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L'euro peut-il éclater en 2011 ou 2012?


Cinq ans pour construire l'euro.

La monnaie européenne baptisée en 1995 du nom de l'Euro n'a pu être mise en place qu'après trois années de discussions politiques et de mises au point techniques délicates.
En 1999, un taux de change unique et définitif a été fixé pour les onze pays signataires, ce qui a permis de développer les échanges entre les entreprises en termes d'euros.
Par contre c'est seulement en 2002 que l'euro a été généralisé au niveau du commerce de détail et des consommateurs.
Six ans ont donc été nécessaires pour fonder et faire totalement fonctionner cette nouvelle monnaie, une monnaie qui, fait absolument exceptionnel, ne fonctionne pas sous l'autorité unique d'un Etat, mais dans le cadre d'une coopération entre 11 Etats devenus aujourd'hui 15 et sans doute 16 au 1er janvier 2009.
La mise en place de cette nouvelle monnaie a été un succès technique et son extension entre 2002 et 2009 semble conforter ce succès encore que toutes les adhésions nouvelles ont été celles de petits pays.
Sept pays européens importants restent en dehors de la zone euro : le Royaume-Uni, la Suède, la Norvège, le Danemark, la Suisse, la Pologne et la Tchéquie.

La monnaie unique exige une croissance homogène de la productivité de chaque pays.
Milton Friedmann prédisait en 1996 l'éclatement de la monnaie unique pour une raison simple :
la productivité dans les différents pays de la zone euro n'évoluerait pas au même rythme.
Il est de bon ton aujourd'hui de renier les thèses de cet économiste au nom d'un néo-keynésianisme alors que rien ne le justifie.
Si les organismes de régulation avaient été rigoureux et avaient suivi la doctrine de Milton Friedmann en matière de masse monétaire, jamais on aurait vu se développer cette sphère financière totalement déconnectée des réalités économiques.
Mais revenons à l'essentiel : la productivité a-t-elle évoluée de la même manière dans les pays européens membres de l'euro ? La réponse est évidemment non. Et, à moyen terme, la réponse ne peut être que négative.
Pourquoi ? Parce que si chacun progressait au même rythme ce serait à désespérer pour les pays pauvres qui souhaitent évidemment s'enrichir et même pour les pays riches qui ont l'ambition de faire mieux que le voisin.
C'est ainsi que dans les dix dernières années, trois pays se sont moins développés que la moyenne européenne, la Grèce, l'Italie et la France.
Un pays a apparemment réalisé des déficits publics importants sur cette période mais en grande partie dus à la réunification, c'est l'Allemagne. Toutefois, cela ne l'a pas empêchée de développer son industrie, sa spécialisation et ses PME exportatrices. De plus, elle a réalisé entre 2005 et 2007 des réformes structurelles essentielles.
Tous les autres pays semblent avoir un taux de croissance de leur productivité à peu près analogue.
Faut d'un indicateur statistique précis de la productivité par personne active, celle-ci est bien mesurée par le commerce extérieur et la balance des paiements.
C'est cette balance qui est négative depuis plusieurs années en Italie, en Grève et en France.

Un indicateur de fait de la dévaluation de certains membres de l'euro ?

Il existe un indicateur indubitable d'une dévaluation de fait : c'est le prix payé par les Trésors Publics de chaque pays européen lorsqu'ils empruntent sur le marché monétaire mondial.
Aujourd'hui, les rendements des bons du Trésor à dix ans montrent un écart entre l'Allemagne et la France qui correspond environ à 20 % par rapport au Deutsch Mark.
Pour l'Italie, ce rapport est de l'ordre de 35 %, pour la Grèce de 57 %.
Que signifient ces pourcentages ? Tout simplement que l'Agence française du Trésor paye sa dette beaucoup plus chère que l'Agence allemande.
Pourquoi cette différence ? Parce que les dettes italiennes, françaises et grecques sont beaucoup plus élevées que la moyenne européenne et surtout, qu'elles s'aggravent régulièrement au lieu de diminuer.
Conséquence de cette perte de compétitivité : la balance des paiements des trois pays présente un solde négatif élevé, comme d'ailleurs celle du Portugal et de l'Espagne pour d'autres raisons.
Dernière conséquence de cette dévaluation de fait : les entreprises françaises qui ne peuvent pas utiliser la dévaluation pour produire et exporter moins cher ne voient qu'une solution : partir à l'étranger.
Il existe un cercle vicieux : faible productivité du secteur public, déficit du secteur public, endettement, coût élevé des emprunts publics, déficit du commerce extérieur, dévaluation de fait (interdite par l'euro), délocalisation des entreprises.

C'est ce cercle vicieux qui a fait dire au Ministre allemand des finances le 10 décembre :
" Le plan de relance français c'est un passage brutal stupéfiant de plusieurs décennies de politique de l'offre à un keynésianisme grossier. "
Il est temps pour la France de penser que l'Allemagne n'a peut-être pas tort de réfléchir à deux fois avant de se relancer dans un déficit budgétaire qu'elle avait presque éliminé en 2006 et 2007.

La France peut-elle sortir de l'euro pour profiter des effets bénéfiques d'une dévaluation ? Peut-être.

Mais rien n'est moins sûr.
D'abord l'euro est maintenant solidement ancré dans le comportement des entreprises et des ménages.
Aucun article de revues économiques parues récemment n'évoque cette question qui semble absolument tabou alors que dans les faits cette dévaluation est quasiment là.
Ensuite, chacun sait que les dévaluations ne sont bénéfiques que parce qu'elles constatent une situation de fait et que les éviter coûte très cher.
Un bon exemple est celui de la Russie qui a voulu tenir sa monnaie gravement affectée par la crise financière et qui vient d'accepter de la dévaluer parce que ses réserves de changes ne lui permettaient plus de tenir.
La dévaluation a aussi, chacun le sait, un effet d'accélération de la croissance, certes peu durable, mais fort utile en cas de crise.
Pour sortir de l'euro il faudrait un minimum de consensus entre le monde politique, le patronat et les syndicats. Ce consensus pourrait intervenir si les délocalisations s'accéléraient sans espoir de retour.
La sortie de l'euro deviendrait alors une obligation. On n'en est peut-être pas loin si la France continue d'être incapable, comme elle le montre depuis 10 ans, de réduire sa dépense publique et d'augmenter la productivité de ses administrations. 50