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Malgré 65 ans de paix européenne n'oublions jamais que la vie est tragique.

Quatre événements récents nous remettent en mémoire le caractère tragique de la vie :
- la mort du dernier soldat français de la guerre de 14,
- la sortie de l'ouvrage de Saul Friedländer sur l'Allemagne nazie et les Juifs,
- enfin la guerre d'Irak et
- la révolte des Tibétains.

1 - La première guerre mondiale a accouché des deux idéologies qui ont ravagé l'Europe de 1917 à 1945. L'hommage national rendu le 17 mars à Lazare Ponticelli rappelle la folie de la guerre de 14/18 qui a donné naissance d'abord au communisme, ensuite au fascisme et au nazisme, après avoir tué :
- 2 millions d'Allemands
- 1,3 million de Français
- 1,1 million de l'empire Austro-Hongrois
- 900 000 britanniques
- 800 000 Turcs
- 580 000 Italiens
- 400 000 Bulgares
- 280 000 Serbes
- 250 000 Roumains
- 115 000 Américains.
73 millions d'hommes ont été mobilisés au cours de ce conflit qui a fait près de 10 millions de tués et disparus et 21 millions de blessés.

2- Le traité de Versailles est le véritable acte de naissance du nazisme.
L'épuisement de l'Europe ne pouvait conduire qu'à Munich.
Les deux gros volumes de Saul Friedländer tome I " Les années de persécution ", Tome II " Les années d'extermination " n'ont pas apporté de révélation, ni même vraiment de nouveautés, par rapport à la " somme " de Raul Hilberg " La destruction des Juifs d'Europe " et aux nombreux ouvrages consacrés à ce sujet.
Par contre, ce qui est extrêmement intéressant dans le volume I c'est de constater qu'à tout moment entre 1933 et février 1938 l'Allemagne nazie pouvait être arrêtée dans sa préparation à la guerre et dans sa politique antijuive.
Hitler prenait un grand soin à la progressivité des mesures prises contre les Juifs, à tenter de neutraliser les médias occidentaux, à ne jamais apparaître à titre personnel en première ligne mais à laisser sur le devant de la scène le parti nazi et même, lorsque c'était nécessaire, les extrémistes de ce parti.
L'Europe aurait pu arrêter le mouvement et encore en 1938 lorsque Roosevelt a convoqué à Evian une conférence internationale sur le sort des Juifs d'Europe.
Cette conférence était moins destinée à faire pression sur l'Allemagne qu'à permettre l'émigration des juifs et à repartir cette émigration sur tous les pays : Palestine avec l'accord de l'Angleterre, Etats-Unis, pays européens et même Japon et Chine.
L'échec complet de cette conférence a montré l'inanité des gouvernements européens et leur refus d'accueillir les Juifs allemands au-delà de quelques milliers de personnes.
Le plus terrifiant dans cet ouvrage est de constater que l'Allemagne non seulement acceptait mais se faisait un plaisir de négocier l'émigration quasi-totale de sa population juive.
Le refus des occidentaux de les accueillir a conduit des dizaines de milliers de Juifs allemands à abandonner leurs domiciles et tous leurs biens pour se heurter à l'affreuse situation de blocage entre les frontières allemandes, françaises, suisses, belges, hollandaises et polonaises.
Cela aurait peut-être été inutile puisque l'Europe a été ensuite envahie. Mais d'abord beaucoup auraient pu se diriger vers les Etats-Unis et la Palestine, les autres ayant pris conscience du danger avant 40/41 et pris leurs dispositions pour quitter l'Europe.
L'esprit de Munich conduit le plus souvent au pire.

3 - La guerre d'Irak et la montée du fondamentalisme musulman.
La seconde guerre d'Irak décidé par G-W. Bush est de toute évidence une lourde erreur.
Même le rééquilibrage de la situation qui semble aujourd'hui en cours n'effacera pas les dizaines de milliers de morts civils, les 2 millions de réfugiés, la destruction de la communauté chrétienne d'Orient.
Les Etats-Unis se sont trompés d'adversaire.
L'extrémisme musulman a pour origine le Pakistan, le Bengladesh et le sous-continent indien, l'Arabie Saoudite qui finance le salafisme depuis trente ans, l'Iran.
Dans tous ces pays, s'opposer au fondamentalisme ne ressort pas d'une politique militaire, mais d'une stratégie civile couvrant à la fois l'économie, la religion, la culture.
Il reste un fait évident : le danger, la menace pour nos civilisations, c'est le fondamentalisme musulman.
Que l'on pense seulement aujourd'hui au Salon du livre boycotté par des pays qui sont tous des dictatures et dont tous les écrivains sont soumis à la censure lorsqu'ils ne font pas l'objet de fatwa.
En face de cette menace qui grandit chaque année, quelle attitude adopte l'Occident ? Celle de Munich.
Il n'y a guère aujourd'hui que la Turquie qui défende avec vigueur la laïcité et semble encore prête à dissoudre les partis politiques qui ne la respectent pas, y compris le parti gouvernemental. Quelle leçon !
On accepte aujourd'hui presque partout en Europe, sans le dire, le voile porté dans les administrations, la séparation des sexes à l'hôpital, les heures de piscine réservées, les cantines scolaires avec cuisine hallal ou casher, les lieux de prières dans l'usine...
Quant à l'idée de publier un livre violemment critique sur l'Islam, de produire un film, une émission radio ou télévision mettant en cause non pas le fondamentalisme mais la religion elle-même, Allah et son prophète Mahomet il n'en est plus question depuis longtemps.
Après deux cents ans de laïcité militante anti-chrétienne, voici la disparition de la laïcité à l'égard des Musulmans puis, par ricochet, des Juifs et d'autres confessions demain...
Y a-t-il aujourd'hui d'autres pays que les Etats-Unis et Israël qui soient prêts à faire la guerre pour défendre une civilisation, une morale, un idéal ? C'est la vraie question.

4 - Demain la Chine, demain la Russie, demain d'autres risques nécessairement inconnus... C'est la révolte du Tibet, ce sont les troubles dans le pays Iogour qui attirent aujourd'hui l'attention sur la Chine.
Ce géant ne pèse encore guère plus que la France, en terme de produit national et de dépenses militaires.
Il est donc encore possible de discuter avec la Chine d'égal à égal.
Il faudrait évidemment profiter des jeux olympiques pour dénoncer la dictature au Tibet, la répression des émeutes paysannes, les milliers de personnes condamnées à mort chaque année et l'absence totale de liberté de la presse ? Mais qu'en sera-t-il demain ? Au rythme actuel, en 2030, la Chine aura rejoint le niveau de puissance américaine, même si sa population aura encore un revenu inférieur de moitié à celui des Etats-Unis.
La décomposition sociale de la Russie a permis de réinstaller " Le KGB au pouvoir ".
Il faut lire l'ouvrage parfaitement documenté de Thierry Wolton qui porte ce titre (Ed. Buchet-Chastel, décembre 2007).
Certes, la Russie ne fait guère peur aujourd'hui, d'abord en raison d'un déclin démographique dramatique, ensuite parce qu'une économie de matière première dirigée par une oligarchie tchékiste ne peut pas donner naissance à une classe d'entrepreneurs et à un tissu de PME garantie du progrès.
Toutefois, un pays mafieux dirigé par des hommes dont toute moralité a été balayée par 70 ans de communisme et 15 ans de tchékisme reste, à terme, d'une grande dangerosité.

Le risque énergétique et pétrolier. Personne ne peut affirmer que nous sommes à l'abri d'une crise non pas grave mais réellement dramatique dans ce domaine.
Imaginons demain une révolution en Arabie Saoudite, une nouvelle alliance sur le prix du gaz, du type de l'OPEP mais animée par la Russie, le passage de quelques grands pays d'Amérique du Sud, comme le Venezuela et le brésil, à un communisme de type castriste, une alliance Chavez - Poutine - Ahmeninedjad... Tout est possible.

Nos enfants et nos petits-enfants ne sont à l'abri de rien et mieux vaut leur rappeler les tragédies du siècle dernier que de les endormir dans l'idée hélas toujours mythique d'une paix universelle. 43