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Le printemps à Noël Le temps des fêtes arrive.

Est-ce le printemps en hiver ?
Comme au printemps, on sent partout un frémissement, des idées nouvelles, des prises de conscience, des envies de faire plutôt que de critiquer.
" Les Français, sinistres ou sinistrés ? " écrivait Michel Schneider dans une chronique du journal Les Echos en octobre. " Les Français, disait-il, semblent en proie aux passions tristes, celles qui, selon Spinoza, rapetissent et ramènent à soi : l'envie, la vengeance, la colère, la cruauté, la jalousie, la peur des autres... Pourquoi, comparé à celui d'autres pays développés, le moral des Français est-il si bas ? Pourquoi les visages sont-ils plus désemparés dans le métro parisien que dans les rues de Dakar ? "
Eh bien cet article, c'était avant-hier.

Après les émeutes urbaines de novembre, hier, on sent, au contraire, que l'espoir renaît, comme si l'excès de colère aboutissait brusquement à une volonté de s'en sortir.
Il semble, pour la première fois depuis longtemps, que nos politiques y sont pour quelque chose.
Derrière deux hommes d'un profil très différent, Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, les idées nouvelles semblent brusquement avoir fait leur chemin.
La crise de violence de début novembre accélère cette prise de conscience et le sentiment que, pour une fois, on ne pourra plus faire comme avant.
Un chroniqueur américain du New York Sun écrivait après cette crise :
" Les Français peuvent réagir de trois manières. Ils peuvent se sentir coupables, tenter d'apaiser les émeutiers en octroyant des prérogatives et des plans d'investissement sociaux massifs que certains exigent. Ils peuvent pousser un soupir de soulagement et, comme ils l'ont fait lors de crises antérieures, retourner à leurs affaires comme si de rien n'était. Ils peuvent considérer les événements présents comme la salve d'ouverture d'une révolution en devenir et s'atteler à la tâche difficile qui consiste à réparer les négligences et l'indulgence coupable des dernières décennies. "
Eh bien, c'est ce qui semble se produire.
Nicolas Sarkozy réclame la rupture. Il a sur cette base occupé l'essentiel de l'espace à droite et s'est constitué un socle de partisans résolus plus important que tous les autres responsables politiques.
Dominique de Villepin, l'héritier de la politique d'apaisement, s'est aperçu tout à coup qu'il devait épouser les mêmes idées en proclamant toutefois que la réforme est possible sans la rupture.
François Bayrou leur courre après en réclamant l'alternative.
Si les socialistes font au contraire marche arrière, gageons que, dans peu de temps, l'un : DSK ou l'autre : François Hollande/ Ségolène Royal va également redécouvrir les réalités et leurs exigences.

Si les deux leaders de la droite ont entamé l'air du changement, le premier plus rapide, plus prompt, plus ardent, que l'autre, c'est bien parce qu'ils ont senti que les Français étaient beaucoup plus prêts que les hommes politiques ne le pensent à changer leurs idées, leurs pratiques et leurs points de vue pour sortir d'une situation dont ils mesurent la gravité.
On le voit partout.
- Dans l'enseignement où M. de Robien vient de proclamer la fin définitive de la méthode globale et le retour au syllabisme intégral. Xavier Darcos a d'ailleurs critiqué son excès de zèle en soulignant qu'il était aussi excessif de supprimer d'un seul coup et entièrement toute méthode de globalisation que d'interdire le syllabique. Mais peu importe, la réforme est lancée. Certes il aura fallu quarante ans pour revenir au bon sens mais ne gâchons pas notre plaisir.

- Dans le service public où la CGT majoritaire à la SNCF n'a pu imposer la grève et où les médias ont enfin eu l'honnêteté de montrer partout la fureur des usagers et l'inanité de la grève.
Celle des traminots de Marseille pourtant très longue n'a pas mieux réussi.
Les esprits semblent aujourd'hui prêts, partout, à imposer un service minimum par la loi.
Il faudra sans aucun doute passer par un mois de grève à la SNCF. Et alors ?
Margaret Thatcher a tenu onze mois face à la grève des Mineurs.
La marque d'un homme d'Etat, c'est de savoir résister.
Il le peut si l'opinion publique le veut. Aujourd'hui elle le veut.

-Dans la réforme de la fonction publique. Les tours de magie du chiraquisme - baisser les impôts tout en augmentant les charges - déclenchent moins les sourires du public que son irritation, voire son exaspération.
Beaucoup de Français savent maintenant que le second budget de l'Etat, bientôt le premier, est constitué par le paiement des seuls intérêts de la dette publique.
Et chacun sait qu'il n'y a qu'un remède, réduire la dépense publique, c'est-à-dire le nombre des fonctionnaires et les divers régimes spéciaux de retraite.

- Dans la lutte contre le chômage. Les Français semblent maintenant avoir bien compris que les emplois ne sortent pas d'un chapeau, que les discours des politiques ne fabriquent pas la moindre valeur ajoutée, que le volontarisme gouvernemental ponctué de réunions préfectorales hebdomadaires ne produisent ni débouchés nouveaux, ni augmentations de salaire.
Notre premier ministre est sympathique et notre ministre de l'emploi lance un nouveau contrat, une nouvelle idée, un nouveau " truc " tous les deux jours. Ils ne convainquent pas.
Car chacun a bien compris que si les entreprises n'ont ni débouchés, ni volonté d'investir, la France ne créera que des emplois administratifs dits " sociaux " qui alourdiront la barque et n'allègeront pas le vrai chômage.

-
Dans la politique d'immigration. Le solde migratoire affiché par l'INSEE est de 50 000 par an.
La réalité se situe au-dessus de 100 000.
Toutes les tendances politiques reconnaissent que ceci doit cesser et que la France ne peut intégrer une immigration non qualifiée et culturellement très éloignée de son mode de vie.
En Europe où l'opinion publique a compris que consacrer 45 % du budget à la politique agricole commune, dont ne profite d'ailleurs que le tiers des agriculteurs, est une position intenable.


On en a vraiment conscience aujourd'hui : le grand débat présidentiel se jouera à droite et les positions sont d'ores et déjà connues.
Hélas, ce débat qui devrait durer trois mois va en durer quinze.
La France vient déjà de perdre trois ans, elle va perdre un an de plus.
Mais on sent poindre l'espoir et l'on perçoit que cette année de plus ne sera peut-être pas inutile.
Il faut que l'année 2007 soit l'année de très grands changements ; les prémices en sont déjà là.