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Etre de Gauche ou être de
Droite, est-ce être hémiplégique ?
C'est en lisant l'excellente citation de José Ortega y Gasset,
sur la quatrième de couverture du dernier numéro de Commentaire,
que l'idée de cette chronique nous est venue :
" La mission de celui qu'on a nommé " l'intellectuel " est en
un certain sens opposée à celle du politicien.
L'œuvre de l'intellectuel aspire - souvent en vain - à éclaircir
un peu les choses, tandis que celle du politicien consiste souvent
à les rendre plus confuses
Etre de gauche ou être de droite c'est
choisir une des innombrables manières qui s'offrent à l'homme d'être
un imbécile; toutes deux, en effet, sont des formes d'hémiplégie
morale.
De plus, la persistance de ces qualificatifs ne contribue pas peu
à falsifier encore davantage la " réalité " du présent, déjà fausse
par elle-même ; car nous avons bouclé la boucle des expériences
politiques auxquelles ils correspondent."
Jean-Claude Casanova, directeur et animateur infatigable
de la meilleure revue intellectuelle française, a choisi ce texte
en pensant à la campagne présidentielle.
Dans le même temps, un spécialiste de sciences politiques, Dominique
Reynié, traitait dans Les Echos de
" la tentation du centre " :
" Il existe une tentation du centre quand les dogmes faiblissent,
quand la situation historique est dominée par des phénomènes de
mutation... Ce sentiment peut être plus fort dans les périodes où
il y a une relève de génération où l'on craint que le prochain chef
d'Etat soit moins expérimenté alors que le monde paraît plus instable.
C'est en cela que le centrisme est un
conservatisme.
François Bayrou peut-il incarner la rupture au centre ?
Non, car François Bayrou n'est pas le centre mais le centre droit.
Il peut incarner un renouveau de la droite française mais il ne
peut se placer hors du clivage droite/gauche. "
Cette discussion éternelle en France sur le dépassement du clivage
droite/gauche tient sans doute beaucoup au fait que les idées
de Patrie, de Nation, de patriotisme ont été très malmenées en France
où la révolution de 1789 (et les suivantes), les luttes religieuses
et les luttes politiques ont créé des fossés historiques qui se
comblent trop lentement.
Il reste que François Bayrou ne peut pas
s'abstraire de ce combat politique fondamental.
Il devra appartenir à l'un ou l'autre camp.
Ce qui est un peu triste en France, c'est que ce combat ne se
livre pas là où il le faudrait.
La gauche française se plaît souvent à ridiculiser le parti démocrate
américain sous prétexte qu'il aurait quasiment les mêmes valeurs
que le parti républicain, hors la question de la guerre en Irak
:
- économie de marché,
- primat de l'entreprise,
- primat de la valeur travail,
- fort patriotisme,
- valorisation de la famille.
En fait, dans la réalité, le parti démocrate
est au contraire profondément différent du parti républicain et
représente vraiment des valeurs de gauche, sans doute plus fortes
et plus réalistes que le parti socialiste français :
- droit des minorités,
- discrimination positive,
- démocratie directe,
- liberté des mœurs,
- impôt négatif,
- aide sociale décentralisée...
Simplement, les démocrates ne pensent pas intelligent de nationaliser
leur électricité, d'augmenter le nombre de leurs fonctionnaires,
de leur confier les considérables budgets de recherche, de développer
les aides sociales sans évaluation de leur efficacité et de maintenir
les déficits budgétaires... creusés par les républicains.
Il y a en France une très grande place pour
recréer une gauche intelligente. Qui la prendra ?
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