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"On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l'Europe ! l'Europe ! l'Europe ! mais cela n'aboutit à rien. "

Cette réponse du Général de Gaulle à la question d'un journaliste portant sur la politique européenne est célèbre.
Elle est restée d'actualité. Disons même qu'elle n'a pas pris une ride.
Dans le volume II de ses mémoires politiques, Charles Pasqua, exemple type de l'animal politique, souligne lui aussi que l'Europe fédérale est " une fumisterie ".
Il faut bien entendu se réjouir de l'existence du traité de Rome et des traités complémentaires jusqu'à celui de Maastricht.
Mais, depuis la création de l'euro, l'élargissement à 27, et le funeste traité de Nice, l'Europe bafouille et n'agit plus.
Aujourd'hui comme hier il n'existe qu'une Europe, l'Europe des Nations.
Parce que la langue, l'histoire, la culture, les passions nationales l'emportent et l'emporteront encore cent ou cent cinquante ans sur tous les raisonnements sans enracinements sociologiques.
La France est totalement marquée par les deux grandes composantes que sont ses traditions absolutistes de Louis XIV à de Gaulle, en passant par le bonapartisme, et par son expérience révolutionnaire de 1789, 1830, 1848, 1870, prolongée par un paysage politique comprenant le premier parti communiste européen en 1945 et le premier programme commun de gouvernement PS-PCF.
Trop de problèmes s'y règlent dans la rue
La Grande-Bretagne n'a connu après la brève dictature de Cromwell n'a connu que des transitions tranquilles.
La grande île, liée depuis toujours aux Etats-Unis, reste sa fidèle alliée et ne participe à l'Europe que pour bénéficier d'une zone de libre échange.
Elle ne veut rien abandonner de sa souveraineté.
L'Allemagne, profondément marquée par l'instabilité des années 20 et le désastre de 1945, est ancrée dans la stabilité économique et politique.
Elle n'a accepté l'euro qu'à son corps défendant et regarde avec la plus grande défiance l'agitation française en faveur d'une union plus forte parce qu'elle s'accompagne de l'abandon des critères de Maastricht.
Volonté de neutralité associée à atlantisme et à rigueur économique sont la volonté commune des partis allemands. L'Espagne, ne l'oublions pas, a été la première puissance mondiale au XVIème siècle.
Elle a brillamment compensé, grâce à l'Europe, le retard pris avec la guerre civile et le franquisme.
Elle tient maintenant à figurer parmi les cinq grands de l'Europe.
Son puissant système bancaire soutient cette revendication.
Voilà bien pourquoi lorsqu'une crise grave apparaît chacun retourne à ses " fondamentaux " et n'accepte aucune solution univoque imposée de l'extérieur.
Nicolas Sarkozy l'a d'ailleurs parfaitement compris.
Il n'a réussi à imposer son rythme et ses solutions " provisoires " qu'en téléphonant aux cinq grands acteurs de la vie européenne auxquels il faut bien sûr rajouter le Luxembourg… plus que M. Barroso et la Commission.
Celle-ci peut bien aujourd'hui faire mine de s'opposer aux solutions françaises ou, demain, aux solutions d'autres pays, chacun n'en fera qu'à sa tête.
Tout le paradoxe du fonctionnement de l'Europe aujourd'hui éclate avec cette crise.
Les 27 pays membres souhaitent avoir chacun une direction, comme l'on a son ministre dans le gouvernement européen.
- C'est ainsi que l'on a aujourd'hui 27 commissions qui veulent démontrer qu'elles servent à quelque chose.
- C'est ainsi que l'on réglemente à tour de bras sur les sujets les plus inutiles.
- C'est ainsi que les directives européennes prennent une part quasi-équivalente à celles des législations nationales. - - C'est ainsi que le Journal Officiel des communautés européennes devient plus épais que le J.O. français, ce qui est un comble.
Lorsque les Français constatent qu'ils ne peuvent plus toucher à leur taux de TVA, que les marchés forains devront abandonner les produits frais, que la commission européenne s'oppose au sauvetage de leurs banques, comment pourraient-ils encore croire que l'Europe " fédérale " leur est plus utile que l'Europe des Nations ?
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