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Les élections européennes sont sans enjeu. Aucune des quatre listes
créditées de plus de 10 % ne remet en cause les graves déficiences
de l'Europe actuelle.
Toute
politique européenne est devenue quasiment impossible depuis que
l'Europe est passée sans philosophie, sans principes et sans stratégie
socio-économique de 6 à 27.
- Six grands pays regroupent 345 millions
d'habitants tandis que les 21 suivants ne comptent que 160 millions.
Donner le même droit de vote à chacun est évidemment une gageure.
Il faut vraiment que l'Allemagne ait perdu une guerre qui a ravagé
l'Europe pour accepter que ses 83 millions d'habitants ne représentent
qu'un commissaire, c'est-à-dire une voix au niveau du quasi-gouvernement
européen - certes un peu plus au niveau du Parlement - alors que
les pays Baltes, Malte, le Luxembourg et les petites économies des
pays de l'Est ont chacun droit eux aussi à un commissaire européen.
- Chacun des 27 Etats de l'Union possède ce droit sacré : un commissaire,
c'est-à-dire un ministre, un cabinet, une administration.
Un ministre et une administration fabriquent des textes, développent
une bureaucratie.
C'est ainsi que le journal officiel européen devient de plus en
plus volumineux parce que l'Europe s'occupe de tout, de la protection
des coléoptères et de la définition des vins rosés au fonctionnement
des marchés forains et à la réglementation bancaire et financière.
Que fait l'Europe ? Tout. A quoi sert-elle ? A presque rien.
Dans la mesure où les consensus à 27 sont soit des consensus mous,
soit des consensus contestés aussitôt qu'admis.
- Sur le plan économique, les disparités
sont encore plus fortes. Allemagne, Royaume Uni, France,
Italie, Espagne, Pays-Bas et Belgique représentent ensemble un revenu
national de 12 000 milliards de dollars sur 15 000, soit 80 % du
revenu européen.
Or tout le système économique et financier européen continue de
prévoir la présence de 27 pays dans les réunions ministérielles,
les organismes de contrôle, les autorités financières, etc. Cela
n'a aucun sens.
- Sur le plan financier, peu de pays sont
vraiment disposés à aliéner totalement leur indépendance au profit
de l'Europe. La Grande-Bretagne et sa bonne dizaine
de grands paradis fiscaux tiennent à conserver l'indépendance et
le poids international de la City. La Hollande en est proche.
La Pologne reste eurosceptique.
La France et l'Allemagne sont assez proches mais se sentent encore
concurrentes, notamment au niveau bancaire. L'Espagne est hyper
bancarisée et tient à cet avantage. Une politique unique n'est
pas pour demain.
- La question Turque reste entière
tandis que les rapports de l'Europe avec d'autres pays comme l'Ukraine,
la Géorgie et les pays méditerranéens font l'objet de déclarations
contradictoires… et souvent dangereuses.
La Crimée, russophone à 90 % et historiquement russe a été donné
par Kroutchev à l'Ukraine.
L'Ukraine elle-même est russophone à 50 %, et l'essentiel de son
industrie se trouve dans la partie russe.
Comment la Russie peut-elle accepter que l'Europe envisage d'intégrer
l'Ukraine ?
- Beaucoup plus grave, l'Europe reste sans
frontières économiques et sans préférence communautaire.
Il avait été bien prévu dans le traité de Rome que l'Europe se doterait
d'une barrière douanière modérée mais suffisante pour créer une
véritable préférence commerciale.
L'idéologie " antiprotectionniste " a fait progressivement disparaître
cette frontière.
L'Europe n'est plus protégée et son industrie disparaît progressivement.
Au nom de la mondialisation, aucune des grandes listes politiques
aux élections européennes ne semble vraiment s'en inquiéter.
- Une collaboration souhaitable, voire
inévitable avec la Russie, est nécessaire ne serait-ce
que pour compenser le dangereux tandem Washington/Pékin et le creux
démographique de Madrid à Vladivostok.
Mais comment l'engager lorsqu'on connaît l'opposition des ex démocraties
populaires, la concurrence des réseaux de pipe-lines existants ou
en construction, l'autocratie confirmée des " services " en Russie
?
- Enfin, la PAC, une des seules politiques
communautaires fortes est en voie de disparition.
Dans tous les autres secteurs de l'industrie et des services - sauf
l'aéronautique - les politiques communautaires sont aux abonnés
absents.
C'est notamment le cas du nucléaire où il y a au contraire bataille
entre AREVA et SIEMENS, de l'énergie où la France et l'Allemagne
n'ont noué aucun partenariat fort, de l'espace où le programme européen
avance avec des moyens très faibles.
Toutes ces questions sont absentes du débat
européen dans la mesure où les quatre grandes listes UMP, PS, MODEM,
VERT ne remettent en question aucune des déficiences évoquées ci-dessus.
Or elles font ensemble, du moins dans les sondages, environ 70 %
des voix.
Les listes d'extrême-gauche qui font ensemble 12 à 13 % ne parlent
pas d'Europe mais de lutte contre le capitalisme. Les listes de
droite qui affichent clairement leur volonté d'une autre Europe
beaucoup moins bureaucratique, beaucoup moins fédérale et plus protectrice
font un très faible score, 7/8 % pour Nicolas Dupont-Aignan, Philippe
Devilliers et les petites listes libérales tandis que le Front National
est durablement discrédité.
Le grand vainqueur du scrutin sera sans doute l'abstention. Celle-ci
peut, dans certains cas, être un vote positif. 55
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