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Société Générale : L'Europe n'est pas faite !


Nous reproduisons ici un excellent article que nous a adressé Jean-Louis Caccomo le 11 février 2008, à propos des lourdes pertes enregistrées par la Société Générale.

" Etrange pays. Quand les entreprises réalisent des bénéfices, elles sont montrées du doigt.
Quand les actionnaires gagnent de l'argent, on leur reproche de le faire sur le dos des salariés.
La Société Générale est une entreprise privée ; elle n'a pas perdu d'argent public contrairement à tant d'entreprises contrôlées par l'Etat. Des pertes sont constatées, mais ce sont les pertes des actionnaires.
C'est cela être un actionnaire, c'est prendre tous les jours des risques avec son capital (de l'épargne accumulée) que l'on confie aux entreprises auxquelles on a décidé, à tort ou à raison, de faire confiance.
Les anticapitalistes de tout bord devraient se réjouir des pertes annoncées. Il faut savoir ce qu'on veut.
Les bourses fonctionnent depuis des siècles mais c'est à croire que l'on en découvre à peine le fonctionnement.
Les commentaires actuels montrent à quel point la pédagogie de l'économie est une discipline de chaque instant à partir du moment où les politiques et les médias s'emparent de l'économie comme théâtre de leurs interventions pour les uns (les politiques) et de leurs commentaires pour les autres (les médias)...
On atteint depuis quelques jours des sommets dans l'hystérie anti-économique.
On s'en prend tour à tour à " l'hyper-finance " et aux spéculateurs-prédateurs que l'on oppose à l'entrepreneur créateur de richesses sans bien voir que l'entrepreneur est aussi un spéculateur, qu'il ne peut y avoir d'investissement sans finance, et que la finance est basée sur la spéculation.

Quand Zola écrit le remarquable roman l'Argent, il ne dénonce pas le règne de l'argent fou.
Il fait le constat, déjà vrai à son époque car c'est une vérité de toujours, que la spéculation (basée sur l'espérance du gain qui ne va pas sans risque de perte) est à l'expansion économique ce que la sexualité est à l'expansion démographique : un puissant stimulant.

Mais autant les français parlent sans complexe de la sexualité, autant ils sont restés arriérés dans le domaine de la finance.
Rappelons quelques étapes cruciales d'une histoire contemporaine très récente.
Nous sommes désormais dans une zone monétaire intégrée depuis l'avènement de la monnaie unique, voulue par les politiques et théorisée par le rapport Delors (qui a repris dans ses grandes lignes le projet que Keynes avait présenté à Bretton-Woods en 1944 !).
Le fonctionnement de cette zone monétaire intégrée implique un marché bancaire concurrentiel à l'échelle de l'Europe composée des banques commerciales de la zone euro chargées de faire crédit aux agents économiques (ménages et entreprises) sur la base des dépôts récoltés, une Banque Centrale Européenne chargée de la mise en circulation des billets de banque en Euros et des marchés financiers intégrés à l'instar de l'Euronext.
Pour les gouvernements des Etats-membres, appartenir à la zone Euro implique non seulement le respect des fameux critères de Maastricht (et pas seulement au moment de la qualification à l'entrée dans la zone euro) mais aussi le respect du jeu concurrentiel qu'aucun des Etats-membres ne doit entraver en aidant une des banques sous le prétexte de défendre le drapeau......
Dans ce contexte, le discours consistant à dire qu'il n'est pas question que la Société Générale passe sous le contrôle d'une autre banque (BNP-Paribas ?), encore moins s'il s'agit d'une banque étrangère (entendez par là allemande, espagnole, italienne…) est bien incongru, notamment de la part de responsables politiques qui se proclament européens.
Les responsables politiques n'ont pas eu de mots assez durs et injurieux pour mettre à l'index les " souverainistes ", les " nationalistes ", les " populistes ", bref tous ceux qui appelaient à voter " non " à l'occasion de référendum de Maastricht.

Dans son ouvrage intitulé " l'Erreur Européenne ", Jean-Jacques Rosa avait averti, bien seul il est vrai, des contraintes lourdes induites par la mise en œuvre d'une monnaie unique, par rapport à une monnaie commune (projet privilégié par les anglais).
A cette époque, il prêcha dans un désert tellement il allait contre la pensée dominante.
A monnaie unique faisait écho une pensée unique ! Il ne fallait pas s'opposer à la zone euro.
Maintenant, nous y sommes dans la zone euro. Or la France n'en respecte ni la lettre ni l'esprit......
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