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Lettre ouverte à Philippe Laurent sur les dépenses des collectivités
locales
Cher Philippe,
Une vieille amitié nous réunit depuis l'époque où nous nous préoccupions
ensemble d'urbanisme jusqu'à celle où tu as réalisé une brillante
carrière d'élu et d'expert des finances locales tandis que je créais
" La fondation pour la gestion des villes ".
J'ai lu avec attention ton dernier et excellent
article dans La Lettre politique et parlementaire de novembre 2009.
Je souscris totalement à tes réflexions sur l'inachèvement des
politiques de décentralisation et leurs remises en cause radicales
par le gouvernement actuel.
C'était inévitable en l'absence d'une réforme fiscale profonde rendant
les collectivités locales responsables, d'une réforme drastique
de ce qu'on appelle le millefeuille administratif territorial, d'une
réduction nette des compétences de l'Etat.
De plus, la personnalité de notre Président, et son réformisme tous
azimuts, n'autorise guère corps intermédiaires et contre-pouvoirs
et conduit naturellement à remettre en selle les administrations
centrales et les préfets.
Le projet de loi Grenelle II est l'exemple
même du retour de l'Etat dans la politique de l'urbanisme, de l'aménagement
du territoire, des transports, de l'énergie et du logement.
Le Parlement semble ignorer cette évolution ; il s'en apercevra
trop tard.
Permets-moi seulement une critique d'importance : ton article
n'évoque jamais le contrôle des dépenses des collectivités locales
que tu traites en quelque sorte par défaut.
L'Etat en est responsable puisqu'il délègue beaucoup aux collectivités,
sans leur transférer les moyens correspondants. C'est un peu léger.
Quelques exemples :
- Nombre de chefs d'entreprise de plus de 1 000 salariés n'ont pas
de voiture avec chauffeur. Peut-on en dire autant des mairies comptant
plus de mille fonctionnaires ?
- Dans les entreprises, les secrétaires ont été supprimées à 90/95
%. Dans la plus grande banque française, quatre cadres " très supérieurs
" se partagent une secrétaire. Et dans nos villes ?
- Les PME, même si elles réussissent vite, se meublent longtemps
chez IKEA et restreignent drastiquement leurs frais généraux. Ce
n'est pas le cas de nos mairies.
- Les communes sont aujourd'hui très nombreuses à s'être regroupées
dans des communautés. A-t-on constaté pour autant qu'elles réduisaient
leurs équipements et même en supprimaient certains pour répartir
leurs frais sur 4 ou 5 communes ?
- La comptabilité analytique reste pratiquement inexistante dans
les villes. Impossible dès lors de comparer des prix de revient
et pourtant c'est le seul moyen d'améliorer la gestion urbaine.
Dans le service espace vert de certaines villes on change la décoration
florale tous les mois. Dans d'autres, on crée uniquement un décor
de plantes et de feuillages persistants. La différence de coût est
évidemment considérable.
- Est-il certain que la décision de créer un métro, un tramway sur
voies réservées, un réseau d'autobus en site propre se fonde sur
une analyse comparée rigoureuse des prix de revient ? Sachant que
tous ces réseaux sont subventionnés à hauteur moyenne de 70 %, il
serait pourtant intéressant d'être un peu rigoureux sur le sujet.
- En-dehors de la partie politique de la mairie, et de quelques
services très fréquentés qui doivent se situer au cœur des villes,
est-on certain que les services municipaux sont logés de façon économe,
sur des terrains bon marché, dans des open space fonctionnels et
économiques ? Et que dire des " paquebots " construits par les conseils
régionaux et généraux !!!
- Les salons d'honneur des mairies et conseils généraux reçoivent
une fois par semaine, souvent deux ou trois fois, vins d'honneur,
cocktails, réceptions diverses. Même les grands groupes ne donnent
pas cent réceptions par an !!!
Je n'en finirais pas de te citer cent cas de figure où le souci
de la productivité et de l'économie ne semble pas régner dans nos
collectivités locales.
S'il faut redévelopper la décentralisation - je le souhaite comme
toi - il faut aussi que les collectivités
locales possèdent un cadre de gestion contraignant et assument à
75 % les recettes correspondant à leurs dépenses, l'Etat se contentant
d'abonder à 25 % les budgets des communes et des départements
les plus pauvres pour des raisons de péréquation et de solidarité.
Si nos grandes associations d'élus, et en particulier l'AMF et l'ADCF
(Association des districts et communautés de France), ne traitent
pas à fond ce problème, l'Etat aura toujours beau jeu de critiquer
les collectivités locales et de leur imposer sa loi au nom de la
réduction de la dépense publique.61
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