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L'euro et le pouvoir d'achat des Français.

Jean-Louis Caccomo, professeur d'économie à l'Université de Perpignan, revient sur la question de l'euro fort dans une lettre au Président de la République qui nous a semblé fort intéressante et dont nous reproduisons ci-dessous quelques propos.
Toutefois, nous y ajoutons quelques questions à l'attention de J-L. C. car la question nous semble plus complexe que ce premier constat.

" ...La faiblesse du pouvoir d'achat des français n'a rien à voir avec le fait que " l'euro soit trop fort ".
L'euro est un coupable idéal mais trop facile... D'ailleurs, quand on parle du taux de change de l'euro, on exprime la valeur de l'euro par rapport à la valeur d'une autre devise, le dollar par exemple.
Ainsi, le fait que l'euro soit fort par rapport au dollar a permis d'amortir le choc pétrolier alors que nous réglons nos importations de pétrole en dollar.
De ce point de vue, la montée de l'euro par rapport au dollar a redonné du pouvoir d'achat aux ménages français, notamment en diminuant le coût de nos importations libellées en dollars...
Le taux de change de l'euro n'est pertinent que par rapport à nos relations économiques avec l'extérieur.

Pour les touristes français visitant l'étranger, la force de l'euro est une bonne chose.
Et pour les étrangers qui visitent la France (et je rappellerai que la France est la première destination touristique au monde), la force de l'euro augmente la valeur des recettes touristiques générées par cette fréquentation touristique...

Ainsi, l'usure du pouvoir d'achat est liée à la part accrue de ces prélèvements (publics et sociaux) destinés à financer des dépenses publiques et sociales que plus personne ne maîtrise.
Tous les précédents gouvernements français se sont acharnés à rendre indolores ou invisibles cette montée des prélèvements. Ils sont tellement invisibles que l'on ne voit même plus qu'ils amputent à la source même le revenu des actifs, réduisant toujours plus la part du revenu réellement disponible pour ses besoins de consommation et d'épargne.
Le résultat de ces prélèvements se traduit inévitablement par une perte de pouvoir d'achat et une fragilisation des capacités d'épargne et donc d'investissement......

La vraie rupture, que vous incarnez toujours aux yeux des français, consiste donc à s'attaquer à la cause unique et interne de notre appauvrissement : la maîtrise des finances publiques et sociales. "


Le constat général de Jean-Louis Caccomo est indubitable.
Toutefois, d'autres questions se posent dont il serait intéressant de débattre plus à fond. Nous ne faisons ici que les poser :
1 - Le raisonnement sur l'intérêt d'une monnaie forte n'est pertinent que par rapport à nos relations économiques avec l'extérieur.
Or, le commerce mondial est principalement réparti entre une quinzaine de pays : en pourcentage : l'U.E. (16,4), U.S.A. (11,5), Chine (10,7), Japon (7,2), HongKong (3,6), Corée (3,6), Russie (3,4), Singapour (3), Mexique (2,8), Taiwan (2,5).
Ces proportions ne tiennent pas compte du commerce intra-européen qui est pourtant le plus important et qui porterait le pourcentage de l'U.E. à plus de 22 %.
Une analyse fine de notre commerce extérieur et des zones monétaires impliquées est nécessaire avant tout jugement.

2 - Nicolas Sarkozy demande que " l'on fasse avec l'euro ce que font les Américains avec le dollar, les Chinois avec le yuan, les Japonais avec le yen, les Anglais avec la livre ".
Cette demande est justifiée pour certains pays et pas pour d'autres. Il est vrai que le niveau du dollar est un niveau de dumping par rapport à l'euro... mais absolument personne aujourd'hui n'y peut rien ; sauf à prendre des mesures collectives au niveau européen. Il faut en convaincre 25 pays. Pour le yuan et le yen, une réaction défensive apparaîtrait plus logique. Mais nous avons accepté l'euro. Inutile donc de citer la livre comme exemple.

3 - Les traités européens encadrent de façon très stricte les orientations de change.
Le mandat de La B.C.E. est clair. Le modifier supposerait au moins l'accord des grands pays. On n'en est pas là.

4 - Une dépréciation de l'euro, accompagnée d'une petite dose d'inflation, est-elle souhaitable ou non ? Certains historiens de l'économie soulignent qu'aucune période de très forte expansion ne s'est faite sans une certaine dose d'inflation (Jacques Marseille).
L'euro n'est pas un carcan absolu et Nicolas Sarkozy a raison de souligner que la politique peut et doit jouer son rôle. Encore faut-il voir clairement quel est l'intérêt de la France. Nous ne le voyons pas ni dans un sens ni dans l'autre.

5 - La T.V.A. sociale peut de toute manière jouer un rôle essentiel pour la défense de notre commerce extérieur. Toutefois ce rôle est bien évidemment fonction de nos structures d'exportation et d'importation.

6 - La comparaison avec l'Allemagne n'est pas raison.
Il est bien vrai que l'Allemagne se satisfait d'un euro fort et d'une T.V.A. à 23 %.
Mais ce n'est ni en 5 ans ni en 10 ans que la France se dotera d'un appareil de production et d'exportation comparable à l'Allemagne. Raisonnons donc hic et nunc. 37