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Le
référendum sur le projet de traité constitutionnel européen :
Oui ou Non ?
La campagne électorale sur ce sujet est entrée dans la dernière
ligne droite.
Nous avons reçu un grand nombre de mails en provenance de nos membres
ou retransmis par eux.
Les arguments pour et contre le traité sont à peu près équilibrés
et leurs qualités sont véritablement égales de part et d'autre.
Les arguments du non :
- La Turquie ne fait pas
partie de l'Europe : son histoire, sa culture, sa religion l'en
écartent définitivement. L'Europe n'est pas faite pour faire évoluer
aux forceps un pays et sa culture.
La Turquie profiterait sans doute de l'Europe, on ne voit pas en
quoi l'Europe profiterait de la Turquie.
La promesse d'un référendum par Jacques Chirac n'a aucune valeur
: il ne sera plus là pour la tenir.
- La Roumanie et la Bulgarie
rentrent trop tôt, beaucoup trop tôt.
Foyers de grande pauvreté, minorités culturelles et religieuses
importantes, délinquance et mafia en tout genre. Absence complète
de traditions démocratiques, ces deux pays sont bien européens mais
ne devraient rentrer qu'en 2012 ou 2015.
- L'arrivée précédente des
huit pays d'Europe de l'Est n'a pas été pensée, préparée, organisée
comme elle aurait dû l'être.
- Admettre en Europe, avec
le droit de veto qui en découle, quatre très petits pays dont l'étrange
semi Nation Chypriote est une aberration.
- La démocratie européenne n'a pas
encore de véritable existence.
La quasi-totalité des initiatives vient de la commission européenne,un
collège de hauts fonctionnaires, et du conseil des ministres, un
collège des premiers ministres, et neuf collèges de ministres spécialisés.
Le Parlement européen garde une portion congrue en matière d'initiative
même si une procédure de co-décision est prévue sur beaucoup de
points dans le traité.
- L'Europe reste avant tout une
zone de libre échange : pas de politique étrangère commune,
pas de force armée pour défendre cette politique, pas de pouvoir
politique pour l'insuffler. Les souverainistes s'en réjouiront,
les fédéralistes le regretteront, tous savent en tout cas que les
grands discours sur la politique européenne sont des envolées poétiques
mais n'ont aucune réalité.
L'Europe n'a malheureusement pas la force morale du Vatican.
Il lui faut donc une armée, c'est-à-dire une force d'intervention
de 80 à 100 000 hommes, si elle veut peser sur les conflits du monde
en général et du Moyen-orient en particulier.
Elle ne s'est pas encore donnée les moyens de les avoir.
- La question des compétences
- exclusives ou partagées - est absolument fondamentale pour la
satisfaction de chaque Nation comme pour celle de l'entité européenne.
Le principe de subsidiarité déjà proclamé à Maastricht sera-t-il
vraiment appliqué et avec quels systèmes d'arbitrages et de contrôles
? C'est le nœud de la question. Et, dans ce domaine, les pouvoirs
de la Commission Européenne paraissent excessifs.
- Enfin, l'argumentation
du non est vigoureuse, celle du oui peu audible.
N'étant pas ici sujet au phénomène de " cour " force est de constater
que le Président de la République a été très mauvais face au panel
de jeunes qui l'interrogeaient et que les oui socialistes, U.D.F.
et U.M.P. semblent se battre comme des chiffonniers alors que Besancenot,
Emmanuelli, De Villiers et Le Pen se présentent unis dans une opposition
radicale au traité tout autant qu'aux majorités qui nous gouvernent
depuis trente ans.
Dans une France morose, c'est le non qui
paraît dynamique et le oui conservateur.
Plus grave encore, le non semble la position
populaire et le oui la position des élites.
Les arguments du oui :
- Nous n'allons pas voter
pour une constitution mais pour un traité constitutionnel. C'est
très différent.
Il est vrai que les peuples d'Europe n'ont guère participé depuis
vingt-cinq ans aux progrès de l'Union.
Ils ont été rarement consultés. On ne leur a pas proposé de projets
clairs ni de perspectives ambitieuses et mobilisatrices.
On peut le reprocher à nos dirigeants mais il ne sert à rien de
pleurer sur le lait répandu.
L'Europe s'est faite par approximations successives. Le prochain
traité ne peut pas être appelé constitution mais il permet de progresser.
- La création d'un Président
du Conseil Européen pour deux ans et demi renforcera l'autorité
du conseil des ministres sur la commission ; et c'est une très
bonne chose.
- Le Parlement européen voit
son rôle accru tandis que les parlements nationaux récupèrent,
si l'on peut dire, certains pouvoirs soit à titre consultatif, soit
en pouvant faire appel à la Cour de justice.
Le Parlement européen aura maintenant un véritable pouvoir de co-décision
sur les projets de " lois européennes ".
Un droit de pétition a été créé, il n'a certes qu'un caractère de
" proposition " mais s'il est largement utilisé, la commission et
le conseil des ministres seront obligés d'en tenir compte.
- Les règles de majorité
ont changé : la majorité qualifiée est de 55 % des Etats membres
représentant 65 % de la population, ce
qui donne un poids plus important aux six pays d'origine comme aux
cinq " premiers " grands : Allemagne, France, Angleterre, Italie,
Espagne.
Le débat technique a été totalement faussé par un débat politique
hors de propos et ce n'est pas le plus étonnant que d'avoir vu le
Président de la République, Jacques Chirac, entrer de pleins pieds
dans ce faux débat en proclamant comme François Hollande qu'il fallait
voter oui pour lutter contre le libéralisme et avoir les moyens
de peser autant que les Etats-Unis.
Voici donc qu'au lieu de débattre sur le projet de traité on
débat aujourd'hui pour ou contre le libéralisme, pour ou contre
la solidarité ou l'opposition aux Etats-Unis, ce qui est fort éloigné
de la question posée.
Pour notre part, nous constatons simplement
que la plupart des évolutions positives qu'ont connues la société
et l'économie française depuis trente ans sont dues, quasiment toujours
à l'Europe et jamais à nos dirigeants.
Sans l'Europe, l'entourage de François Mitterrand qui était
prêt à " la solution albanaise ", n'aurait pas suivi Jacques Delors.
Sans l'Europe, la relative libéralisation de l'économie française,
la fin du colbertisme et le début de réforme de nos entreprises
nationalisées n'auraient pas eu lieu.
Sans l'Europe les dérives budgétaires que nous connaissons
depuis vingt-cinq ans auraient sans doute été beaucoup plus fortes
et notre commerce international beaucoup plus faible.
C'est pourquoi, pour notre part, nous voterons
oui et ce sera un oui sans état d'âme.
"Mais comment convaincre qu'il faut voter oui à l'Europe
quand pendant des années on a navigué de compromis boiteux en arrangements
frileux pour sauver quelques quotas agricoles, en étant toujours
sur la défensive, sans prendre aucune initiative, sans se situer
jamais à la hauteur de l'histoire d'où l'Amérique et la Chine nous
regardent. "
Cette phrase du chroniqueur des Echos, M. Favilla, semble, hélas,
cerner parfaitement le manque d'enthousiasme que nos politiques
n'ont pas su insuffler dans cette campagne.
C'est pourquoi la discussion très vive entre les oui et les non
a été extrêmement utile.
Elle a permis d'alerter nos gouvernants en leur montrant que les
Français étaient capables de les sanctionner ou, au moins, de souligner
leurs faiblesses. Espérons qu'ils retiendront la leçon.
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