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Retour à l'élargissement de quinze à vingt-cinq et demain à vingt-huit
L'Europe est généreuse en déclarations ; elle est avare envers les
nouveaux venus.
Si l'Espagne et le Portugal se sont assez rapidement intégrés à
la Communauté européenne c'est essentiellement parce que la politique
régionale de la commission leur a octroyé des subsides considérables
depuis dix ans.
C'est pourquoi, avant de revenir à la question turque mais aussi
à la Bulgarie et à la Roumanie, il n'est pas inutile de regarder
les tableaux suivants qui posent brutalement la question essentielle
: des pays de niveaux très différents peuvent-ils vraiment constituer
une union économique et sociale autant que politique ?
Les quinze pays en bas du tableau - nous incluons dans cette liste
l'Italie - posent des problèmes difficiles à l'Union européenne.
L'Italie et la Grèce battent d'assez loin
le record d'endettement : plus de 100 % de leur P.I.B.
La France est l'avant-dernière mais se situe heureusement beaucoup
mieux avec 65 %, comme l'Allemagne et l'Autriche.
M. Berlusconi semble ne pas pouvoir réduire cet endettement. Parallèlement,
on connaît le volume du travail au noir en Italie et les problèmes
qu'il pose au niveau de la concurrence notamment dans les fruits
et légumes, le bâtiment, les transports mais aussi l'industrie.
Chacun connaît le désordre de la bureaucratie grecque mais il a
fallu attendre 2004 pour savoir que la comptabilité nationale était
truquée.
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Revenus
et Taux de croissance en Europe
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Pays
riches + de 35 000 dollars par habitant
|
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Croissance 1990/2003 |
Croissance 2004 |
| Luxembourg |
43,9
|
4,5
|
3,5
|
| Norvège |
43,4
|
3,4
|
2,7
|
| Suisse |
39,9
|
1,0
|
1,6
|
| Etats-Unis |
37,6
|
3,2
|
4,3
|
| Danemark |
33,8
|
2,4
|
2,3
|
|
Pays
20 à 30 000 dollars par habitant
|
| Suède |
28,8
|
2,3
|
3,2
|
| Royaume-Uni |
28,3
|
2,6
|
3,1
|
| Irlande |
27,0
|
7,6
|
4,8
|
| Finlande |
27,0
|
2,9
|
2,9
|
| Autriche |
26,7
|
2,1
|
1,6
|
| Pays-Bas |
26,3
|
2,7
|
1,2
|
| Belgique |
25,8
|
2,1
|
2,6
|
| Allemagne |
25,3
|
1,5
|
1,3
|
| France |
24,8
|
1,9
|
2,1
|
| Italie |
21,6
|
1,6
|
1,3
|
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Pays
récemment développés 10 à 20 000
dollars par habitant
|
| Espagne |
17,0
|
2,8
|
2,5
|
| Grèce |
13,7
|
2,7
|
3,8
|
| Portugal |
12,1
|
2,6
|
1,5
|
| Slovenie |
11,8
|
4,0
|
3,5
|
| Pays
en voie de développement moins de 7 000 dollars par habitant |
| République Tchèque |
6,7
|
NS
|
3,8
|
| Hongrie |
6,3
|
NS
|
3,9
|
| Croatie |
5,4
|
NS
|
3,8
|
| Pologne |
5,3
|
NS
|
5,7
|
| Estonie |
5,0
|
NS
|
5,5
|
| Lituanie |
4,5
|
NS
|
7
|
| Lettonie |
4,1
|
NS
|
6,8
|
| Turquie |
2,8
|
3,1
|
8,5
|
| Roumanie |
2,3
|
NS
|
6,0
|
| Bulgarie |
2,1
|
NS
|
4,6
|
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Source : l'Expansion Janvier
2005
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L'Espagne et le Portugal ont
bénéficié des fonds structurels européens dans de fortes proportions.
Mais les niveaux de vie restent pourtant assez éloignés des pays
du centre de l'Europe et les distorsions de concurrence restent
très importantes malgré des progrès sensibles.
Pour les pays récemment entrés dans l'Union,
il était impossible de les accueillir sans limiter les risques de
concurrence, d'autant plus
que l'Union européenne s'est montrée beaucoup plus chiche que pour
la péninsule ibérique et que leur niveau de vie est très éloigné
du nôtre.
Cette situation comporte deux dangers :
1) une grande déception des habitants des
anciens pays communistes mécontents de voir que l'Union européenne
ne les aide pas à s'adapter,
2)un
grand mécontentement des habitants des premiers pays de l'Union
qui redoutent et fantasment la concurrence excessive de l'Europe
de l'Est.
Tout le monde risque d'être déçu.
Est-il dans ces conditions raisonnable de parler de la Roumanie,
de la Bulgarie et de la Turquie comme entrants possibles dans
dix ans ou dans quinze ans ?
Si ces trois pays étaient très dynamiques et se développaient sur
une base de 7 % par an, leurs revenus seraient dans dix ans celui
de la Pologne d'aujourd'hui. Dans vingt ans, ils resteraient inférieurs
à celui du Portugal même si leur taux de croissance restait identique
vingt ans de suite, ce qui est peu probable.
N'évoquons pas ici les autres raisons d'ordre ethnologique, sociologique,
religieux qui posent problème pour ces trois pays.
Le rôle d'Héritage&Progrès n'est pas de prendre parti pour ou
contre l'adhésion des trois nouveaux pays candidat : Bulgarie, Roumanie
et Turquie.
Bornons-nous à souligner quelques principes fondamentaux dans
lesquels tous devraient se reconnaître :
1. L'Europe doit avoir des frontières.
2. Elle doit entretenir des rapports privilégiés avec ses voisins
dès lors que ceux-ci partagent les mêmes valeurs.
3. Les peuples déçus peuvent avoir le sentiment d'être méprisés
et c'est une erreur fondamentale que de promettre et ne pas tenir.
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