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Une réponse libérale à la crise grecque : prenons le chemin de la
responsabilité.
Il est de bon ton depuis le début de la crise financière dont nous
ne sommes pas sortis, même si certains indices récemment publiés
sont positifs, de célébrer le retour des Etats dans le domaine économique
et financier.
Confronté à une crise de confiance et de liquidité le système bancaire
mondial ne pouvait, semble-t-il, continuer à financer l'économie
réelle sans un soutien massif des Etats.
C'est en tous les cas l'hypothèse qui a été retenue par la grande
majorité des gouvernements qui ont avec diligence mis en place "
des plans de sauvegarde " dont tous les établissements ont, directement
ou indirectement, bénéficié dans les dix-huit derniers mois. Conséquence
hélas prévisible, les dettes du système bancaire se sont agrégées
aux déficits structurels des Etats. Elles n'ont pas disparu ; elles
ont été nationalisées.
Nous ne tenterons pas de faire l'historique de la crise grecque
qui relance un débat largement idéologique, selon nous dépassé,
entre les tenants d'un super Etat européen et ceux limitant l'Union
Européenne à une large zone de libre échange.
La réalité européenne est aujourd'hui à mi chemin entre ces deux
conceptions : une zone de libre échange sur 80% de son territoire
avec un noyau plus restreint doté d'une monnaie unique. Mais un
noyau hétérogène, sans politique économique unique, ni même fortement
coordonnée, compte tenu des disparités de niveau de développement,
de déficits publics et de prélèvements sociaux.
La Grèce a triché, aidée, semble-t-il, par de grandes institutions
financières dont la responsabilité doit être activement recherchée.
Elle n'est sans doute pas la seule à être dans cette situation…
L'Union Européenne a de son côté pêché en détournant le regard.
Or, les variables traditionnelles d'ajustement (inflation, dévaluation,
conflits armés) ont largement disparu, et la croissance de sortie
de crise est, pour l'avenir prévisible, des plus modestes.
Les marchés découvrent ainsi que la restructuration de la dette
souveraine - rééchelonnement, voire abandon partiel des intérêts
et ou du principal - devient une hypothèse de plus en plus probable.
L'absence d'un mécanisme institutionnel de soutien des pays " maillon
faible " de la zone Euro, et la réticence de l'Allemagne à jouer
un rôle moteur de support renforcent de surcroît cette probabilité.
Les déclarations incantatoires de l'Eurogroupe, et de la Banque
Centrale Européenne, peuvent apporter un répit temporaire.
Mais le doute est désormais dans les esprits des acheteurs de papier
gouvernemental, d'où l'explosion des " spreads " de crédit sur les
émissions nouvelles et les fameux " credit default swaps ".
Les observateurs ont, aujourd'hui et dans un avenir relativement
proche, pour seule ligne de mire les pourcents de dettes publiques
sur PIB.
Selon les analystes de Natixis, repris par Thomson Reuters vendredi
dernier,
- la Grèce passerait de 116 à 137% de 2009 à 2011,
- l'Italie de 114 à 121%,
- la Belgique de 98 à 109%,
- la France de 78 à 91%,
- et l'Allemagne de 75 à 84%.
La feuille de route des spéculateurs est toute tracée. Celle des
investisseurs aussi qui évitent les pays les plus endettés, a fortiori
lorsque leurs prélèvements obligatoires sont déjà très élevés.
La sortie pure et simple de l'Euro n'est, a priori, pas une option
viable et crédible. L'erreur a été commise ; il faut en supporter
les conséquences, même si ceci doit nous amener à revoir drastiquement
pour l'avenir les critères d'acceptation des candidats à l'Euro
déjà membres de l'Union et les mécanismes de contrôle des finances
publiques.
En l'absence de mécanismes institutionnels de soutien, de bons esprits
suggèrent de faire racheter ou garantir la dette existante ou nouvelle
par des institutions financières d'Europe Occidentale, qui procureraient
un rehaussement de crédit.
Ceci nous paraît dangereux pour l'avenir, et ce d'autant plus que
les banques françaises sont déjà les premiers établissements créanciers
de la Grèce.
Nous sommes en revanche sensibles à l'argument sur la crédibilité
de la Banque Centrale Européenne.
La crise grecque est l'occasion pour la BCE de démontrer son indépendance
au moment où les pressions politiques sont de nature à repousser
encore à plus tard les réformes structurelles indispensables au
retour d'une économie saine.
La crédibilité de la zone Euro est également en jeu. Elle doit démontrer
au monde qu'elle peut garantir aux investisseurs un environnement
monétaire stable et équilibré.
La solution doit effectivement être recherchée au niveau européen.
Elle passe par une réduction significative des déficits publics
et l'inversement de la tendance à une augmentation de la dépense
publique observée dans tous les pays européens, petits ou grands,
surtout lorsque les prélèvements sont à des niveaux qui ne laissent
plus de marge de manœuvre.
Comme l'a écrit un gérant de fonds dans le Wall Street Journal,
" only supply-side reforms can save Greece ", et nous ajouterons
l'ensemble des économies de la zone.
La médecine dure du FMI ou de l'Union Européenne ne peut, à elle
seule, suffire à rétablir les équilibres et la crédibilité de la
monnaie unique.
Seule une politique massive de désengagement du secteur public et
de réforme administrative peut contribuer à rendre confiance aux
marchés.
Les enjeux vont en effet bien au-delà de la situation grecque.
Ayons le courage politique d'essayer les solutions libérales ; les
seules susceptibles d'inverser la tendance.
Nos compatriotes touchent du doigt aujourd'hui avec l'exemple grec
les conséquences concrètes d'un déficit et d'une dette publique
hors de contrôle.
Si la crise grecque peut avoir un mérite, c'est bien celui-là.
Au lieu de discours lénifiants sur une France prétendument à l'abri
d'une telle crise, parlons avec courage aux Français. Ils ont toujours
su se ressaisir le moment venu.
Jean-Claude Gruffat, Président du Conseil d'Orientation du
club Réforme & Modernité
Didier Salavert, Vice-Président d'Alternative Libérale 63
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