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Cinq mois de gouvernement Villepin. Où en est-on ?

Fin 2005, nous avions titré un article : " Le gouvernement nous donne le tournis ".
Nous avions en effet le sentiment, comme beaucoup, que chaque semaine apportait de la part du gouvernement un nouveau projet, une nouvelle annonce et que l'on peinait à trouver une ligne directrice très claire.

Peut-être est-ce le moment en ce début d'année de tenter un bilan de ce qui a été fait et de ce qui reste à faire.

Ce qui a été fait.
- Pour le chômage : une volonté de sortir des formules qui n'ont rien donné depuis vingt-cinq ans en proposant de nouveaux types de contrats : pour les jeunes, pour les petites entreprises, pour les seniors.
Parallèlement, des mesures plus classiques ont été prises, très comparables à celles du gouvernement Jospin, pour des emplois sociaux, non marchands, aidés.
Par ailleurs, une modification de la prime pour l'emploi, une prime exceptionnelle de retour à l'emploi, un système de crédit d'impôt dans certains secteurs d'activité visent à permettre plus facilement le retour à l'emploi.
On peut toutefois regretter qu'un dispositif d'ensemble cohérent, clair, complet n'ait pas été mis en place pour donner une plus grande visibilité à l'ensemble.

- Pour le logement : une politique du logement social et de rénovation des zones urbaines sensibles a été lancée avec des moyens financiers importants.
En raison de l'hystérésis du secteur, les livraisons de logements supplémentaires ne se feront guère qu'en 2007.
La politique lancée en 2004/2005 était presque entièrement axée sur le locatif social. Elle s'est infléchie depuis quelques mois en faveur de l'accession sociale.
Cette nouvelle politique du logement est une
politique d'urgence qui ne s'inclut pas dans une perspective cohérente.
En effet, renforcer le secteur HLM, c'est bloquer la fluidité du marché du logement et cela ne conduit pas à baisser les prix dans le secteur libre qui loge la grande majorité des Français.
De plus, on démolit pour l'instant au moins autant que ce que l'on construit. Alors ?

- Pour l'éducation : trois mesures ont été prises :
- une concentration des moyens sur 200 à 250 collèges,
- une sorte de préapprentissage à 14/15 ans assurant la liaison entre l'école et l'entreprise,
- enfin une éviction définitive des méthodes globales et semi-globales au profit du syllabisme et des phonèmes.

- Pour l'immigration et la sécurité : plusieurs mesures importantes ont été prises dans le cadre d'une loi anti-terroriste, d'un projet de loi sur l'immigration qui sera discuté mi-février, enfin d'une série de mesures prises par décret ou circulaire pour renforcer la législation existante.

- Pour la Fiscalité : un projet de réforme réduisant à quatre les tranches de revenus pour l'IRPP est intervenu de même que le système dit du " bouclier fiscal " qui a été conçu pour qu'aucun Français ne paye plus de 60 % de ses revenus à l'impôt.
Toutefois le système, extraordinairement complexe, a été refusé par le Conseil constitutionnel.
Il sera certainement repris sous une autre forme.
On notera que c'est Nicolas Sarkozy qui avait conçu ce système de bouclier fiscal mais de façon beaucoup plus simple et à 50 %. Par ailleurs rien, ou presque rien, sur l'ISF.


Ce qui reste à faire.
Force est d'indiquer que toutes ces mesures ne représentent qu'une toute petite partie des réformes nécessaires car les financements en jeu dans ce qui reste à faire sont considérables.
- La dette publique : elle dépasse maintenant 66 % du produit intérieur brut.
Toutefois, si l'on voulait provisionner les retraites, ce qui se fait dans la plupart des pays du monde, la dette dépasserait 115 % du PIB, 2 000 milliards d'euros, 32 000 euros par Français.

- Le déficit annuel : le budget 2006 a été voté avec un déficit équivalent à celui de l'an dernier.
Le groupe UMP a tenté de se battre pour le réduire de 500 millions. Impossible d'y parvenir, au contraire.
En dernière minute le Ministère de la Défense a obtenu le maintien d'une rallonge supprimée précédemment par les députés.

- La réforme de l'Etat : rien, sinon la nomination d'un nouveau haut fonctionnaire, l'entrée en vigueur de la nouvelle loi d'orientation budgétaire (la LOLF) et l'annonce par Jean-François Copé d'une troisième loi de simplification administrative après les deux premières en 2002 et 2004. Quand cessa-t-on de légiférer ?

- Le déficit de la Sécurité Sociale : la réforme de M. Douste-Blazy n'a rigoureusement rien donné.
Le déficit est stable, autour de 10 milliards d'euros.

- Les retraites : chacun sait que la réforme votée sous le gouvernement Raffarin règle à peine le tiers du problème financier des années 2010/2020.
L'augmentation des départs en retraite est massive de 2005 à 2010 et les régimes spéciaux des entreprises nationalisées et des fonctionnaires vont peser de tout leur poids après 2010.

- L'immigration : le solde migratoire était stabilisé autour de 50 à 60 000 entre 1992 et 1998.
Il est progressivement passé à 100 000 au début des années 2000, à 120/130 000 aujourd'hui.
Il n'est pas simple de ralentir ce rythme.

- L'éducation et l'enseignement supérieur : il reste presque tout à faire dans le domaine des collèges et des lycées tant la réforme Fillon a déçu.
Par ailleurs, l'université est vraiment en état de déshérence à la fois par rapport à tout le système des moyennes et grandes écoles et par rapport aux universités européennes.
L'université et la recherche sont deux chantiers absolument essentiels pour l'avenir de la France.

Sur ces sept grands chantiers, bon travail et bonne chance M. de Villepin.