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L'A 380 et le TGV : mêmes erreurs, mêmes coûts, mêmes conséquences pour les Français les plus pauvres.

On ne dira jamais assez que lorsque la dépense publique dérape, lorsque les scandales financiers et les gaspillages publics se comptent chaque année par milliards d'euros, ce ne sont pas les plus riches qui trinquent mais, bien évidemment, les plus pauvres.
En ajoutant un pourcentage, quel qu'il soit, aux tranches élevées de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur la fortune, on obtient nécessairement beaucoup moins de recettes qu'avec un ou deux points de TVA ou de CSG appliqués à la totalité des revenus de toute la population.
Des métros jamais construits,
des gares en pleins champs,
des circuits automobiles inutilisés,
des réseaux SNCF - RATP non connectés,
des fontaines sans eau,
des régimes spéciaux de retraite totalement injustifiés,
des centaines de cadres supérieurs de la Banque de France payés à ne rien faire,
un porte-avions qui parcourt le monde,
un tunnel Lyon-Turin sur lequel on dépense depuis dix ans sans qu'il n'y ait l'ombre d'une décision financière de prise pour démarrer,
des milliards de pertes avant de privatiser banques et assurances,
une Corse qui, à elle seule, coûte plus que les dix départements les plus pauvres,
un Crédit Lyonnais à 110 milliards.....
Cet inventaire à la Prévert devrait être le fil directeur de nos candidats à la présidentielle.
Ce serait sans doute le seul moyen de ramener au militantisme politique les millions de Français qui n'y croient plus.
Car enfin chacun sait que ce sont sur les classes moyennes et les catégories les plus pauvres que pèsent ces dépenses somptuaires (les frais de bouche de la Mairie de Paris et les 400 membres du cabinet du Maire hier comme aujourd'hui), et surtout ces dépenses inutiles ou folles qu'une fonction publique irresponsable et un Etat jamais sanctionné continuent de pratiquer.

L'affaire EADS-Airbus en est encore l'illustration et nous verrons tout à l'heure pourquoi la rapprocher de l'affaire SNCF.

EADS, diront certains lecteurs, vous parlez là non d'une affaire publique mais d'une affaire privée, cotée en Bourse, faisant partie du CAC40 .
C'est vrai, mais :

qu'est-ce qu'une affaire privée dont les parts de capital internationales sont décidées à l'avance, dont le chiffre d'affaires est quasiment garanti par l'Etat
à travers les produits destinés à l'espace, à l'aviation, aux transports militaires ?

Qu'est-ce qu'une affaire privée dont le directeur, ancien conseiller industriel de l'Elysée, ami personnel du Président, se voit nommer malgré l'opposition d'une bonne partie du capital ?

Qu'est-ce qu'une affaire privée dont le nouveau directeur Louis Gallois - par ailleurs très sympathique - n'a jamais mis les pieds dans une entreprise privée mais a toujours géré des administrations ou des services publics ?

Qu'est-ce qu'une affaire privée où l'interaction entre Airbus - projet européen semi-public - et les autres activités - la presse et l'armement - sont indiscernables ?

Eh bien dira-t-on encore, pourquoi critiquer EADS-Airbus alors qu'il a apparemment si bien réussi en devenant le numéro deux de l'industrie aéronautique mondiale ?
C'est que, là encore, la structure quasiment publique peut conduire à tous les succès lorsqu'il n'y a ni grand risque, ni grandes difficultés de conjoncture et à toutes les dérives lorsque les plus grands risques sont pris sous le parapluie de l'Etat et que les conjonctures se dégradent alors que l'on sait le budget toujours prêt à payer.

Boeing a connu des situations analogues en 1998 et en 2001.
D'abord à la suite de problèmes techniques sur les chaînes d'assemblage de ses deux principaux sites, ensuite après les attentats du 11 septembre et la crise du transport aérien aux USA.
L'entreprise s'est redressée en quatre ans après avoir supprimé en décembre 2001 30 000 emplois, rationalisé sa gamme d'appareils ramenée à quatre grands modèles, fermé des sites peu rentables, revendu des activités pour se concentrer sur la conception et l'assemblage final des avions.
En outre, Boeing a immédiatement compris la " bourde " du lancement de l'A380, le plus gros avion du monde - le Concorde était déjà le plus rapide du monde - et a immédiatement lancé le B787 pour conduire une contre-offensive axée sur le marketing et non sur la performance technique.
C'est ainsi qu'Airbus qui faisait jeu égal avec Boeing vient de constater officiellement - il était impossible à une affaire cotée en Bourse de le cacher aux experts financiers - qu'il avait désormais dix ans de retard par rapport à Boeing, à condition toutefois que les déboires de l'entreprise ne conduisent pas les clients à abandonner leurs réservations. Celles-ci sont désormais suspendues, d'une part aux indemnités qu'il faudra verser, d'autre part et plus encore, à la confiance des clients . 29