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55 % de non au référendum sur le traité constitutionnel européen
Nous ne ferons aucun commentaire sur les résultats électoraux car la presse les a analysés dans tous leurs composants, les a comparés avec d'autres élections du même type comme avec les élections européennes et nationales.
Les faits sont donc parfaitement connus ; reste à les interpréter et surtout à prévoir l'avenir.
Nous le ferons autour de cinq grands sujets de réflexion :
- la crise de la démocratie représentative,
- la pensée unique et l'esprit de Munich,
- pas de " futur " sans changement des paradigmes de l'U.M.P. et du P.S.,
- le poids des Nations,
- le poids de l'histoire,

La crise de la démocratie représentative.
Pour que le peuple se reconnaisse dans son gouvernement, il faut que soit bien établie, à tous les niveaux, la légitimité de la représentation.
Les citoyens doivent se sentir bien représentés dans leurs partis politiques.
Ceux-ci doivent être les viviers légitimes de tous les élus locaux et régionaux.
Les parlementaires doivent être légitimement issus des structures régionales et des partis.
L'Assemblée Nationale et le Sénat, doivent refléter fidèlement les diverses tendances de la population à travers les prismes peu déformants des systèmes électoraux.
Enfin, le gouvernement doit procéder des assemblées et préparer des lois conformes à leurs vœux.
Ces structures idéales n'existent nulle part.
C'est pourquoi il est indispensable de les compléter par un système de contre-pouvoirs généralisés et un contrôle solidement organisé du Parlement sur le gouvernement et l'administration.
Tout s'oppose aujourd'hui à ce qui est décrit ci-dessus.
La France est aujourd'hui très proche d'une République bananière fondée sur un système présidentiel sans contrôle.
C'est cette absence de contrôle qui a pu aboutir aux dix ans d'errance politique qui se terminent par ce référendum. Les partis politiques ne sont absolument pas représentatifs : leur nombre d'adhérents est réduit, leur structure sociale est très spécifique - fonctionnaires et enseignants chez les socialistes -, cadres et professions libérales à l'U.M.P., le mode d'élection de leurs dirigeants aussi peu démocratique que possible.
A l'intérieur de chaque parti, la lutte pour une place éligible au niveau local et régional est rarement arbitrée par la base.
Quant au choix des circonscriptions, on connaît le rôle prépondérant que joue dans chaque camp le président, le premier ministre ou le secrétaire général du parti.
Le système électoral écarte 10 à 12 % de la gauche et 15 à 20 % de la droite, soit 25 à 30 % de la population, de toute chance d'être élue.
C'est ainsi dans toutes les démocraties et bien plus grave au Royaume-Uni.
Ce n'est pas une raison pour nier ce fait.
Enfin, le Parlement est élu et une majorité existe. Mais pourquoi faire ? Sans ambition, sans volonté, sans vertu, et ne pensant qu'à sa réélection, la majorité est tentée de gouverner à l'extrême-centre.
De droite, elle jouera au centre-gauche, de gauche, au centre-droit.
Dans ce " ni ni " permanent, personne ne reconnaît les siens.
Après avoir nationalisé des groupes représentants plus de 2 millions de personnes en 1982, la gauche privatise pendant vingt ans autant que la droite !
Après avoir promis une politique de réforme rigoureuse, la droite refuse de toucher à la fonction publique et aux grandes entreprises nationalisées, aux régimes spéciaux de retraite, à un enseignement public en déshérence, à l'émigration, au regroupement familial, aux trente-cinq heures...
Regardons par ailleurs l'essentiel : dans une démocratie, c'est le Parlement qui vote la loi et qui pour cela la prépare en relation avec le Gouvernement, l'amende, la corrige, la précise etc... En France rien de tel.
Sur une soixantaine de lois votées annuellement, le gouvernement en prépare cinquante-huit, dont la moitié lui sont plus ou moins dictées par la Commission européenne et le Parlement a son mot à dire sur deux ou trois.
Ajoutons à cette situation la complexité du monde moderne, la technicité constamment accrue des questions à traiter.
Y a-t-il vraiment beaucoup de parlementaires et beaucoup de dirigeants politiques capables de comprendre tous les rouages de l'économie de la santé et de la sécurité sociale, les questions posées par les technologies d'information et de communication, les données du commerce extérieur franco-chinois (Airbus contre textiles, énergie nucléaire contre machines à laver...).
Enfin, l'essentiel de nos institutions repose sur le Président de la République.
Aux Etats-Unis où il est élu comme en France au suffrage universel, le Président est contrôlé dans tous les actes de sa vie publique : nomination des ministres, des juges, des grands patrons d'agences publiques et, plus encore, dans ses projets législatifs et en particulier diplomatiques et militaires.
En France, rien de tel. Le Président est tout puissant, tout vient de lui, tout y conduit et y retourne, et ceci, sans aucun contrôle. Même pas budgétaire puisque le budget de la présidence n'est pas identifiable et se constitue pour l'essentiel de diverses délégations ministérielles.
Lorsque la population constate que les problèmes posés en 2005 sont les mêmes que ceux de 1980, aggravés, alors que l'alternance a joué pratiquement à chaque élection, elle en déduit que ni la droit ni la gauche parlementaire ne sont capables de les résoudre. Elle rejette alors l'une et l'autre. Pour redonner confiance au peuple il faut revenir à une démocratie beaucoup plus directe, proche de celle des Etats-Unis, avec le droit à l'initiative populaire, le droit de pétition, le recours fréquent au référendum.
Cinq référendums depuis 1969, c'est-à-dire en 36 ans, c'est une caricature de ce qui était présenté comme une innovation majeure de la constitution de 1958.
Le Parlement doit enfin être rétabli dans tous ses droits de législateur et de contrôleur.
Dans une démocratie représentative, les représentants du peuple doivent avoir les mêmes pouvoirs que le président élu, ni plus ni moins.
Le tristement nommé modèle français ferait bien de s'inspirer à cet égard du modèle américain.

La pensée unique et l'esprit de Munich.
Jacques Chirac a raison de parler du modèle français bien qu'il ait grand tort de vouloir le défendre.
Il y a en effet un modèle français qui, ce qui devrait paraître surprenant à tous les adeptes de la démocratie, est adopté aussi bien par les droites que par les gauches parlementaires.
Ce qui est grave, c'est que ce modèle est bien typé : il n'est ni libéral ni social-démocrate : c'est le modèle du socialisme à la française.
La droite l'a dans ses grandes lignes, adopté. Elle n'ose le corriger qu'à la marge, en s'en défendant, en multipliant les réserves et les retenues, en affirmant qu'elle ne touche pas à l'essentiel, en allant jusqu'à proclamer que ce modèle est finalement le sien.
A cet égard les propos de Jacques Chirac pendant la campagne du référendum ont atteint le sublime. Il fallait voter pour l'Europe parce qu'on était contre le libéralisme, les socialistes affirmant la même chose.
Cette course à l'antilibéralisme a sidéré toute l'Europe et disons-le tous les intellectuels et tous les responsables d'un certain niveau.
Le journal Le Monde a même écrit dans son supplément du week-end quinze jours avant le référendum un long éditorial indiquant que cette course à l'antilibéralisme atteignait le grotesque.
Pour notre grand journal de gauche, un comble !!!
Cette pensée unique autour du modèle français comporte une série de données bien connues.
Etre chômeur ne comporte aucune obligation. Le travail exige que l'on se lève tous les matins, le chômage n'exige même pas que l'on se rende une fois par an à l'ANPE.
Le R.M.I. comporte un I (insertion), c'est-à-dire l'obligation de passer un contrat, fut-il de cinq lignes, avec l'organisme qui vous inscrit. Or dans plus de 50 % des cas, le I n'existe pas, dans certains départements, on est à plus de 65 % d'absence de contrat.
Le principe général est que la santé est gratuite. La généralisation de la C.M.U. a plus de 7 millions de personnes, le développement de l'allocation dépendance en sont deux marques supplémentaires récentes.
Il est bien entendu souhaitable que la gratuité soit assurée à ceux qui en ont un réel besoin.
Mais il est tout autant souhaitable de contrôler ce besoin réel et de ne pas déclarer des millions d'ayants droits. L'inscription à la C.M.U. vous donne la gratuité totale pendant un an même si vous travaillez un mois après... L'université est gratuite. Elle est aujourd'hui fréquentée par plus de 2 millions de personnes contre 500 000 en 1970. C'est pourquoi près de la moitié la quitte sans aucun diplôme ou avec un DEUG qui n'est guère plus élevé que le baccalauréat il y a trente ans.
La recherche est fonctionnarisée à 90 %. C'est naturellement un gage de sa brillante efficacité.
L'encouragement à trouver est grand lorsqu'on reste fonctionnaire jusqu'à 65 ans !
Le temps de travail est fixé à 35 heures. On revient sur cette décision, à pas feutrés, après trois ans d'efforts, uniquement par le biais des heures supplémentaires, dans certains cas seulement, après que le Président de la République ait proclamé urbi et orbi que les 35 heures resteraient la loi.
Le statut des fonctionnaires a été supprimé en Suisse et en Suède, pays social-démocrate phare. Il a été largement modifié dans une dizaine de pays de l'O.C.D.E. A droite, en France, on refuse même d'en parler.
Le droit du travail qui dépasse un millier de pages protège étroitement les salariés du licenciement.
C'est en particulier le cas des salariés dit " protégés ", c'est-à-dire les délégués du personnel, les membres du comité d'entreprise...
Mais sait-on qu'il suffit de déclarer que l'on a l'intention de se présenter aux élections de délégués du personnel, même si celles-ci ont lieu un an plus tard, pour être considéré comme " protégé " !
Les patrons doivent, avant tout licenciement économique, proposer impérativement à leurs salariés une solution de reconversion.
Cela les conduit à offrir des solutions aussi scandaleuses qu'inadmissibles comme de suivre l'entreprise en Roumanie ou en Chine pour des salaires de misère.
Ces propositions sont intolérables, si elles ne sont pas faites, le licenciement est déclaré nul : on est chez Ubu roi ! L'esprit de Munich se voit, plus encore, dans les décisions du gouvernement de toujours reculer après avoir déposé une proposition quelconque si elle rencontre une opposition syndicale ou politique.
Le gouvernement de M. Raffarin nous en a donné dix exemples, et encore avec le service minimum exigé des services publics.
Enfin, c'est vraiment l'esprit de Munich qui dirige notre politique étrangère.
Que l'on s'oppose à la seconde guerre d'Irak est parfaitement admissible, mais que l'on adopte ensuite un positionnement perpétuellement neutraliste, pacifiste et le plus souvent anti-américain, est absurde :
Qui s'opposera à la création d'un arsenal nucléaire en Iran et en Corée du Nord ?
Qui s'opposera à une solution militaire à Formose ?
Qui convaincra (ou a convaincu) la Libye de bannir le terrorisme ?
Qui pourrait intervenir demain (ou est déjà intervenu) pour empêcher une guerre entre le Pakistan et l'Inde ?
Qui pourrait maintenir un approvisionnement pétrolier suffisant en Occident si une révolution éclatait demain en Arabie Saoudite et dans le Golfe ?
Qui pèse vraiment dans le conflit israélo-palestinien ?
Qui a les moyens d'arrêter les conflits du Soudan et de sept ou huit pays africains ?
L'esprit de Munich, rappelons-le aux générations qui n'ont pas connu la guerre, c'est le meilleur moyen d'avoir la guerre.

Pas de " futur " sans changement des paradigmes de l'U.M.P. et du P.S.
Le débat ridicule pour ne pas dire grotesque sur le libéralisme et la politique européenne a peut-être eu ceci d'utile qu'enfin, les partis politiques vont le reprendre sur un plan un peu plus rationnel.
Pour l'U.M.P., Nicolas Sarkozy a été le premier à s'en saisir.
Le modèle français, a-t-il constaté, modèle anti-libéral échafaudé depuis trente ans, a montré non pas ses limites mais ses échecs.
Echecs si lourds que les Français ont voulu sanctionner le gouvernement beaucoup plus que voter contre l'Europe.
Jacques Chirac avait un boulevard en 2002 où, en cent jours, il aurait pu bouleverser ce modèle français.
Il se retrouve aujourd'hui avec :
- 10 % de chômeurs + 5 % de quasi chômeurs,
- 12 à 15 % de familles en état de grande pauvreté,
- 6,3 millions de titulaires de minima sociaux,
- une croissance annuelle du revenu par tête des salariés du privé voisine de 0,5 % par an depuis 5 ans,
- une dette publique dont le seul service constitue le deuxième budget de l'Etat,
- un commerce extérieur en déficit,
- une panne des investissements privés
- et surtout un pessimisme grave des entrepreneurs aussi bien que des citoyens, les uns et les autres n'ayant plus aucune confiance dans les solutions proposées par les politiques.
Il est donc indispensable que l'U.M.P., comme d'ailleurs l'U.D.F., changent de paradigme et affirment une autre stratégie fondée sur une autre idéologie tournant le dos à cette pensée unique qui ne nous a permis aucun véritable progrès depuis 1992 et une bien faible croissance depuis 1975.
Si l'on ne veut pas l'appeler libérale, nommons-la simplement, comme Tony Blair, réaliste.
Il s'agit de prendre ce qui marche le mieux dans chaque pays, ce qui marche bien dans tous les pays.
Douze pays de l'O.C.D.E. ont un taux de chômage voisin ou inférieur à 5 %.
Est-ce vraiment hors de portée de nos gouvernants que d'aller voir ce qui s'y passe et d'en revenir avec les bonnes solutions ?
Tous les rapports existent sur ce sujet, il suffit de les appliquer.

Pour le P.S., certains dirigeants semblaient proches de solutions réalistes : Michel Roccard, Dominique Strauss Kahn, Laurent Fabius et, pour une part Lionel Jospin.
Faute d'avoir conceptualisé leurs analyses, faute d'avoir fait l'effort pédagogique de les faire passer aux militants, faute d'avoir entériné les réalités dans un programme et dans un congrès du type de celui qui a changé la sociale-démocratie allemande (le congrès de Bad Godesberg),
les dirigeants socialistes ont laissé leurs militants ballotter entre un populisme d'extrême-gauche et un réalisme gouvernemental.
Les dirigeants socialistes n'ont pas su affirmer avec simplicité que l'économie de marché s'imposait à tous comme la rotondité de la terre s'était imposée à Galilée et à tous les observateurs de l'espace contre le Vatican. L'économie de marché permet seule ce qui marche partout, toujours et dans le monde entier :
- la baisse des prix par la concurrence,
- la suppression des monopoles par la multiplication des entreprises,
- la hausse des revenus des consommateurs par la concurrence internationale des prix,
- la réduction des coûts par la nécessité pour les entreprises de rester vivantes,
- le développement des pays pauvres grâce à l'ouverture du commerce international (Japon, Corée, Formose, Singapour, Asie du sud-est mais aussi Espagne, Portugal, Italie, Grèce et demain Europe de l'Est),
- le développement de l'emploi, chaque emploi créé dans l'administration supprimant un emploi privé, chaque emploi privé en créant un second...
L'économie de marché n'est pas une option parmi d'autres : c'est une évidence : la terre tourne, l'entreprise et la concurrence ça marche.
Ensuite, bien sûr, c'est la tâche d'un bon gouvernement, social-démocrate, libéral ou conservateur que de répartir au mieux la richesse créée et de développer des programmes sociaux, à la condition de ne pas tuer la poule aux œufs d'or.
C'est ce qu'avait assez bien expliqué Dominique Strauss Kahn dans son ouvrage " La flamme et la cendre ".
C'est ce que le P.S. va être absolument obligé de faire dans les six mois qui viennent : ou bien nier cette évidence de l'économie de marché et élaborer un programme proche des 10 à 15 % d'extrêmes-gauches que l'on peut baptiser à juste titre d'alter-mondialistes (à la recherche d'un autre monde) qui, hélas, n'existe pas, ou bien faire preuve de beaucoup de pédagogie en expliquant à ses militants, comme Galilée a tenté de le faire aux chrétiens, que la terre tourne et que l'économie de marché est une éternelle réalité.
Les débats qui ont accompagné la secousse du référendum ne semblent pas avoir vraiment changé les paradigmes en vigueur des deux côtés.
Mais on peut réellement espérer que les discussions vont reprendre tant chacun se trouve aujourd'hui au pied du mur, dans la majorité comme dans l'opposition, pour préparer 2007.
Ce sera toutefois dans de bien mauvaises conditions où tout est à craindre y compris la violence qui affleure trop souvent dans le débat politique français.

Le poids des Nations.
Il est considérable dans une Europe où la plupart d'entre elles ont 150, 200, 300 ans d'existence et reposent souvent sur des ensembles constitués depuis quatre ou cinq siècles :
les principautés de langue germanique, les royaumes de Lituanie, de Pologne, d'Ukraine, les ensembles catholiques, orthodoxes ou musulmans des Balkans, les provinces espagnoles, britanniques, germaniques ayant conquis leur indépendance par de longues luttes nationales.
La France est sans doute avec l'Angleterre et l'Espagne l'une des trois plus anciennes de ces Nations.
Mais les principautés germaniques, italiennes et de l'ex empire austro-hongrois ont aussi une antériorité historique, des langues, des religions, des coutumes enracinées depuis des siècles.
Lorsqu'il y a péril, danger et plus simplement peur, chacun se retrouve aisément chez soi. Le refuge reste la Nation.
Et même lorsque tout va bien, la société de voisinage possède une force incommensurable par rapport à la société européenne.
L'Europe a d'ailleurs existé de façon très forte dans le passé.
50 ans d'efforts depuis Robert Schuman, Alcide de Gasperi, Konrad Adenauer ont produit une Europe bureaucratique importante mais une Europe politique minuscule alors que le christianisme a créé une première Europe considérable aux 11ème et 12ème siècle.
Après la révolution française, le traité de Vienne a permis à une seconde Europe d'exister de 1815 à 1914.
L'Europe d'hier décrite par Stefan Zweig était plus proche de l'Europe des 6 que de l'Europe des 25.
L'idée d'une véritable Europe fédérale défendue par une large partie de l'U.D.F. et du P.S. est un mythe qui se heurtera très longtemps, sinon toujours, à la réalité du fait national.
Ce n'est pas approuver les idées de M. de Villiers, de M. Le Pen ou de M. Pasqua que de constater cette force,
cette prégnance du fait national que l'on retrouve aussi bien dans de petits pays comme la Finlande ou la Lituanie que dans les grandes Nations européennes.
Dans l'avenir le référendum ne devrait pas être une exception mais un moyen naturel admis par tous pour adopter ou refuser les grandes transformations européennes : monnaie, défense, élargissement, règles majoritaires électorales et constitutionnelles.

Le poids de l'histoire.
C'est pour l'avoir négligé que des esprits aussi légers que faux ont en 1918 détruit l'Autriche-Hongrie, assommé l'Allemagne et créé des structures artificielles telles que la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie, Dantzig... et la Société des Nations !
La première tentative de suicide de l'Europe a été la guerre de 14, la seconde, le traité de Versailles. La troisième, réussie, Munich.
Un ouvrage récent " Grandeur et destin de la vieille Europe ", écrit par Jean-Marie Le Breton, Ambassadeur, nous fait revivre 400 années d'histoire qui sont fondamentales pour qui veut comprendre l'impossibilité actuelle d'une politique étrangère commune appuyée par une armée et une politique militaire communes.
Les neufs anciennes démocraties populaires et territoires soviétisés ont vécu dans leur chair 45 ans de dictatures, de déportations, d'emprisonnements. Ils savent que demain, si la Russie de Poutine tentait quelques coups de force sur l'Ukraine, les Pays Baltes, la Moldavie, la Georgie, ce n'est pas M. Chirac mais M. Bush qui pourrait les défendre.
La zone d'expansion naturelle de l'Allemagne reste l'Europe centrale où sa langue reste largement parlée et son mode de vie souvent bien intégré.
Les 10 millions de personnes déplacées en 1945 ont laissé de l'Ukraine au Rhin et de la Prusse à la Serbie beaucoup plus que des souvenirs.
L'Angleterre, en quatre siècles, n'a jamais été vaincue. Elle connaît le poids des équilibres européens et ne laissera aucune Nation ni groupe de Nations dominer le Continent.
L'axe franco-allemand semble, certes, solidement constitué. Est-ce si sûr ? " Nous sommes tous des Berlinois ", disait John Kennedy.
Les Allemands se souviennent que ce n'est pas l'Europe qui a sauvé Berlin mais l'Amérique, que ce n'est pas Mitterrand qui a accepté la réunification mais Washington.
Après l'intermède Schröder, il y a fort à parier que la C.D.U. reviendra à l'alliance Atlantique qui lui semble bien plus sûre que l'ersatz de gaullisme développé par Jacques Chirac contre la politique américaine.
Les structures économiques et commerciales de chaque pays européen continuent de peser de tout leur poids : l'Allemagne, grand pays industriel, spécialisé dans les technologies mécaniques,
les Pays-bas, grand pays commercial, réalisant dès 1960 40 % de son revenu dans le commerce international,
le Royaume-Uni, puissance financière, où La City a conservé toute sa puissance en face de Wall Street, l'Italie, pays de commerçants et de petits industriels dynamiques,
la France énarchique, encore colbertiste et agricole.
Il n'est pas facile pour ces six pays comme pour les autres d'adopter vis-à-vis de la Chine ou de l'Amérique une commune politique commerciale. 50 ans de communauté européenne n'ont pas rayé l'histoire de la mémoire des peuples. Il y faudra encore longtemps.