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EADS : Intelligence économique et leurre politique.

" L'intelligence économique " est un concept anglo-saxon qui associe les concepts d'espionnage économique et d'influences de l'adversaire.
C'est ce qu'illustre un excellent article de notre ami Jean-Pierre Chevallier sur le cas " Boeing-EADS ".

" Les dirigeants de Boeing auraient pu améliorer leurs résultats en cherchant normalement à augmenter leurs ventes et à diminuer leurs coûts.
Ils ont fait mieux : ils ont cherché à inciter les dirigeants d'EADS à faire des fautes majeures qui les pénalisent et qui permettent ainsi à Boeing de gagner finalement plus facilement des marchés et d'augmenter leurs bénéfices. Comment ?
Des entreprises américaines spécialisées dans l'intelligence ont réussi à faire circuler dans l'entourage de Jacques Chirac une idée susceptible de lui plaire : construire un gros porteur, plus gros que les plus gros avions américains, symbolisant ainsi la réussite de l'Europe sur l'Amérique tant honnie. La proie est facile, ça a marché !
L'A380 devait entrer triomphalement en exploitation commerciale début 2006, consacrant son mandat présidentiel.

EADS a dépensé une dizaine de milliards d'euros au développement de ce projet qui mobilise des milliers d'ingénieurs et spécialistes.
Pendant ce temps, les dirigeants de Boeing ont fait semblant de tergiverser et ils ont développé une version considérablement améliorée d'un avion classique répondant à une demande importante : le Dreamliner (787).

Printemps 2005, c'est la victoire : le premier exemplaire de l'A380 décolle.
Fin 2006, tout s'écroule : 2 ans de retard pour l'A380, EADS est obligé de lancer en catastrophe un concurrent au Dreamliner qui sortira avec difficulté (une dizaine de milliards d'euros sont à trouver pour financer son développement !) et avec au moins 5 ans de retard.

Dans cette aventure, Boeing poursuit tranquillement son activité sans pression trop forte de la part de son concurrent englué financièrement et techniquement.
Pire : la situation financière catastrophique d'EADS met en difficulté toute l'industrie aéronautique française.
L'intelligence a eu raison de l'intelligence.
Qui est condamnable dans cette affaire ? Indubitablement les personnalités françaises qui ont pris ces décisions, et non pas les quelques Américains qui ont conçu et réalisé ce plan. Ils font leur travail : un travail d'influence considéré comme normal aux Etats-Unis.
Tous les sportifs savent qu'une équipe peut gagner en essayant de pousser à la faute ses adversaires.
Un bon coach est celui qui sait prendre les bonnes décisions en déjouant par avance les pièges des adversaires.

L'intelligence s'exerce aussi dans le domaine purement politique." 31