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Le groupe de travail Héritage&Progrès précise un programme d'analyse
de la réforme financière mondiale.
Le rôle essentiel du secteur financier est de canaliser l'épargne
vers l'investissement productif pour promouvoir l'essor économique.
Porteur de croissance, il peut aussi être destructeur d'emplois.
Livré à lui-même ces quinze dernières années, il s'est focalisé
sur des activités spéculatives avec le résultat que l'on sait.
Face à cette dérive, Héritage&Progrès préconise son recentrage
sur sa raison d'être : le financement de l'économie.
Un consensus émerge à ce sujet dans la sphère politique. Hélas,
bien naturellement, les acteurs du monde financier, particulièrement
les plus grands, résistent à toute modification de leur business
model, générateur de profits et de bonus exceptionnels.
Dans un discours prononcé le 20 octobre, Mervyn King, gouverneur
de la Banque d'Angleterre, s'est prononcé pour une redéfinition
de ce model afin d'éviter une répétition de la crise actuelle. La
réaction ne s'est pas fait attendre.
Dans les jours qui suivirent, Josef Ackermann, président de Deutsche
Bank, John Varley, président de Barclays et Jamie Dimon, président
de JPMorgan Chase ont fait connaître leur opposition à toute mise
en cause de leur mode opératoire. Or le
risque systémique qui transforme une crise financière en crise économique,
naît de la taille et de l'interconnexion de ces grandes institutions,
comme l'a démontré la faillite de Lehman Brothers.
Aussi, pour le réduire, faut-il envisager un démantèlement partiel
ou total de ces conglomérats financiers afin de les cantonner dans
des activités spécifiques : banque commerciale, banque d'investissements,
gestion d'actifs, assurance, etc.
C'est la position défendue par Mervyn King et Adair Turner, président
du Financial Services Authority.
C'est aussi la solution préconisée par Paul Volcker, ancien gouverneur
de la Fed.
Plus récemment, John Reed a reconnu que la fusion de Citibank avec
Travelers à laquelle il a présidé en compagnie de Sandy Weill était
une erreur.
Ces conglomérats financiers sont nés de
la déréglementation et de l'innovation financière.
Avec leur émergence, de nouveaux risques sont apparus que ni
les autorités ni le marché n'ont contrôlés.
Le groupe de travail 'Régulations financières' d'Héritage&Progrès
se propose de les étudier.
Les points suivants feront l'objet d'un examen particulièrement
approfondi :
- Depuis 20 à 25 ans, dans tous les pays du monde, les banques
constituent aujourd'hui la tête de conglomérats associant banques
de dépôts, banques d'affaires, compagnies d'assurances et fonds
de gestion.
Cette situation est fondamentalement dangereuse quelles que soient
les précautions prises pour isoler certaines activités et limiter
les échanges entre ces quatre activités.
Il faut fixer une limite à ces conglomérats.
Concevoir une sorte de loi anti-trust sur ce sujet pour l'Europe
n'est pas utopique.
En effet, le Sénat américain travaille actuellement sur un tel projet
approuvé par un grand nombre d'économistes.
- La titrisation, incroyablement développée par les CDS (credit
default swap) est devenue, avec d'autres dérivés de crédits, les
dépôts et le marché monétaire, une des principales sources de
financement des banques.
Les ratios de liquidités et d'endettement ont été totalement faussés
par tous les produits OTC (over the counter).
La réforme de ces ratios, comme le proposent les rapports de Larosière
et Turner, suffira-t-elle à contenir ce risque ou faut-il repenser
le refinancement des banques ?
- La titrisation autorise-t-elle les banques à se dégager de
toute responsabilité ?
Cette même titrisation qui amalgame des crédits aussi divers que
l'immobilier et la consommation ne devrait-elle pas se faire sur
la base de risques de même nature - à charge pour l'investisseur
de diversifier son portefeuille en fonction de ses objectifs financiers
?
L'hyper titrisation développée avec les
CDO et les CDO au carré, n'est pas admissible.
Il faut restaurer une traçabilité précise des dérivés de crédits.
- La négociation des dérivés de crédit doit-elle se faire dans
l'opacité la plus totale ou au travers de chambres de compensation
?
- Le rôle et la conception même des CDS doivent être revus.
La plupart des experts estiment qu'ils devraient faire partie d'un
marché réglementé. Certains (G. Soros notamment) estiment qu'ils
sont par nature toxiques et qu'ils ne devraient être utilisés que
sur ordonnance dans le but d'assurer des obligations réelles. Et
non de spéculer contre des pays ou des sociétés.
- Quelle utilisation du juste prix (fair value) doit-on faire
au vu de son effet pro-cyclique ?
Un travail doit être entrepris avec la collaboration de grandes
sociétés comptables et d'experts pour suivre les études internationales
sur le sujet. Il est souhaitable que ces travaux ne soient pas appréciés,
confirmés ou rejetés uniquement par les responsables des grandes
banques.
Le risque frontalier (cross-bord risk)
encouru par une Nation en raison d'opérations conclues par de grandes
institutions financières étrangères sur son territoire avec
des acteurs locaux ou par le biais de filiales établies sur son
sol (ex. Lehman Brothers), est devenu très grand.
Les dirigeants du G20 recommandent l'établissement de groupes d'intervention
et la définition d'un cadre juridique pour les circonvenir. C'est
insuffisant au regard du risque encouru par la Nation d'accueil.
Ainsi, les autorités britanniques craignent-elles de devoir renflouer
une ou plusieurs institutions financières étrangères en cas de crise,
ce qui serait très grave en raison de l'importance de la City.
Les conseils d'administrations des grands
groupes financiers n'ont pas joué leur rôle dans cette crise.
Il n'y a pratiquement pas de traces de mise en garde des directions
générales sur les risques qu'elles prenaient par les administrateurs.
Comment remédier à ce fait ? Il faut aller beaucoup plus
loin et surtout être beaucoup plus concrets que ce que propose aujourd'hui
en France l'Institut des administrateurs qui a amorcé sur ce sujet
un très bon travail.
- Pourquoi les agences de notation bénéficient-elles d'un statut
privilégié que rien ne justifie ?
Pourquoi surtout ne pas imposer immédiatement une réforme de leurs
activités qui mélangent de façon tout à fait anormale le conseil
financier et l'activité de notation ?
Voici quelques-uns des points qui semblent prioritaires au groupe
de travail d'Héritage&Progrès.
Ils sont en tous cas beaucoup plus importants que la question du
bonus des dirigeants et des paradis fiscaux.
Ces deux questions ont certes l'intérêt de plaire au grand public,
qui fantasme volontiers sur l'argent sale déversé sur les plages
au sable d'or des îles Bahamas.
Dans une conjoncture où l'Etat dépend totalement des grandes
banques pour placer sa dette, il est autrement difficile de s'attaquer
à elles. 61
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