|
Tout
ça pour ça (à propos de Gaz de France) !
La bataille parlementaire engagée pour modifier le statut de Gaz
de France et permettre sa privatisation est un combat qui, pour
parler clair, nous semble tout à la fois incompréhensible et dangereux.
Pourquoi le gouvernement s'est-il engagé dans cette voie ?
C'est ce que ni le Premier ministre, ni le Ministre des finances,
n'ont expliqué avec des arguments rationnels.
Tentons de retrouver ces arguments :
1) Un bon argument " rationnel " serait l'intérêt de fusionner une
grande compagnie pétrolière et une grande compagnie gazière, la
prospection de pétrole ayant beaucoup de chance de générer la découverte
de gaz.
Dans cette optique, on aurait pu penser à fusionner Gaz de France
et Total.
2) Un autre argument serait de marier deux énergies complémentaires,
par exemple le gaz et l'électricité.
Dans cette optique, pourquoi ne pas fusionner EDF et GDF ?
D'autant plus que ces deux sociétés se connaissent bien et ont travaillé
de concert depuis cinquante.
Certes Suez possède des centrales nucléaires et gère l'ensemble
des consommations électriques, mais son importance est sans rapport
avec l'EDF.
3) Un troisième argument serait de marier deux très grandes entreprises
gazières afin que le cumul de leur consommation leur permette de
négocier leur approvisionnement à des prix particulièrement intéressants.
Dans cette optique il fallait marier Gaz de France avec une très
grande entreprise gazière : les Pays-Bas, l'Allemagne et l'Italie
fourniraient d'excellents partenaires.
Au lieu de ces trois solutions, on a choisi le mariage Gaz de France
- Suez que l'on peine vraiment à expliquer.
Comme d'habitude, on invoque Bruxelles pour fuir la responsabilité
d'une décision qui appartient, en fait, au seul gouvernement.
Les questions énergétiques sont trop importantes
pour les laisser à Bruxelles et un Etat digne de ce nom ne peut
pas accepter que Bruxelles s'oppose à des mariages du type EDF-GDF,
Total-Gaz de France ou autres...
On a déjà vu tant de choses étranges dans la gestion des grandes
entreprises publiques (AGF - UAP - Crédit Lyonnais - EADS - France
Telecom) que l'on doit se poser au moins un point d'interrogation
au seuil d'un débat qui, par ailleurs, empoisonne la vie parlementaire
et politique : Tout ça pour quoi ?
Le débat parlementaire actuel reste par ailleurs peu compréhensible
pour de nombreuses raisons :
- Il n'est même pas évident que les actionnaires de Suez souhaitent
en fin de course se marier avec Gaz de France.
- Il n'est même pas évident qu'une nouvelle OPA contre Gaz de France
ou le groupement envisagé peut être évitée : ENEL, EON, ENDESA,
RWE et d'autres restent à l'affût.
- Il n'est même pas dit que cette fusion serve à quoi que ce soit
: la Russie et l'Algérie sont les plus gros producteurs de gaz et
rien ne permet aujourd'hui de penser que leurs livraisons peuvent
être fidéliser.
Certes Jean-François Cirelli et Gérard Mestrallet sont tous deux
membres de la très petite nomenklatura qui, au-delà des compétences
en matière de management ou des amitiés politiques constitue le
vrai gouvernement de la France. Gérard Mestrallet, sciences-po,
polytechnique et Enarque vient de la direction du Trésor puis du
cabinet de Jacques Delors. Jean-François Cirelli, sciences-po et
Enarque, vient lui aussi du Trésor et a été membre du Cabinet du
Président de la République... Un mariage Droite/Gauche somme
toute sympathique...
Il est tout de même étrange de constater qu'il
y a dix mois personne, absolument personne, n'avait même imaginé
un instant, dans quelque publication économique que ce soit, de
marier Gaz de France et Suez.
Alors,
cette fusion n'a-t-elle pour objet que de préserver la quarantaine
de postes d'administrateurs, directeurs généraux et autres qui auraient
été menacés par une OPA d'ENEL ?
Tout ça pour ça ? 28
|