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Malgré la pression gouvernementale, les banques restreignent leurs
offres de crédits.
Un article de Nicolas Bouzou
Depuis quelques semaines, c'est " parole contre parole " sur
le sujet des prêts bancaires.
D'un côté, les banquiers l'affirment : nous prêtons, qu'il s'agisse
des ménages ou des entreprises. S'il l'on trouve assez peu de crédit
dans l'économie, ce n'est qu'un problème de demande.
Les entreprises stoppent leurs investissements et les ménages ajournent
leurs gros projets.
Conséquence : nous ne vendons plus de prêts, ce qui est évidemment
mauvais pour nous.
De l'autre côté, les entreprises, les PME en particulier répondent
: nous avons de plus en plus de difficultés à financer notre cycle
d'exploitation. Quant aux crédits à long terme, ce n'est même pas
la peine d'y penser.
Tout ceci sous le regard agacé de l'Elysée, qui voit d'un mauvais
œil le fait que l'Etat apporte de l'argent frais au capital des
banques et que celles-ci le thésaurise.
En réalité, dans ce débat, tout le monde a un peu tort et un peu
raison.
Les statistiques sont formelles : la production de crédits recule
en France, en tous cas pour ceux qui sont destinés aux ménages.
L'année dernière, la production de crédits immobiliers a perdu
plus de 13% (estimation Asterès à partir des données Banque
de France).
Au quatrième trimestre 2008, les crédits à la consommation octroyés
par les établissements spécialisés ont vu leur production chuter
de 10%, soit 2% sur l'ensemble de l'année (source : ASF).
Du côté des entreprises, les statistiques sont plus floues
car ne portent que sur les encours (c'est-à-dire sur les stocks
de dette et non les flux).
En novembre, d'après la Banque de France, le glissement annuel des
crédits de trésorerie se montait à 13,2%, contre 20% en mars.
Il y a donc certainement un très fort freinage en termes de production.
Les crédits d'investissement, en revanche,
restent dynamiques (+13,4% en novembre, soit un ralentissement
de l'encours à peine perceptible).
Reste à savoir si les baisses observées, sur les crédits aux
ménages et, dans une moindre mesure, sur les crédits à court terme
aux entreprises, sont liées au comportement des prêteurs ou à l'attentisme
des emprunteurs.
Les emprunteurs, certes, ne montrent pas d'appétence particulière
au crédit.
Les ménages craignent pour leur pouvoir d'achat et sont donc réticents
à l'idée d'emprunteur pour effectuer des achats importants.
En revanche, les besoins en fond de roulement, eux, nécessitent
toujours un bouclage par du crédit.
Les prêteurs, eux, restreignent clairement
leur offre de crédit. Face à des fonds propres malmenés
par la crise, face à un assèchement des liquidités (même si, sur
ce point, les choses se sont améliorées ces dernières semaines),
et surtout face à une forte montée du risque, le rationnement
du crédit prend deux formes :
- un renforcement des critères d'octroi
des prêts (une excellent notation est nécessaire pour
les entreprises, un apport personnel important pour les particuliers,
de solides garanties pour tout le monde), et
- une hausse des taux d'intérêt.
D'après la Banque de France, les taux appliqués aux prêts personnels
à la consommation avaient atteint en décembre dernier un plus haut
depuis septembre 2003.
Pour les découverts aux entreprises, il faut remonter à 2002 pour
retrouver des taux aussi élevés, et même à 2001 pour les crédits
d'investissement.
Tout ceci n'est pas scandaleux, et confirme même l'idée selon laquelle
les banques françaises sont, dans leur majorité, prudemment gérées.
Mais il faut s'attendre, pendant encore au moins plusieurs mois,
à ce que le crédit se fasse relativement rare.
Nicolas Bouzou
La communication gouvernementale, comme
la communication bancaire, est contraire à la réalité.
Tous les chefs d'entreprise et constructeurs que nous avons consultés
confirment ce fait.
Politiquement, l'effet risque d'être désastreux car on ne peut pas
tromper tout le monde en même temps sans perdre toute crédibilité.
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