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Les Français et l'argent des candidats.
Dans un billet satyrique, Ted Stanger, journaliste américain
à Paris, parle de notre " drôle de relation au fric " :
" Pour être élu président dans ce pays
il vaut mieux se faire Rmiste.
Car les Français ont la même relation avec le fric qu'ont les Américains
avec l'alcool : trouble.
Dans la France de nos jours l'ISF est moins
une taxe qu'un supplice comme ceux réservés jadis aux hérétiques.
"
Voici cette fois Nicolas Sarkozy sur la sellette.
Il avait acheté, il y a neuf ans, un appartement de 5,7 millions
de francs auquel s'ajoutaient des travaux complémentaires pour environ
1,8 million, soit un assez joli total de 7,5 millions de francs
qui vaudraient sans doute aujourd'hui 10 ou 12 millions de francs,
soit 1,5 à 1,8 millions d'euros.
Certes, le parisien moyen n'est guère en mesure de mettre cette
somme. 1 500 000 euros c'est beaucoup.
Pourquoi serait-ce trop lorsqu'on a été
quatre ou cinq fois ministre de 1993 à aujourd'hui ?
Dans beaucoup de pays, ce chiffre paraîtrait normal lorsqu'on
a assez brillamment réussi pour se retrouver candidat crédible à
la présidence de la République, aussi bien d'ailleurs qu'homme d'affaires,
artiste ou sportif reconnu.
Ces derniers sont évidemment dix fois plus riches.
Ségolène Royal possède elle un patrimoine immobilier réévalué
à environ 18 millions de francs d'aujourd'hui, soit 2,7 millions
d'euros : à Mougins dans une " gated community " (1 million d'euros),
à Boulogne (1,4 millions) et à Melle (270 000 euros). C'est
également beaucoup.
N'étant pas mariée avec François Holland, elle ne compte que sa
part propre pour sa résidence secondaire et affiche une décote de
40 % pour sa résidence principale en SCI, ce qui diminue naturellement
l'ensemble de près de la moitié : 1 300 000 euros.
Mais peu importe les calculs. Nos deux
candidats affichent des biens immobiliers, revendus pour Nicolas
Sarkozy, actuels pour Ségolène Royal de l'ordre de 1,5 millions
d'euros.
Et voilà Le Canard Enchaîné qui va vendre 100 000 exemplaires
de plus, les médias en émoi, la classe politique en alerte.
Que nos présidentiables affichent une certaine
richesse et voici que chacun crie haro, sur Nicolas qui aurait bénéficié
d'une remise du promoteur, sur Ségolène qui aurait clairement sous-estimé
la valeur de ses biens.
Que les deux principaux candidats aient
une fortune de 1,5 millions d'euros et payent des impôts en conséquence,
on peut plutôt s'en réjouir car ce n'est sans doute pas pour l'argent
qu'ils prétendent aux plus hautes fonctions et leur richesse relative
les met d'autre part à l'abri des tentations bien connues des politiques.
Allons, comme le dit Stanger : " Sacrés Français ! A voir
les patrimoines des candidats au pouvoir suprême, leurs fortunes
feraient rire un Américain. "
Et nul doute qu'aux USA, personne n'oserait se présenter à la présidentielle
en disant qu'il n'a pu gagner avant 50 ans qu'un petit million d'euros.
Outre Atlantique, on ne vote pas pour les
perdants, être facteur n'est pas un privilège. 31
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