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Pour comprendre la crise, savoir comparer les chiffres.


Il est assez étonnant de voir l'ensemble de la presse parler de la reprise économique aux Etats-Unis et en Europe tandis que quelques chiffres essentiels montrent que la question fondamentale reste celle des déséquilibres entre pays excédentaires et déficitaires et celle des dettes souveraines.
Il n'est pas inutile ici de citer quelques chiffres et de les comparer pour permettre de saisir des ordres de grandeur sur la tâche qui attend nos gouvernements.
Prenons comme base la valeur du produit intérieur brut des Etats-Unis (arrondi) : 13 000 milliards de dollars L'ensemble de la dette publique des Etats-Unis est du même ordre.
Le déficit prévu pour 2012 atteindra un peu plus de 11 % du PIB américain dès 2009, le gouvernement américain devra émettre pour couvrir sa dette des émissions obligataires à hauteur de : 1 860 milliards de dollars

Les déficits européens seront un peu inférieurs, environ 90 % du PIB.
L'Europe devra émettre des émissions obligataires à hauteur d'environ : 1 000 milliards de dollars
Soit pour les Etats-Unis plus l'Europe : 2 860 milliards de dollars
Qui souscrira ces obligations ?
Malgré la crise, une quinzaine de pays restent excédentaires de façon significative en 2008 :
- la Chine,
- l'Allemagne,
- le Japon,
- les pays du Golfe et les autres grands producteurs de pétrole,
- l'Asie émergente et
- quelques pays d'Europe excédentaires.
Ces excédents représentent au total environ : 1 740 milliards de dollars
On voit déjà ici que ce chiffre est loin de suffire à couvrir les besoins financiers des pays développés, d'autant qu'il faut bien sûr ajouter à ces besoins les soldes débiteurs la même année
- des Etats-Unis : 667 milliards de dollars
- de l'Union Européenne hors l'Allemagne,
- de l'Australie,
- du Brésil,
de l'Inde, etc.,
environ : 600 milliards de dollars

Les émissions obligataires souveraines ne sont évidemment pas les seules à recourir au marché.
Les émissions obligataires des entreprises prévues en 2009, par exemple, représentent un total
- pour les Etats-Unis de : 1860 milliards de dollars
- pour l'Europe de : 900 milliards de dollars

En dehors de ces besoins à couvrir chaque année, il faut bien sûr payer les intérêts des dettes accumulées les années précédentes.

Elles atteindront en 2012, en pourcentage du PIB
Japon 200
Italie 127
Etats-Unis 97
France 94
Royaume-Uni 89
Allemagne 84
Canada 82

Ce total de dettes souveraines représente quelques 50 000 millions de dollars, soit, pour les financer au taux aujourd'hui très faible de 4 %, la bagatelle de : 2 000 milliards de dollars
Par ailleurs, le total des dettes du secteur financier, des entreprises et des ménages américains est voisin de 35 000 millions de dollars, soit toujours au taux de 4 % : 1 400 milliards de dollars

Sans aller plus loin dans l'analyse, on voit bien que les pertes de valeurs importantes dues à la crise auxquelles il faut ajouter le considérable volume de dettes accumulé par les politiques de relance représentent une masse à financer totalement inconnue dans les années 2000.

Il faut donc que les pays excédentaires (Chine, Asie du Sud-Est), les pays peu endettés (ensemble de l'Asie, Allemagne, Europe du Nord), les pays pétroliers et quelques grands producteurs de matières premières épargnent de façon considérable pour financer ces dettes.

Quelques derniers chiffres pour bien comprendre les ordres de grandeur :

Budget de l'Etat français 2010 360 milliards d'euros
Déficit prévisionnel 2010 116 milliards d'euros
Déficit prévisionnel Sécurité Sociale 2010 30 milliards d'euros
Grand emprunt pour investissements d'avenir 35 milliards d'euros

Les valeurs en euros sont à multiplier par 1,5 pour tenir compte du cours du dollar.

Voici enfin quelques chiffres mondiaux pour situer l'ordre de grandeur de l'économie française

Produit intérieur brut mondial 45 000 milliards de dollars
Total des bilans du système bancaire mondial 200 000 milliards de dollars
Total des dérivés de crédits OTC estimés de gré à gré 592 000 milliards de dollars (c'est ce formidable chiffre symbole du système financier mondial à haut risque qui explique pour l'essentiel la grande crise de 2007/2008)
Total de la capitalisation boursière mondiale 2007 62 700 milliards de dollars
Portefeuille des 10 000 principaux investisseurs mondiaux en 2008 25 300 milliards de dollars
Total des actifs détenus par des sociétés ayant leur siège et activités taxables dans les paradis fiscaux 10 500 milliards de dollars
Fonds levés par les sociétés de capital investissement pour de grandes PME en Europe, moyenne 2005/2008 90 milliards d'euros

A noter un chiffre absolument essentiel pour expliquer la force du capitalisme américain, quels que soit les déficits enregistrés à la fois au niveau du commerce extérieur, de la dette des entreprises et de la dette des ménages :
41 % du total des investissements mondiaux en 2008 étaient gérés par des sociétés américaines et aux Etats-Unis même.
Ceci sans compter la part des sociétés américaines dans les sociétés de tous les pays du monde, part qui est le plus souvent de l'ordre de 10 à 20 %.

Pour ceux qui veulent comprendre les grands mouvements des finances mondiales dans les années 2000 à 2009, nous avons sélectionné deux ouvrages :
1 - " Géographie de la finance mondialisée ", publié par la Documentation Française en septembre 2009 (140 pages).
2 - " Le commerce international ", Michel Rainelli, Ed. La Découverte, 110 pages.