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Reconstruction
de l'Irak : un exemple type de désinformation.
L'importance des médias dans la fabrication de l'opinion publique
puis de la décision politique n'est plus à démontrer. L'exemple
irakien est à cet égard un remarquable exemple.
Télévision, radio et presse brossent un tableau d'ensemble si
homogène que peu de gens peuvent le mettre en doute : l'Irak
est un pays secoué jour et nuit par des attentats terroristes, ceux-ci
sont dirigés contre un occupant américain détesté.
Seule la neutralité chiite permet au sud de ne pas s'enflammer mais
cela ne durera pas car un régime de type iranien va s'installer
dans la zone chiite.
Epuisé et ruiné par le terrorisme, l'Irak va se couper en trois,
Kurdes, Sunnites et Chiites tandis que les Américains ou seront
chassés par une révolution religieuse ou devront massacrer des populations
etc... etc...
Ce tableau comporte des points exacts. Les attentats quasi
quotidiens font chaque mois des dizaines voire des centaines de
morts. Ils induisent une peur généralisée. Terrorisme et banditisme
se rejoignent pour déstabiliser une population qui souffre de la
trop lente reconstruction du pays.
Mais en même temps, ce tableau est si limité, si partiel, si
unidimensionnel qu'il devient tout à fait faux et que le monde
entier a été un peu stupéfait d'apprendre que les Irakiens avait
voté à 60 %, tandis que le nombre d'attentats avait à peine
augmenté ce jour-là.
Sitôt après les élections, des contacts approfondis et constructifs
avaient lieu entre les trois grandes communautés irakiennes.
Il est vraiment dommage que des journaux réputés sérieux comme Le
Monde et Le Figaro n'aient pas permis une seule seconde de mieux
prévoir ce résultat.
Un grand merci à La Croix qui a dans ce cas sauvé l'honneur de la
presse française.
Les attentats sont le fait d'une petite minorité irakienne évaluée
à 2 ou 3 000 personnes et qui trouve un appui plus important
dans l'ancienne garde civile de Saadam Hussein, dans la police et
dans les repris de justice qui ont été libérés au moment de la chute
du régime.
Dans la population sunnite elle-même, une majorité souhaite le
plus rapidement possible le retour au calme et l'institution d'une
démocratie garantie par la présence américaine.
L'énorme erreur des Américains après la victoire est d'avoir dissous
l'armée et le parti baas.
Le succès actuel est que le gouvernement provisoire revient sur
cette erreur et réembauche à tour de bras militaires et policiers.
Quelques faits auraient pu attirer l'attention des observateurs
obnubilés par les voitures piégées :
les universités ont rouvertes. Les écoles fonctionnent y compris
les écoles primaires dans les villes les plus menacées par le terrorisme.
14 millions d'électeurs se sont inscrits ce qui signifie que l'état-civil
a été entièrement remis sur pied. 111 listes électorales étaient
en compétition avec 7 700 candidats.
Ces candidats, leur famille et leurs amis ne manquaient pas de courage
pour ce faire.
La capacité pétrolière de l'Irak refonctionne à environ 70 %.
Tout un système assez étonnant s'est mis en place pour suppléer
la chute d'un Etat tout puissant et de son administration.
Ce sont les entreprises privées irakiennes et étrangères, les polices
privées irakiennes et étrangères, qui font fonctionner l'Etat. Bien
sûr ce n'est pas l'idéal mais c'est un exemple économique très particulier
qui mériterait de nombreux articles de journaux.
A côté des grandes sociétés d'ingénierie, des bureaux d'études,
des entreprises d'électricité et bien sûr des pétroliers, sait-on
que ce sont des entreprises privées américaines et irakiennes qui
ont reconstitué l'état-civil pour les élections ?
120 sociétés britanniques ont rejoint l'Irak, comme plusieurs sociétés
allemandes et italiennes.
La Chine est très active en Irak où plusieurs groupes avaient négocié
des contrats avec Saadam Hussein.
Enfin après les élections, on ne peut que constater les efforts
de chaque communauté pour s'entendre.
Les Chiites, très majoritaires, ne semblent pas vouloir monopoliser
le pouvoir et les discussions avec les Kurdes et les Sunnites portent
sur un partage des responsabilités à tous les niveaux.
Terminons par ce reportage de La Croix : " Ce matin quand
je me suis levé j'avais très peur. Je suis allé voter dans une école
primaire près d'une mosquée Chiite. J'ai tout de suite été rassuré
même si j'ai entendu de nombreux boums au loin.
La grande rue était bondée, la circulation était interdite et seules
patrouilles de l'armée américaine étaient visibles.
Les gens sont sortis en famille avec les enfants. Ils ont mis leurs
plus beaux habits. L'ambiance était incroyable.
On se souriait, on se disait bonjour, on se présentait des vœux
de bonheur.
Dans le bureau de vote c'était pareil, très détendu.
L'armée américaine était postée à l'extérieur avec une dizaine de
soldats irakiens. J'ai été fouillé à trois reprises.
J'ai dû laisser mon téléphone portable à l'entrée. J'ai été surpris
par la bonne organisation car, en Irak, c'est généralement le désordre.
Cette journée restera pour moi un grand souvenir. Elle donne matière
à croire en l'avenir de mon pays. Ce matin c'était le paradis. "
Il serait bien sûr absurde de nier les grosses erreurs faites
par les Américains durant les premiers mois.
Il serait absurde de nier un terrorisme important, bien organisé
notamment du fait que Ben Ladden dirige là toutes les forces dont
il dispose sachant que l'Irak est un test essentiel pour les Etats-Unis.
Il serait absurde de nier que les conflits religieux et intra-communautaires
sont simples à résoudre.
Mais il est tout aussi absurde de nier que l'Irak se reconstruit,
est heureux
de la chute du régime et fait preuve
d'une maturité étonnante après les six premiers mois chaotiques
qu'il a connu.
L'Irak va gagner la paix, c'est une erreur mais plus encore une
faute que de ne pas l'aider dans ce combat.
Si la presse française d'un certain niveau (Le Monde, Le Figaro,
les news magazines) veut reconquérir des lecteurs, peut-être faudrait-il
qu'elle se documente sérieusement et qu'elle ne se contente pas
d' " attentats à la Une ".
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