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Retour à M. Noël Forgeart et au contrôle de gestion des entreprises.
Lors de la controverse sur les stocks-options de M. Forgeart et
sur le retard prévu de la livraison des Airbus, ce grand patron
a indiqué qu'ayant vendu ses actions à la mi-mars, ce n'est que
fin avril qu'il a découvert le retard pris par le programme de fabrication.
Nous nous garderons bien de porter un jugement moral et a fortiori
civil ou pénal sur la vente de ses stocks-options. Par contre
il ne nous semble pas inutile de rappeler ce qu'est le contrôle
de gestion d'une entreprise, d'autant plus que la France est
encore peu habituée, au niveau de ses PME, aux méthodes américaines.
Ayant eu la chance de diriger durant cinq ans une petite entreprise
filiale d'un groupe important de consulting américain, j'ai découvert,
en 1966, le type de contrôle de gestion que m'imposait mon actionnaire
majoritaire alors que je n'avais qu'une dizaine de salariés
:
- une perspective à trois ans,
- un budget mensualisé à un an,
- un compte d'exploitation chaque mois
- et surtout un bilan mensuel.
Tout cela était déjà une révolution pour une PME française des années
1970.
Depuis cette date les choses ont bien changé.
Une affaire américaine bien gérée - et
ses filiales françaises - possède aujourd'hui une perspective à
trois ou cinq ans, un budget annuel traduit non pas en mois mais
en jours, une procédure d'alerte hebdomadaire et une alerte généralisée
mensuelle.
Les patrons de CISCO France, de Microsoft France ou de INTEL ont
ainsi sur leur bureau chaque jour le chiffre d'affaires de la veille,
comparé à la prévision qui tient compte bien entendu de la saison,
des jours fériés, des observations conjoncturelles réunies depuis
plusieurs années, etc...
Ces résultats quotidiens les suivent aux sports d'hiver comme dans
la villa où ils se trouveront en août (jamais plus de quinze jours
!).
Si un écart négatif est observé après cinq jours ouvrables, ils
entameront une première procédure de contrôle auprès de tous leurs
collaborateurs.
Si l'écart se poursuit la seconde semaine, les patrons de toutes
les filiales européennes se réuniront pour étudier les raisons de
ces écarts et prendre les mesures qui s'imposent.
Si la situation ne s'est pas améliorée au bout de trois semaines,
tous les dirigeants sont convoqués au siège où la direction de l'entreprise
décide de toutes les mesures nécessaires.
Si le patron de CISCO-Europe disait aujourd'hui
qu'il n'est pas au courant d'une baisse, même faible de son chiffre
d'affaires au bout de trois semaines, il serait considéré comme
totalement indigne de remplir cette fonction.
Un autre exemple de contrôle de gestion : Celui de la tour Montparnasse.
La coordination et le pilotage de l'ensemble ont été confiés à une
société de coordination spécialisée : COTEBA.
Le chantier s'étalait sur trois ans.
Un bonus et un malus de plusieurs millions de francs de l'époque
par jour d'avance ou de retard avaient été imposés à cette société
afin qu'à une semaine près, le projet soit réalisé à temps.
L'énormité des fonds engagés justifiait cette procédure.
Le chantier s'est achevé avec huit jours d'avance sur un planning
de trois ans. Le bonus était important.
La fabrication de l'Airbus représente des sommes sans doute 10/20/30
fois plus importantes que la tour Montparnasse.
A moins que les dirigeants français et allemands de cette belle
entreprise soient tombés sur la tête, au moment de leur nomination,
on suppose qu'il existe un planning quotidien, hebdomadaire et mensuel
de l'avancement d'un projet dont dépendent le salaire de dizaines
de milliers de personnes et quelques milliards d'euros.
On suppose aussi que, comme chaque filiale de CISCO, chaque section
de fabrication doit entamer une procédure d'alerte chaque semaine,
en cas de problème.
Si d'aventure ce n'est pas le cas, alors
il faut qu'au plus vite l'Etat français actionnaire de l'entreprise
et les autres actionnaires changent immédiatement une équipe dirigeante
aussi ignorante des impératifs du contrôle de gestion.
Reste à savoir si le groupe EADS-Airbus est une entreprise ou
une quasi-administration vivant essentiellement de commandes publiques
et gérée comme une régie autonome de la collectivité publique nommée
" Palais de l'Elysée " plutôt que comme une société cotée faisant
partie du CAC 40.
Toujours l'exception française ! 26
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