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Le monde en 2005 : Prévoir est impossible, agir est nécessaire.

Dans les dix dernières années peu de gens pouvaient prévoir l'invasion du Koweit, la crise bancaire et la stagnation japonaise, les deux grandes crises russes de l'après-communisme, la crise financière asiatique, les crises du Mexique et de l'Argentine, l'éclatement de la bulle boursière et du NASDACQ, la création du royaume Ben Laden en Afghanistan puis le 11 septembre 2001 et la guerre d'Irak.

La vie des dix dernières années n'a pas été un long fleuve tranquille et nul ne peut s'aventurer à penser que 2005- 2010 seront plus calmes et que la vieille Europe pourra se tenir à l'abri des bourrasques en se réfugiant dans une neutralité désarmée.

Car c'est là que le bât blesse. Il est commode de dénoncer les Etats-Unis gendarmes du monde. Mais lorsque Condoleezza Rice dénonce les avant-postes de la tyrannie : la Biélorussie, la Corée du Nord, Cuba, le Zimbabwe, la Birmanie et l'Iran, qu'avons-nous à lui opposer ? Ce n'est pas l'ONU, dont la moitié des membres sont des dictatures, qui peut avoir la moindre influence sur leur évolution. Et l'Europe ferait bien d'adopter exactement le même comportement et la même vigueur dans le boycott et le blocus.


Mais au-delà de ces problèmes ponctuels, c'est le monde entier qui change... et l'Europe qui regarde. La puissance est aux Etats-Unis dont de bons auteurs prévoient périodiquement la chute depuis quinze ans alors que le déclin continu du dollar n'a pas fait de l'euro une monnaie de réserve.
La croissance est en Asie où la Chine se glorifie de réduire son taux de croissance pour le stabiliser à 8 % par an. Une grande conférence sino-indienne aura lieu dans quelques mois à Singapour pour que les deux grandes puissances asiatiques élaborent une stratégie commune. Le thème de leur conférence est beaucoup plus modeste que celui du défunt sommet européen de Lisbonne : " Indiens-Chinois, que pouvons-nous apprendre l'un de l'autre ? "

Dans le même temps, le terrible raz-de-marée asiatique montre l'étonnante maturité du sud-est asiatique. L'Indonésie hélas fait bande à part, ce qui ne s'explique que trop bien après 40 ans de dictatures diverses et de délabrement politique et social. Mais l'Inde refuse toute aide internationale. Elle s'estime majeure. La Malaisie et la Thaïlande vont plus loin : elles refusent même que l'on ajourne leur dette et que l'on mélange une solidarité passagère qu'elles acceptent volontiers avec une charité économique indigne. Que tous ceux qui n'ont à l'esprit que la remise de la dette des pays pauvres en prennent de la graine : remettre la dette c'est condamner ces pays à ne plus trouver de prêteurs dans l'avenir, c'est donc, tout simplement, les condamner.

Les défis majeurs restent au Moyen-orient et l'Europe n'a aucun moyen d'y faire face : comment empêcher l'Iran de devenir une puissance atomique, comment rendre la Syrie fréquentable et comment libérer le Liban ? Comment amarrer le Pakistan et ses foules misérables à une évolution positive de la région ? Comment consolider Moubarak en Egypte ? Comment enfin peser sur les Israéliens et les Palestiniens pour arrêter un conflit qui semble inextinguible ?

Et cet aperçu politique des choses est fondé sur des réalités économiques bien difficiles à prévoir : le dollar va-t-il descendre jusqu'à 1,50 euro, le pétrole pourra-t-il se stabiliser entre 35 et 40 dollars, les investissements directs de capitaux vont-ils cesser de se concentrer sur les Etats-Unis et l'Asie ?

Tout cela nécessite pour tout esprit de bon sens un rapprochement rapide et profond de l'Europe et des Etats-Unis. Un lien Atlantique solide est de toute évidence l'intérêt de l'Europe, beaucoup plus encore que l'intérêt des Etats-Unis. Et le monde est trop dangereux pour que des pays de cultures très proches et d'intérêts très liés se mettent à faire bande à part.