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Une année de changement et de réformes. Une année de confusion et d'inquiétudes.

Trois grandes mesures emblématiques des gouvernements socialistes ont marqué le paysage politique français des dernières années :
- la retraite à 60 ans, une véritable absurdité au moment où tous les pays développés portaient la retraite entre 62 et 65 ans ou abandonnaient une date fixe ;
- les 35 heures, une erreur économique totale qu'aucun pays social-démocrate n'a imitée, et surtout une erreur culturelle qui a dévalorisé le travail sans aucun substitut à cette valeur ;
- l'ISF, qui fait fuir chaque année entre 300 et 500 contribuables et un à deux milliards d'euros.
Il était à notre avis parfaitement possible de supprimer purement et simplement ces trois mesures dans les quatre premiers mois de la présidence Sarkozy au lieu de concentrer l'action du gouvernement sur le paquet socio-fiscal, l'autonomie des universités et la réforme de la carte judiciaire.
Inutile de pleurer sur le lait renversé mais on regrettera sans doute longtemps que ces trois mesures n'aient pas fait l'objet d'un traitement prioritaire.
Surtout pour ce qui concerne les 35 heures que l'on se décide enfin à libéraliser presque complètement aujourd'hui
(un projet de loi Bertrand sera présenté le 18 juin) mais à un moment où la cote du chef de l'Etat est au plus bas.

Il ne faut pas pour autant ignorer tous les chantiers qui ont été ouverts et pour certains bien entamés :
- le non remplacement de 50 % des fonctionnaires partant à la retraite,
- la réforme des régimes spéciaux de retraite,
- la création d'un plafond fiscal à 50 % du revenu,
- l'exonération de l'ISF pour les investissements dans les PME,
- l'autonomie des universités,
- la révision de la carte judiciaire,
- la révision de la carte hospitalière,
- la révision de la carte des implantations militaires,
- la fusion ANPE-UNEDIC, la fusion de deux directions du Ministère des finances,
- la réforme des allocations chômage,
- la représentativité des organisations syndicales,
- l'assouplissement des contrats de travail et l'instauration d'une rupture amiable,
- la révision générale des politiques publiques,
- une ébauche de service minimum dans les transports terrestres,
- une réforme de la grande distribution,
- l'introduction du revenu de solidarité active,
- l'assouplissement radical des 35 heures.
Nul doute que nous oublions certaines réformes car tous les ministères en ont deux ou trois sur le feu mais, précisément, il y en a tant et elles sont si mal reliées et relayées, qu'on les ignore ou qu'on les oublie.

Il reste que ce gouvernement a beaucoup travaillé, a lancé beaucoup d'actions et qu'on ne peut lui reprocher l'immobilisme qui restera la marque du quinquennat de Jacques Chirac.

D'où vient alors ce sentiment de confusion et même d'inquiétude qui semble miner non seulement la confiance des ménages mais aussi celle des leaders d'opinion et du Parlement ?
Un manque de fil directeur
.
Il est indispensable que les Français sachent où on les conduit et surtout qu'ils en voient clairement les avantages.
Si la dette disparaît, c'est une formidable dépense - celle des intérêts - qui disparaît : 2,5 % du PIB.
Chacun peut comprendre qu'au lieu de voir son revenu augmenter de 2 %, il augmenterait de 4,5 %.
Si le déficit public disparaît grâce au non remplacement d'une partie des fonctionnaires, aux révisions des cartes judiciaire, hospitalière et militaire... c'est 3 % du PIB qui sont récupérés par les Français pour leur consommation ou pour investir dans les entreprises.
Si le chômage tombe à 5 % grâce à la fusion ANPE-UNEDIC, à une réforme des allocations chômage, à l'introduction des mesures de " flex-sécurité ", les salariés seront en position de force pour négocier des augmentations de salaire et que c'est le seul moyen d'augmenter à terme leur pouvoir d'achat.

Dans tous ces domaines il y a un considérable effort de marketing et de communication à faire pour relier les changements et les réformes en cours à la vie quotidienne des ménages et tracer clairement la perspective. Un essayiste d'un mensuel économique écrivait récemment :
" En France la mythologie de la révolution dénature notre vision du changement. Nous sommes enclins à ne considérer que les bouleversements tout en les redoutant. Ce travers fait de nous des conservateurs à explosions régulières.
Au contraire de nombre de pays (l'Allemagne, la Suède, le Canada), qui ont pratiqué des réformes profondes et rapides par la négociation. Sarkozy tente une voie moyenne. C'est une voie périlleuse. "

Une mauvaise organisation des pouvoirs.
Le Président décide de tout, intervient sur tout, et semble ne savoir déléguer ses pouvoirs ni au Premier Ministre, ni aux ministres, ni aux responsables de la majorité parlementaire.
De façon plus générale, il ne semble pas souhaiter organiser la concertation et le mode de décision démocratique nécessaire à tout grand patron.
Cette situation est d'autant plus dommageable qu'un autre mode de fonctionnement ne retirerait rien à ses prérogatives, ni à son pouvoir de décision. C'est en décidant plus lentement, avec plus de concertation, en partageant l'annonce publique, en préparant plus longuement l'intervention médiatique que le pouvoir serait plus efficace.
Et puis quelle erreur de se priver des opinions et des avis d'hommes dont l'intelligence, la compétence et l'expérience sont reconnues par la classe politique toute entière.
Pour assurer le développement et le succès d'une politique de réforme, rien n'est plus urgent que de l'asseoir sur quatre pieds :
le Président, le gouvernement, le parlement et le parti majoritaire.


S'arroger pour soi seul ces quatre pouvoirs, c'est se condamner à l'impuissance.
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