|
La
démocratie ne peut progresser en Russie sans retour à la vérité
historique.
Lorsque Nicolas Sarkozy s'est rendu à Moscou en octobre dernier,
il a rencontré les responsables de " Mémorial ", principale association
de défense des droits de l'homme en Russie.
Mémorial incarne à la fois la lutte pour les libertés et l'exigence
de vérité historique.
Son premier travail est de collecter les traces de la grande terreur
qui a débuté dès les premières années du Léninisme mais qui a atteint
une échelle inimaginable à partir des années 1937.
L'association vient notamment d'éditer un CD qui comporte les
noms de 2 615 000 victimes de la répression. C'est le quart
du travail qui reste à faire.
L'association subit un véritable harcèlement des autorités. Dix
inspecteurs sont venus pendant six mois pour inspecter la comptabilité
de l'association qui vit avec un budget dérisoire de 400 000 euros
par an.
" Dans les années 1990, Mémorial était
un navire porté par le mouvement de la société",
indique sa directrice. Aujourd'hui nous allons contre le courant.
Les autorités nous disent qu'il y en a assez d'évoquer les pages
noires de notre passé.
" Raison de plus", affirment les dirigeants de l'association,
pour nous acharner à établir la vérité.
De même faudra-t-il sans doute une reconnaissance
par la Russie de la famine créée de toute pièce en Ukraine en 1933
et qui a fait six millions de morts pour que les relations entre
les deux pays retrouvent un minimum de sérénité.
La Russie, 18 ans après la chute du communisme, redevient un
des pays les plus inquiétants du monde : - pressions violentes
sur l'Ukraine et la Georgie,
- manifestations de racisme constantes vis-à-vis des noirs et des
Caucasiens,
- justice soumise pour l'essentiel aux impératifs du Président et
du Gouvernement,
- prisons proches du goulag,
- renforcement de l'armée et des services policiers.
Le refus de reconnaître l'histoire conduit à la rééditer.
42
|