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La
diplomatie française est-elle en adéquation avec les réalités mondiales.
Avant de traiter des rapports entre la France et les Etats-Unis,
il nous a paru intéressant de rappeler les chiffres ci-dessus qui
permettent de bien comprendre des réalités internationales assez
éloignées des désirs fantasmés de notre diplomatie.
D'abord les Etats-Unis.
Ils font la course en tête avec une formidable richesse nationale
équivalente à elle seule à celle des 19 pays les plus peuplés de
la planète qui réunissent 4 milliards 400 millions d'habitants.
Bien que les Etats-Unis se situent dans les quatre pays les plus
riches du monde (Emirats Arabes exceptés), leur taux de croissance
moyen dans les quatorze dernières années à atteint 3,2 %.
Le Royaume-Uni n'a fait que 2,6 et les trois autres grands pays
européens, Allemagne, France et Italie sont en moyenne autour de
1,6.
L'écart continue donc de se creuser fortement puisque le taux
de croissance américain est double du taux de croissance de la "
vieille Europe ".
Plus encore que ces différences de masse, il faut constater que
toute comparaison Europe-Etats-Unis est illusoire car l'Europe
continue de n'avoir aucune existence diplomatique, militaire ou
industrielle. Trois ou quatre grands projets type Airbus, ITER,
navette spatiale ne peuvent en aucun cas tenir lieu d'unité économique
industrielle.
Pas plus qu'une politique agricole commune de plus en plus perçue
comme un fardeau par la majorité des membres de l'Union.
Les Etats-Unis mettent cette formidable puissance économique
au service d'une stratégie très claire poursuivie avec une ténacité
sans faille par un président bien réélu et avec une forte majorité
parlementaire.
En face de cette volonté, d'où pourrait venir une hypothétique multipolarité
?
Les pays qui comptent plus de 60 millions d'habitants et leur poids
économique
|
Pays
|
Population
en millions d'habitants
|
P.I.B
2003 en milliards de dollars
|
| Chine |
1288
|
1410
|
| Inde |
1064
|
599
|
| U.S.A |
291
|
10 882
|
| Indonésie |
214
|
208
|
| Brésil |
176
|
492
|
| Pakistan |
148
|
69
|
| Russie |
143
|
433
|
| Bangladesh |
138
|
52
|
| Nigeria |
136
|
50
|
| Japon |
127
|
4 326
|
| Mexique |
102
|
626
|
| Allemagne |
83
|
2 401
|
| Philippines |
81
|
81
|
| Vietnam |
81
|
39
|
| Turquie |
71
|
238
|
| Ethiopie |
69
|
7
|
| Egypte |
68
|
82
|
| Iran |
66
|
137
|
| Thaïlande |
62
|
143
|
| France |
60
|
1 748
|
| Royaume-Uni |
60
|
1 795
|
| Italie |
58
|
1 466
|
La chine a attiré tous
les regards des experts depuis cinq ou six ans.
Elle reste un petit pays économique avec un P.I.B. inférieur à celui
de la France et même de l'Italie.
Mais elle peut continuer à croître de 7 % par an pendant 10 ou 15
ans, de 5 % pendant 30 ans.
Cela se traduirait en 2040 par un P.I.B. égal à celui des Etats-Unis.
Une révolution.
Certes, il faudra partager ce P.I.B. entre 1,3 milliard de Chinois
si du moins la croissance démographique est stabilisée. La Chine
en prend le chemin.
L'Inde semble avoir
une capacité à développer des niches industrielles et de services
importantes.
Elle n'en est toutefois qu'à la moitié de la Chine.
Le contexte sociologique et religieux indien semblait peu porteur
de développement : lutte entre hindouistes et musulmans, question
du Cachemire, problème des castes.
Mais sa structure régionalisée lui donne aussi beaucoup de souplesse.
De nombreux pays d'Asie de l'est et du sud-est sont en plein développement
mais leur éparpillement politique ne leur permet pas de jouer un
rôle : Corée du sud, Formose, Singapour, Thaïlande, Malaisie.
Il reste que toute l'Asie du sud et du sud-est a un taux de croissance
supérieur à 6,5 % par an depuis quinze ans.
La Russie conserve
un fort pouvoir de nuisance mais elle n'existe plus.
Avec un P.I.B. inférieur à celui des Pays-Bas et surtout une population
en chute libre sur tous les plans : taux de reproduction, espérance
de vie, suicide, alcoolisme... Les démographes prévoient une
population de 100 millions d'habitants en 2040 contre 143 aujourd'hui.
Restent des ressources pétrolières et gazières considérables, une
grande richesse de matières premières.
La Russie sera-t-elle assez sage pour s'appuyer sur les Etats-unis
et l'Europe pour exploiter son sous-sol ?
Il n'est pas certain que le Président Poutine soit à la hauteur
des espoirs qu'avait pu nourrir l'occident.
C'est dans ce contexte que la France a voulu jouer un rôle en adoptant
et en poursuivant trois ans de suite une politique fondamentalement
opposée à celle des Etats-Unis, en Irak et en Israël comme sur l'ensemble
du Moyen-orient où nous disons avoir une vraie politique arabe mais
où nous ne faisons... que regarder et critiquer.
Seule, Laïla Shaid pense que la France peut intervenir efficacement
dans le conflit israëlo-palestinien, ce qui fait sourire...
La question n'est plus : la France doit-elle se rapprocher à tous
prix des Etats-Unis et comment peut-elle y parvenir ? Le problème,
c'est que les Etats-Unis n'ont pas besoin de la France, et qu'après
avoir montré une grande irritation, ils ont décidé de s'en passer.
La diplomatie avance à pas de colombes et le flamboyant M. de
Villepin en a beaucoup trop fait.
Si son aimable successeur, M. Barnier, veut aujourd'hui être efficace,
il ne lui reste qu'à appuyer la politique américaine pour la reconstruction
de l'Irak comme pour la feuille de route israëlo-palestinienne,
comme pour les avertissements sévères adressés à la Syrie et à l'Iran.
La donne au Moyen-orient a vraiment changé avec les élections irakiennes.
Ce qui se passe au Liban après l'assassinat de Rafik Hariri en est
une nouvelle preuve.
La France peut-elle, même associée à d'autres pays européens, contraindre
l'Iran à céder sur son armement nucléaire ? Et quelle sera notre
position si l'Iran dispose de bombes atomiques et des vecteurs de
lancement ayant une portée supérieure à la distance d'Israël ?
Après tout, il n'est pas désagréable de voir que la politique rejoint
la morale.
Condoleezza Rice a donné une belle leçon à nos dirigeants en ignorant
totalement l'opposition des dernières années et en conviant la France
à se joindre au renouveau de la démocratie au Moyen-orient. Après
trois succès indubitables en Afghanistan (l'élection présidentielles),
en Irak (les élections constituantes) et en Palestine (le cessez-le-feu),
C. Rice a décidé d'ignorer les différends des Etats-Unis avec
la France. Elle a au contraire choisi notre pays pour déclarer
sa foi européenne et son souhait de voir l'Europe participer au
renouveau du Moyen-orient.
C'était intelligent et habile.
Un grand se grandit lorsqu'il ne profite pas de son pouvoir,
au moins dans les mots.
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