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L'histoire est tragique et le restera.
Le génocide arménien, la guerre d'Irak, la course au nucléaire
le rappellent.
Sur les grands problèmes internationaux qui se posent aujourd'hui,
il est clair que les Américains ont une vision du monde tout
à fait différente de celle des Européens.
Si Kerry l'avait emporté sur Bush, sa politique internationale à
quelques nuances près aurait été la même.
Les Etats-Unis qui ont supporté
quasiment seuls de 1946 à 1989 la politique de " containement "
de l'URSS, qui ont connu la guerre de Corée, la crise des fusées
à Cuba et sur la frontière allemande puis le 11 septembre ont une
vision tragique de l'histoire.
Les Européens, trop marqués
par la guerre de 14-18 puis par la guerre mondiale, sauvés trois
fois de suite par les Etats-Unis, en 1917, 1944 et durant la guerre
froide, estiment que les choses peuvent toujours s'arranger par
la négociation, la diplomatie, le droit international.
C'est en quelque sorte Mars contre Vénus.
Les échecs répétés dans le domaine de la négociation n'ont pas servi
de leçon.
Munich, c'était la guerre dix-huit mois plus tard.
Le neutralisme cher à Beuve-Mery et au Nouvel Observateur, c'était
la crise de Berlin et l'envahissement de la Corée du Sud.
Les accords d'Helsinki n'ont pas desserré d'un pouce l'étau sur
les démocraties populaires et n'ont pas empêché la guerre d'Afghanistan.
Les exhortations européennes n'ont pas empêché l'éclatement de la
guerre entre les quatre Nations yougoslaves et seule l'action militaire
américaine a conduit les autres pays européens à intervenir.
Si nous rappelons ces événements anciens mais très proches c'est
pour nous opposer à cet étrange pacifisme qui cherche à étendre
le rôle de l'ONU (100 dictatures pour 195 membres), la création
de tribunaux internationaux (qui jugera les dirigeants de la Corée
du Nord, de l'Iran, de Cuba, du Soudan mais aussi de la Chine où
les droits de l'homme semblent bien peu respectés ?) et autres projets
multilatéraux défendus par Jacques Chirac et Dominique de Villepin.
La fin de la dictature de Saddam Hussein ne serait pas tombée
du ciel.
Le départ syrien du Liban n'aurait pas été spontané.
La solution de la question kurde ne serait pas venue de la
bonne volonté de M. Erdogan.
La reconnaissance du génocide arménien et l'aide qu'il faut
apporter à la petite Arménie sauvée des massacres (la Turquie maintient
un rideau de fer à la frontière arménienne), demandera encore
beaucoup de pressions politiques.
Près d'un million de soudanais noirs sont pourchassés par la
république islamique du Soudan malgré les nombreuses décisions
de l'O.N.U.
La paix très fragile entre le nord et le sud de la Côte d'Ivoire
ne tient qu'aux dix mille soldats français qui y sont stationnés.
Mais que dire de ce qui peut advenir si demain la République populaire
de Chine décidait d'envahir Formose,
la Corée du nord d'expérimenter une bombe nucléaire en mer du Japon,
la République islamique d'Iran de se doter de vecteurs à longue
portée pouvant atteindre Israël avec une bombe atomique,
le Pakistan d'instaurer un pouvoir islamique et d'accueillir Ben
Ladden,
la Russie de supprimer sa constitution et d'installer Poutine au
pouvoir pour vingt ans par référendum ?
Nous n'évoquons là que des événements hélas tout à fait possibles
à court terme.
Que sera le monde dans dix ans ou dans
quinze ans ?
Et que faire si des événements effectivement tragiques, mettant
en cause des millions de vies humaines, se produisent?
Le cofondateur et directeur scientifique d'une des plus belles entreprises
informatiques américaines, Sun Microsystems publiait récemment un
article dont la thèse était la suivante :
" La convergence des biotechnologies et des technologies de l'information,
en particulier celles des réseaux, expose le monde à des cyber-catastrophes
virtuelles potentiellement aussi dévastatrices qu'une guerre mondiale
"
(cité par Les Echos, cahier spécial du 21 avril 2005, faut-il avoir
peur du progrès).
Un plan de protection biochimique lancé en 2002 et entièrement opérationnel
depuis l'année 2003, comprend un budget de recherches annuel sur
ce sujet de 1,7 milliard de dollars, porté à 4,5 milliards si l'on
y inclut l'ensemble des agences publiques et instituts privés travaillant
sur ce sujet.
Mais aucun spécialiste ne peut affirmer que cet investissement
est suffisant en face des risques fantastiques du bio et du cyber-terrorisme.
Ce n'est certainement pas l'Europe, quelle
que soit sa constitution dans dix ans, qui pourra intervenir efficacement.
Les différences resteront beaucoup trop grandes entre les pays qui
la composent.
Et n'oublions pas les perspectives 2050 sur lesquelles il faut fonder
la prospective mondiale.
A cette date, voici ce que pèseront les grandes puissances en
trillons de dollars :
Chine 42
Etats-Unis 35
Inde 27
Union Européenne 20 dont
France 3,4
Une seule conclusion s'impose :
l'obligation de resserrer les liens entre
les grandes démocraties du monde.
Elles ne sont pas si nombreuses et il est évident pour tous les
hommes de bonne volonté qu'elles ne sont pas antagonistes.
S'il y avait moins de différences entre Chirac et Poutine qu'entre
Chirac et Bush, ça se saurait... !
C'est pourquoi, en lieu et place de discours flamboyants sur
le multilatéralisme, il vaudrait mieux se concerter dans la discrétion
et l'efficacité sur les moyens de réduire les grandes causes de
violences immédiates : le conflit Israëlo-Palestinien, la Syrie,
l'Irak, l'Iran et le Corée du Nord.
La volonté de Jacques Chirac de lever l'embargo des ventes d'armes
à la Chine contre la volonté des Etats-Unis est un beau mouvement
de menton et une lourde erreur.
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