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Une vraie crise du logement a-t'elle débuté ?

La presse s'affole fin mai en constatant que les ventes de logements neufs ont reculé de 28 % au premier trimestre 2008 par rapport au premier trimestre 2007.
Ce n'est pas un atterrissage du marché en douceur mais une crise.

Dans les trois ou quatre dernières années on a employé ce terme de crise du logement à tort et à travers, le plus souvent à tort. 90 % des Français sont bien logés.
Certes, les plus jeunes et les nouveaux accédants à la propriété dépensent souvent 25 à 30 % de leurs revenus pour leur habitat.
Mais il n'y avait crise du logement dans les dernières années que pour un petit 10 % de la population (plutôt 5 à 6 %), c'est-à-dire pour les plus pauvres que rejetait le système HLM et qui devaient habiter en sous-location, dans la plus mauvaise partie du parc privé, en hôtel meublé...
Tandis que les gouvernements s'agitaient autour de la loi DALO et négligeaient le marché du logement, celui-ci progressait dans des conditions de plus en plus fragiles.
En effet, neuf années continues de hausse des prix ont abouti à une situation où la solvabilité des ménages a régulièrement diminué et où le décrochage entre coût des logements et revenus conduit aujourd'hui à une vraie crise.
Cette crise touche une large majorité de la population, et en particulier les nouveaux accédants à la propriété qui n'ont aucun bien à revendre avant d'acheter et les jeunes locataires qui, sans enfant, ne sont pas prioritaires dans le logement social et ne peuvent se loger que dans le parc privé.
En un an de temps on est passé à une crise qui touchait 10 % de la population à une bonne moitié des nouveaux venus sur le marché.

Notre ministre du logement, Christine Boutin, a une bonne volonté certaine et, après un an d'expérience, connaît bien son sujet.
Elle est malheureusement engluée dans un cadre politique, administratif et juridique qui lui laisse très peu de moyen d'action.
Pour sortir de ce cadre, il lui faudrait à la fois un courage politique très fort et un soutien présidentiel marqué.

En effet, pour faire baisser les prix et retrouver une clientèle solvable, il faut tout à la fois :
1- recréer de l'abondance foncière, c'est-à-dire une réelle concurrence sur le marché des terrains. C'est impossible sans bousculer très vite le code de l'urbanisme, élargir massivement les zones constructibles et imposer aux maires malthusiens une politique plus positive ;
2- bousculer le système HLM en y introduisant de la mobilité, une volonté de vendre une partie de leur parc, une volonté de construire en collaboration avec le secteur privé, un allègement des lourdeurs bureaucratiques imposées dans leur mode de gestion ;
3- mettre sur un total pied d'égalité les accédants à la propriété et les locataires, à revenus constants et à taux d'efforts constants. Faire entrer notamment l'accession sociale à la propriété dans les fameux 20 % exigés par la loi SRU, ce qui inciterait beaucoup de maires à construire ;
4- enfin encourager l'investissement dans l'immobilier en rétablissant un peu d'équilibre entre propriétaires et locataires.
Impossible aujourd'hui de récupérer un logement en moins de trois ans si le locataire est de mauvaise foi.

Héritage&Progrès suit ce dossier de très près et a fait de nombreuses propositions pour améliorer le prochain projet de loi qui devait passer au Parlement en septembre/octobre 2008.

Il serait d'autant plus désolant de voir des réformes importantes ajournées ou abandonnées, qu'elles ne coûtent rien. Elles reposent uniquement sur le desserrement des carcans administratifs et la volonté politique de pousser Directions Départementales de l'Equipement, de l'agriculture et de l'environnement à construire. Dans certains cas les circulaires y suffisent.

Dans un secteur comme celui du logement, le système politico-administratif français montre, plus qu'ailleurs, ses défauts : toute puissance du droit administratif, toute puissance du Conseil d'Etat, toute puissance de la notion de l'intérêt public avec son cortège de DUP (déclarations d'utilité publique), de droit de préemption et ce système assez extravagant où le Conseil d'Etat est à la fois l'auteur et le juge de la loi.
C'est ainsi que, dans de nombreux cas, le politique propose telle ou telle réforme essentielle et que le haut fonctionnaire conseiller technique répond " ça ne passera pas au Conseil d'Etat ".
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