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La politique ne peut pas vivre
sans vision d'avenir
La commission européenne a fait conduire dans six pays européens
une enquête très fouillée sur les jeunes et la politique.
Le rapport qui rend compte de ce travail ne peut laisser personne
indifférent tant l'image qui en ressort est négative.
A peine deux jeunes sur dix font confiance à leur gouvernement
et un sur dix aux partis politiques.
Ce résultat n'est finalement pas bien étonnant car sans
vision d'avenir, sans philosophie politique, comment intéresser
la jeunesse mais aussi l'âge mûr à l'action de gouvernements
qui par ailleurs doivent traiter de sujets d'une complexité croissante
et d'une technicité accessible aux seuls spécialistes.
Or, de philosophie politique, en Europe, personne n'en a plus.
La dissidence soviétique a apporté dans les années 80 un nouveau
souffle aux idéologies de la liberté.
Une série de philosophes des pays de l'Est ont donné des armes intellectuelles
puissantes aux mouvements politiques et syndicaux en Pologne, en
Hongrie et en Tchécoslovaquie.
Dans l'Europe du Nord une vraie philosophie sociale-démocrate s'est
développée autour de Olof Palme.
Au milieu des années 50, une équipe d'hommes remarquables a su fonder
et développer le concept d'Europe unie : Robert Schumann, Konrad
Adenauer, Alcide de Gasperi.
Plus tard, dans les années 80, au Royaume-Uni, Margaret Thatcher
a totalement réhabilité le libéralisme et Tony Blair en a pris le
relais.
En dehors de ces quelques personnalités,
l'histoire européenne est, depuis 40 ans, un désert idéologique.
Or l'homme ne vit pas que de pain.
Sans autre idéal que celui de la consommation matérielle et relationnelle
(l'amour liquide selon le titre de l'ouvrage de Z. Bauman), comment
redonner à nos pays et à l'Europe confiance dans " le politique
" ?
Alors, pour 2006, souhaitons à l'Europe et à la France, chacune
dans son domaine, une grande vision, une vraie philosophie de l'action
:
Et d'abord pour l'Europe, la conscience
et la fierté de son histoire, conditions de sa réelle existence.
Elie Barnavi, ancien ambassadeur d'Israël en France, historien a
publié dans Le Point du 5 janvier 2006 des propos recueillis par
Elisabeth Levy qui nous ont semblé lumineux et dont nous nous autorisons
à reproduire ici quelques lignes " Au cours du débat sur la laïcité,
F. Bayrou a expliqué qu'il était chrétien, croyant et enchanté que
les rédacteurs du traité constitutionnel européen aient décidé de
ne pas mentionner les racines chrétiennes de l'Europe. Eh bien
moi qui ne suis ni chrétien ni croyant je suis consterné par cette
négation de l'histoire.
Le substrat, la véritable infrastructure des Nations, ce sont la
culture commune, la langue commune, les épreuves partagées. On n'échappera
pas à l'histoire en la niant. Le résultat c'est que l'Europe
est sûrement une réalité économique, peut-être un projet politique,
pour certains un choix idéologique, mais pas une entité culturelle,
pas quelque chose de charnel.
On n'a pas envie de coucher avec cette Europe là.
Or c'est pour moi une évidence d'historien : l'Europe est divisée
en cultures, en langues, mais repose sur un substrat de civilisations
commun qu'on ne trouve pas ailleurs.
Il faudrait que les européens regardent leur civilisation avec les
yeux d'un étranger.
Et comment ne pas voir que l'Europe est le fruit d'un double
souvenir, celui de l'empire romain et celui de la chrétienté.
Au moment où l'empire se replie commence une deuxième phase dans
laquelle l'Europe se confond avec la chrétienté, la " christianitas
" qui se coule dans les cadres administratifs et mentaux de l'empire.
Le christianisme aurait dû avoir pour capitale Jérusalem, là où
le Christ est monté sur la croix et où s'est constituée la première
église. Et pourtant, il s'installe à Rome.
C'est dans ce cadre que se construit une civilisation vraiment
unique et extraordinaire qui est celle de l'Occident latin. Ses
frontières sont dessinées par les ordres religieux mais aussi par
les universités..................
L'idéologie des droits de l'homme est universaliste. Mais elle ne
permet en rien d'établir des distinctions et de tracer des frontières.
Si l'Europe ne se définit que par les droits de l'homme, elle n'existe
pas car il n'y a pas d'existence sans territoire et l'un des
drames de l'Europe est précisément qu'elle ne sait pas se donner
des frontières physiques car elle est incapable de se donner des
frontières mentales.
Elle ne sait pas définir un " eux " et un " nous ".
Cette frontière entre eux et nous n'est pas forcément hostile ni
imperméable. Mais pour être amicale et poreuse, il faut d'abord
qu'elle existe. Les peuples ne peuvent pas se reconnaître dans
cette fuite en avant...
(Le Point, jeudi 5 janvier 2006, n° 1738, pages 70 à 72).
Et pour la France qu'elle sache
se convaincre que l'avenir peut être brillant après 25 ans d'immobilisme.
François Mitterrand et Jacques Chirac avaient ceci de commun que,
ne sachant comment résoudre les problèmes, ils adoptaient la solution
dont leur prédécesseur Monsieur Queuille avait fait une doctrine
:
" Il n'est pas de problème qui ne se résolve si on le laisse
attendre suffisamment longtemps " :
- Le chômage ? Le baby-boom
finira par partir en retraite...
- La dette publique ? L'Europe
finira par nous sanctionner et nous lui ferons porter le chapeau.
- Les impôts ? Si la moitié
des ménages ne payent pas d'impôt sur les revenus, cela fait au
moins 50 % des gens qui ne s'inquiètent pas des taux de prélèvement
publics.
- Les fortunes qui partent à l'étranger
? Elles restent en général dans les pays voisins. Convainquons
ceux-ci de les taxer... l'Europe est là pour unifier les systèmes
fiscaux.
- Les milliards de déficit de la Sécurité
Sociale ? Augmentons les tickets modérateurs d'un euro,
puis deux, puis cinq, puis dix, puis cent... Les Français s'y habitueront
tranquillement.
Alors, quand on entend notre nouveau premier Ministre, M. de Villepin,
proclamer qu'il va réduire la dépense publique en 5 ans, mais qu'il
ne va commencer qu'en 2007, on pourrait en être désespéré.
Mais non car cette fois-ci les Français semblent avoir compris.
Un sondage récent vient de nous informer que le président le mieux
élu de la Vème République (80 % des voix) ne trouve plus aujourd'hui
qu'un Français sur 100 pour souhaiter qu'il se représente. (éditorial
de notre ami Guy Rossi-Landi dans "la Lettre politique et parlementaire"
N°1143 du 19/12/2005)
Le nouveau président de l'UMP a trouvé le mot qu'il fallait pour
lancer enfin un nouvel élan dans la vie politique française : le
mot de rupture.
Socrate, le premier des philosophes, a fait du langage le fondement
non seulement de sa logique mais aussi de sa doctrine. Et
le langage est vraiment, en politique comme ailleurs, le moteur
le plus puissant de toute activité.
C'est un langage clair de nos dirigeants qui peut
seul permettre à la fois la reconnaissance de nos erreurs et l'espérance
en l'avenir.
Car il est vrai que depuis 25 ans nous
avons tout faux et l'ouvrage de Denis Jeanbar ( Accusé
Chirac levez-vous!) n'est pas excessif.
Aucun effort n'a vraiment été tenté dans
aucun des domaines qui plombent l'économie et le revenu des Français.
Et c'est par la description de nos erreurs qu'il faut commencer,
sans langue de bois, sans précaution excessive, sans cacher les
responsabilités.
Lorsque ce travail de mémoire n'est pas fait, les sociétés ont toujours
les plus grandes difficultés à sortir de leur fossé l'exemple de
l'URSS et des Balkans est frappant.
C'est ce travail sur le langage de la vérité
qui fonde toute la sagesse socratique et qui permet de développer
une nouvelle idée de la connaissance, de la vertu et de l'avenir
:
- Pas de droits sans devoirs.
- Pas de nouveaux avantages sociaux sans
développement de la richesse.
- Pas de développement de l'immigration sans développement de l'emploi.
- Pas de développement de l'emploi sans modification profonde du
Code du travail.
- Pas de réduction de la dette publique sans réduction de la fonction
publique.
- Pas d'attitude sottement belliqueuse vis-à-vis des Etats-Unis
sans doctrine de remplacement approuvée par les plus
importants de nos partenaires européens.
- Pas d'intégration des immigrants de cultures
éloignées sans changement de méthode, qu'on l'appelle
discrimination positive ou autrement.
- Pas de sécurité sans concertation sociale
et rigueur judiciaire.
Il faut dire et redire, en même temps que l'on décide et que l'on
fait.
L'action, c'est aussi un langage : " L'âme ne peut être guérie
que par des discours qui agissent comme des envoûtements " disait
Socrate à Charmide.
Puissent nos leaders politiques devenir socratiques en 2006 en même
temps qu'ils agissent.
Soyons optimistes : il semble que sur tous
les points précédents des changements sont amorcés et parfois lancés,
comme le contrat nouvelle embauche et le contrat emploi jeune. La
course à la rupture a peut-être commencé.
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