbain comptant 24 zonages distincts ! (" Banlieues en difficulté ", Ed. Syrros, 1991)
La politique de la ville, c'est dix projets successifs, tous conçus, lancés et suivis par l'Etat, tous financés en majorité par l'Etat, tous suivis par le sous-préfet à la ville.

Les choses avaient mieux commencé en 1982. Hubert Dubedout avait réussi à faire passer au gouvernement l'idée d'une démocratie vraiment participative avec des opérations expérimentales conçues à partir du terrain, le développement social des quartiers (DSQ).
Hélas, en passant d'une quinzaine d'expériences à une première généralisation (148 sites), puis à une seconde (214 puis 372 zones concernées), le dispositif a perdu toute son originalité et l'on est passé aux politiques françaises bien classiques : un nouveau ministre, une nouvelle loi sur la ville, un nouveau découpage, un nouveau zoning...


Pour un changement complet de politique.
Les responsables de la politique de la ville aux Etats-Unis (eh oui, il y en a, ils sont très nombreux, ils sont souvent bénévoles, ils s'impliquent dans tous les domaines, ils recherchent et trouvent beaucoup d'argent privé) emploient une belle expression pour indiquer l'objectif d'une politique s'occupant plus des gens que des lieux.
Ils parlent de " remettre les gens en mouvement ", de leur donner les moyens nécessaires pour qu'ils fournissent l'effort de rejoindre le " mainstream ".
Cela suppose qu'on s'occupe certes de leur quartier, mais, surtout de leurs écoles, de leur formation, de leur encadrement, de leur travail...


Une autre politique du logement.
Le plan Borloo s'appuie sur un organisme central gérant tous les projets et tous les fonds de la rénovation urbaine, l'ANRU. Cette agence, présidée par M. Alduy, Député-maire de Perpignan, et ancien directeur au Ministère de l'Equipement compte 24 administrateurs dont 12 représentent les ministères, 5 le logement social, 4 les collectivités locales et 3 personnalités dites qualifiées, c'est-à-dire désignées par le Ministre.
Pas un seul représentant du secteur privé.
Il nous semblait que le secteur HLM avait été si décrié que l'Union avait dû changer de nom pour tenter de faire oublier le sigle " UNFO HLM " au profit d'une nouvelle appellation : " Union pour l'habitat social ".
Il ne nous semble pas avoir entendu beaucoup de critiques sur les maîtres d'ouvrages privés, les constructeurs privés, les aménageurs lotisseurs, les géomètres, les bureaux d'études d'urbanisme privé, etc...
Pourquoi l'aménagement et la construction privés n'ont-ils pas un seul représentant sur 24, qui plus est dans une agence créée par un gouvernement qui semble plutôt partisan de développer l'entreprise privée et le Partenariat Public Privé. Première et considérable erreur de casting.
Le plan Borloo donne un quasi-monopole à la construction de 100 000 logements locatifs sociaux chaque année pendant au moins 5 ans.
Apparemment peu de gens savent qu'en entrant dans un HLM, on ne signe pas un bail 3,6,9 mais une location à vie qui peut d'ailleurs être transmise à ses enfants s'ils entrent dans le plafond de revenus convenu, ce qui est toujours le cas avant trente ans.
Construire 100 000 HLM locatifs chaque année c'est donner un privilège pour 30, 40 ou 50 ans à 100 000 familles.
Cela ne correspond pas à ouvrir régulièrement le parc de logements à tous ceux qui en ont besoin, ce qui serait le cas si, comme dans le parc privé, on constatait une réelle mobilité résidentielle.
En HLM la mobilité est nulle sauf précisément dans les ZUP ou pour des cas de force majeure.
Sachant qu'il existe en France 4,5 millions de logements sociaux, on disposerait chaque année de 45 000 logements à louer si l'on augmentait la mobilité résidentielle de seulement 1 % par an.

Le plan Borloo privilégie le locatif social. Pourquoi pas la propriété ?
Remettre les gens dans le circuit social normal c'est précisément leur montrer qu'il est possible de devenir propriétaire et que l'Etat fera tout pour les y aider.
Dans les " inner cities " américaines, l'équivalent de nos " projets de quartiers ", les " community development corporations " élaborent les plans de rénovation urbaines avec les habitants et les font adopter par un vote.
On constate toujours à cette occasion qu'une forte proportion d'habitants souhaite devenir propriétaire, soit dans le quartier, soit à l'extérieur de celui-ci.

Enfin le plan Borloo colle à la philosophie de la loi SRU qui veut construire la ville dans la ville (et non en périphérie) et qui veut rénover le quartier dans le quartier sans proposer aux habitants, s'ils le souhaitent, de s'installer dans un autre quartier tout en étant accompagnés sur le plan social et financier.
S'il est prévu de conserver sur place la grande majorité de la population, et donc des logements, il sera sans doute bien difficile de diminuer la densité, sauf à prendre sur les espaces verts et les circulations.
Mais surtout, comment penser et prévoir la diversité avec les mêmes acteurs, le même cadre politique, les mêmes structures HLM, les mêmes agences publiques ?
Pour changer vraiment, il faudrait donner un vrai pouvoir aux habitants de ces quartiers, les inciter à s'intégrer à la vie politique et à voter, leur donner le droit de vote s'ils sont en situation régulière, etc...
On ne cesse en France de parler de " participation ", de partenariat, mais même les résultats des enquêtes publiques ne sont jamais pris en compte s'ils s'opposent nettement au maire ou au préfet.

Dans une association de développement de quartier ce devrait être aux habitants de décider du type de rénovation à prévoir : démolition ou non, type d'urbanisme, proportion de location et d'accession, mode de gestion... Ce devrait être aussi à eux de gérer leurs immeubles en leur donnant pouvoir réel et autorité pour le faire. Certes ce n'est pas simple à mettre au point. Cela sera toujours à refaire, à améliorer, à redynamiser.
C'est la condition nécessaire pour changer la donne.


Une autre politique dans quatre domaines clés : l'école, la formation, l'emploi, l'aide sociale.
Et d'abord l'école.
Chaque gouvernement, de gauche ou de droite, se heurte à cet iceberg dont les syndicats sont la pointe apparente mais dont tout le corpus éducatif, les programmes, les méthodes constituent une masse profonde et immobile.
Mettre de l'argent supplémentaire dans les ZEP est utile, mais changer les programmes est dix fois plus important. Qu'on y apprenne la littérature, la grammaire, l'histoire, la géographie comme au lycée Henri IV est une aberration.
Aux Etats-Unis et en Angleterre le problème est intelligemment traité de deux façons :
- une autonomie quasi-complète pour les établissements d'enseignement,
- une possibilité de rompre avec la carte scolaire,
- enfin, la possibilité d'utiliser des chèques éducation pour financer l'école de son choix et si nécessaire en créer une nouvelle.
Il vaudrait beaucoup mieux s'inspirer de ces méthodes comme de celles de quelques expériences françaises intéressantes que de continuer à maintenir dans les classes des enfants ne sachant ni lire ni écrire.

Ensuite la formation.

L'ANPE, les PLIE (plans locaux d'insertion par l'emploi) et les conseils généraux dépensent des fortunes pour des formations souvent tout à fait inadaptées ou pour des associations très souvent déconnectées des réalités du travail. Si l'ensemble de ce secteur était sous-traité à de vrais professionnels en liaison directe avec les unions patronales et rémunéré à partir d'objectifs clairement posés, les emplois seraient beaucoup plus souvent à la clé.
Mais il faudrait tout changer et, là encore, faire entrer à l'intérieur même des structures publiques et à égalité des représentants du secteur privé... Horresco referens !!!

L'emploi.
Avant d'employer de grands mots comme " discrimination positive ", faisons comme certains Etats américains qui, sans doctrine particulière, constatent à diverses occasions (marchés publics, fiscalité, aide à l'implantation) quelle est la structure d'emploi de l'entreprise.
Le premier pas aussi doit être fait par l'Etat, les collectivités locales et les entreprises publiques qui font absolument le contraire de ce qu'ils recommandent. Pas d'étrangers dans la fonction publique. Et pour la génération d'immigrés ayant pris la nationalité française, aucune autre formule d'accès à l'emploi que le concours administratif.

Les aides sociales.
Il faudrait développer un long article sur le sujet.
Mais une idée centrale doit présider à la réforme : pas d'aides et pas de droits sans devoirs.
L'assistanat permanent doit être remis en cause dans tous les domaines : minima sociaux, allocations, aides des CCAS... Il faut le remplacer par une stratégie de remise en mouvement.
Beaucoup d'exemples sont à prendre à l'étranger.22



Discrimination positive : une querelle idéologique sans intérêt.
Le Président de la République a répété dans son allocution du 14 novembre qu'il était opposé à la discrimination positive comme à la logique des quotas.
Aux Etats-Unis, ce principe baptisé " affirmative action " est également contesté, plusieurs arrêts de la Cour Suprême sur le sujet étant contradictoires.
Cette bataille de mots entre Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac et Dominique de Villepin est une petite guerre politicienne sans aucun intérêt car les faits, exigeants, sont là.
Les deux questions à se poser, et ce sont les seules, sont :
1 - comment donner un minimum de formation à tous ces jeunes qui ont abandonné l'école,
2 - comment à niveau à peu près égal donner une chance réelle de travail aux noirs, aux arabo-musulmans, deux populations qui visiblement ne sont pas intégrées alors que Espagnols et Portugais, Asiatiques de toutes origines, chrétiens libanais, Américain du sud n'ont pas de problèmes ?
La réponse à cette seconde question est complexe :
- Handicap culturel profond peut-être dû à la prédominance masculine dans les sociétés arabo-musulmanes,
- héritage culturel du colonialisme,
- très forte volonté des Ibères et des Asiatiques de réussir par eux-mêmes ?

Sur ces sujets le Ministre de l'Intérieur avait organisé place Beauvau une table ronde d'une journée où les problèmes de fonds ont bien été posés par Nicolas Sarkozy et une douzaine de participants de grande qualité : Claude Guéant, Tahar Ben Jelloun, Claude Bébéar, Richard Descoings, Roger Fauroux, Luc Ferry, Serge Weinberg, Daniel Canepa, Michel Gaudin, Guy Parayre, Paul Peny, André Rossinot

Un dernier mot : que l'Etat commence par appliquer ses propres recommandations.

Les Français ayant deux parents immigrés représentent 3,7 % de la population.
On en trouve 3,9 % parmi les salariés du secteur privé et 2,3 % parmi ceux du secteur public.
Voilà ce que personne ne dit : malgré les réticences bien connues, il n'y a finalement pas ou peu de discrimination dans les entreprises privées dans les niveaux de qualification faibles qui sont trop souvent ceux de cette population alors que dans le secteur public, le refus d'engager des enfants d'immigrés est patent et très élevé.
C'est sans doute dans les emplois concernant les bacs + et les emplois d'encadrement que la discrimination est réelle.

Oublions donc ce terme de discrimination positive et regardons la réalité, c'est-à-dire la proportion des diverses populations présentes dans les entreprises.
Cela doit permettre d'indiquer à Jacques Chirac et Dominique de Villepin que c'est par le secteur public qu'ils doivent commencer.


Après l'amorce d'un retour au calme, la classe politique semble-t-elle avoir compris ?
Eh bien non, pas du tout.
Dans les premières émissions télévisées et les nombreux libres propos et débats diffusés dans les journaux et à la radio, dans le discours solennel du Président de la République le lundi 14, sur tous les points essentiels qu'il faut évidemment traiter, rien de nouveau et, pire encore, langue de bois et crainte visible d'avancer toute idée neuve qui risquerait de heurter telle ou telle part de l'électorat :
- Repenser l'école en profondeur : autonomie, programmes adaptés, équipes pédagogiques... rien.
- Droit de vote donné aux immigrés en situation régulière... rien.
- Participation de la population avec pouvoir de décision aux opérations de rénovation urbaine... rien.
-Réforme de l'ANPE, des ASSEDIC et des PLIE... rien.
- Réforme du secteur HLM pour y assurer la mobilité et permettre l'ouverture la grande pauvreté... rien. -Repenser en profondeur une " politique de la ville " dont tous les observatoires constatent la totale inefficacité... rien.
Du discours solennel du Président de la République le lundi 14 novembre au débat organisé par Antenne 2 avec six hommes politiques de droite et de gauche, pas une idée n'a été émise que l'on a déjà entendue dix fois.
Il y a plus d'innovations dans les interviews de Jean-Marie Bockel, hélas bien marginal dans la vie politique, que dans tous les propos tenus par nos dirigeants...
Imaginent-ils les propos tenus par les vingt à trente ans de nos banlieues en les écoutant affirmer que " nous sommes tous les fils et filles de la République !!! "...


Pour agir (contre la discrimination, contre la ségrégation, contre l'injustice...), il faut connaître. La France refuse tout outil permettant de connaître.
Aux Etats-Unis, pour évaluer les difficultés des diverses populations du pays, il existe un outil simple : l'affectation statistique de chaque personne à une catégorie : les afro-américains, les Latino-américains, les Hawaïens, les Indiens, les asiatiques et les blancs.
Non seulement ce recensement racial ne gêne personne aux Etats-Unis mais il sert de base à toute une série de mesures économiques ou sociales en faveur de telle ou telle catégorie apparaissant défavorisée à l'issue d'un recensement, d'une enquête, d'une statistique sociale ou professionnelle etc...

En France cette analyse est impossible puisqu'il est interdit de publier des chiffres sélectionnés selon ce type de critère.
On a certes le droit de donner l'origine des immigrants mais, une fois installés dans le pays, leur identité disparaît.
Combien de personnes originaires d'Afrique du nord aujourd'hui en France, encore étrangers ou naturalisés,
combien de Français ayant deux parents ou un parent originaires de cette région ? Mystère.
Les statistiques sur la population étrangère en France sont extrêmement contestables.
Mais ces statistiques elles-mêmes ne sont pas toujours significatives car le mode d'acquisition de la nationalité française, la prégnance culturelle sont aussi des choses essentielles.
Quelle description des Etats-Unis pourrait-on faire en ignorant tout de la population indienne, latine ou noire ?
Nous ne souhaitons pas nécessairement une identification généralisée de la populations française à l'intérieur de six grandes catégories bien identifiées : Afrique noire, Arabo-musulmans, Asie du sud-est, Chinois, Amérique Latine, Européens.
Mais il serait extrêmement utile, voire indispensable, que des études sérieuses soient faites sur ces six catégories de population pour bien comprendre et bien traiter les problèmes de leurs évolutions sociales. 22