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Question
Sociétale
Nous avons reçu de notre ami Jean-Louis Caccomo, Professeur d'Economie
à l'Université de Perpignan, un délicieux article.
Novlangue et décret officiel
J'ai reçu, il y a quelques jours, une injonction officielle m'invitant
à remplacer le terme " email " par son équivalent français " courriel
" sur toutes les pages web du site internet de l'Université de Perpignan.
En effet, " email " est la contraction de l'anglais " electronic
mailing ", signifiant " courrier électronique ".
Mais alors, il faudrait ne plus employer le terme " internet " lui-même,
issu de la contraction " international network ", pour lui préférer
son équivalent français " resinter " ou " interres ".
Mais, au fait, que signifie " web " ?
Dans la foulée de ce nettoyage du vocabulaire, oubliez vos " week-end
" et perdez votre " feeling " ;
n'achetez plus de " playstation " ou autres " gameboy " à vos enfants
au cours de vos "shopping" ;
rayez le " camping " et congédiez votre " baby-sitter " ;
ne portez plus de "Tee-Shirt" pour jouer au "football".
Et que deviennent nos " stars ", nos " managers " et autres " supporters
" ?
Mais pourquoi s'arrêter à l'anglais ? Y aurait-il comme la trace
d'un soupçon de racisme au nom d'une préférence nationale bien déplacée
? Ou serait-ce la manifestation inavouée d'un complexe d'infériorité
?
Car que faisons-nous des expressions latines, de notre commode
post-scriptum et précieux C.V., des casus belli et autre statu-quo
?
Puis supprimons la numération arabe et les lettres grecques de nos
mathématiques bien françaises.
Il suffit…N'est-ce pas là de l'eugénisme linguistique ?
Les langues vivent et évoluent par le brassage et l'innovation,
non par décret officiel.
Les américains ont inventé le courrier électronique pendant que
nous nous demandions comment défendre le monopole des P.T.T. ou
développer une technologie française [1].
Tout innovateur baptise sa création ; c'est le droit moral du
premier arrivant.
Le continent américain doit d'ailleurs son nom d'origine européenne
au navigateur italien Amerigo Vespucci qui fut le premier à en faire
le tour.
Il est rare que les imitateurs parviennent à rebaptiser les techniques
qu'ils adoptent.
Pensons enfin à ce qu'il est advenu de l'Espéranto, cette langue
officielle, construite par des experts, parlée par quelques millions
de connaisseurs.
On ne construit ni une langue ni une culture ; elles se construisent
selon un processus évolutif qui échappe à tous, même à ceux qui
ont le pouvoir…
Enfin, si la langue anglaise rayonne comme langue de travail dans
les affaires et dans les sciences aujourd'hui, c'est qu'un jour
pas si lointain, les américains, canadiens, anglais et australiens
se sont mobilisés pour que nous ne parlions pas tous…l'allemand.
" J.L. Caccomo
[1]
Voir, à ce sujet, mon article "Technologie : le danger des solutions
nationales", publié dans le Figaro, supplément Economie, le vendredi
19 décembre 1997. * * *
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