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Risques politiques et risques économiques.
La France dans un monde de plus en plus interdépendant en 2006.

Dans un monde de plus en plus difficile, avec la guerre d'Irak, la crise pétrolière, la croissance asiatique et le boum des matières premières qu'elle engendre, un certain nombre de grands pays industriels sont tentés par le retour au protectionnisme.
On voit poindre ici ou là des réactions nationalistes.
En France, c'est ce qui s'est produit avec Danone et Alsthom.
Le vote contre la constitution européenne participe en bonne partie d'un tel réflexe.

Et pourtant, on voit bien que dans une économie de plus en plus interdépendante, la solution est celle des réseaux, des alliances, des grandes unités commerciales plutôt que celle du nationalisme.

L'année 2006 sera plus que jamais celle des risques.
Risques politiques :
- Avec l'Afghanistan et le Pakistan où rien n'est terminé. Ben Ladden court toujours et les masses populaires fanatisées de ces deux pays restent une menace qu'aucune méthode de guerre classique ne peut faire reculer durablement.
- Avec l'Irak, la Syrie qui en constitue l'arrière-pays, et l'Iran qui profite de la situation pour pousser les feux du nucléaire.
- Avec la Chine et Taiwan qui n'ont pas trouvé de solution d'apaisement durable et la Corée du Nord qui en profite pour jouer entre les Etats-Unis et la Chine.
- Avec la Russie et ses anciens satellites, l'Ukraine gravement menacée, la Biélorussie sous dictature ubuesque, le Kazakhstan et les Républiques pétrolières, fragilisés par la concurrence américano-russe.
- Avec l'Asie du sud-est où les minorités islamiques montrent une grande capacité de nuisance en Malaisie, aux Philippines et en Indonésie.
- Avec le Venezuela qui va tenter de réunir les populations indiennes susceptibles de venir au pouvoir comme en Bolivie, en Colombie, au Pérou ou ailleurs.
- Avec l'Afrique où les conflits tribaux sont loin de s'apaiser (Soudan, Somalie, Côte d'Ivoire) et où les populations musulmanes, catholiques et protestantes se heurtent sur fond d'intérêts pétroliers dans le Golf de Guinée et au Nigeria.

Le monde ne sera certainement pas plus tranquille en 2006 qu'en 2005 et peut même, localement, s'embraser sur fonds de risque pétrolier considérable. "


Risques économiques
Le mensuel " Enjeux Les Echos " a consacré son numéro de janvier 2006 au thème :
" Pourquoi les économistes se trompent presque toujours ?"

L'exemple pris par ce mensuel, entre autre, est celui des prévisions établies en France pour le taux de croissance de l'année 2003.
Cet exemple est particulièrement intéressant dans la mesure où jusqu'à fin 2003, et encore, jusqu'à fin 2004, les chiffres ont varié de façon considérable d'un trimestre à l'autre passant, en gros, de 0,2 à 3 %, ce qui représente tout de même un écart de 1 à 15 !!!
Fin 2002, un accord assez général était établi sur une base de 2,5 à 3 %.
A l'arrivée, le bilan s'est établi à 0,9 %.
Gageons qu'en 2006, on aura beaucoup de mal à y voir clair avant la fin de l'année car notre croissance dépend d'un très grand nombre de facteurs :
- Le prix du pétrole.
Rappelons que, partant de 30 dollars le baril (moyenne de l'année 2000), celui-ci a atteint quelques jours 70 dollars le baril, il était redescendu autour de 50 dollars avant l'élection du président iranien.
Il remonte aujourd'hui, mais pour aller jusqu'où ?
A 75 dollars, beaucoup d'énergies renouvelables deviennent rentables, notamment les bio-carburants et l'éolien.
Déjà le charbon se développe avec un pétrole à 60 dollars.
La recherche et l'investissement énergétique vont se développer très fortement en 2006. A suivre.

- Le prix des matières premières. Le boom asiatique, et particulièrement chinois, a touché presque toutes les matières premières.
Un autre facteur va s'y ajouter : les changements profonds dans l'industrie chimique ou le principe de précaution développé en Europe va modifier la nature des produits utilisés.
-La Chine a réellement fait son entrée de grande puissance sur le marché mondial en 2005.
Elle détient une part essentielle des bons du trésor américain, elle a amorcé la réévaluation de sa monnaie.
Elle a corrigé sa comptabilité nationale pour mieux l'adapter aux comparaisons mondiales.
Elle fait preuve d'un volontarisme forcené appuyé sur des salaires de subsistance et une dictature sociale ne laissant place à aucun syndicalisme... et à aucun progrès pour les masses populaires.
Jusqu'où ira-t-elle ?
Son système bancaire comporte une masse de créances irrécupérables ;
son développement ne tient aucun compte de l'écologie, la rentabilité de ses entreprises est très difficile à évaluer. Son système dictatorial ne permet aucun contrôle.
Prévoir le développement du pays à moyen terme est une gageure.

-L'Inde est théoriquement plus facile à évaluer mais une Inde entrepreneuriale, moderne, concurrentielle, cohabite avec une Inde rurale, des provinces misérables, un système de castes et un système religieux peu compatibles avec la concurrence mondiale.

-Le Japon, riche mais stagnant depuis plus de dix ans, semble aujourd'hui repartir, prouvant ainsi qu'un seul homme, volontaire, décidé et compétent peut remettre un pays en route.
La bourse de Tokyo, stabilisée en hausse autour de 35 000 points, a chuté en dessous de 7 000.
En deux ans, le nouveau gouvernement de M. Koizumi a procédé à plusieurs réformes radicales, assaini le système bancaire, relancé l'économie.
La bourse est remontée à plus de 14 000 points et, surtout, la croissance est de retour.

-En Allemagne, le chancelier Schroeder avait courageusement entrepris les réformes que la France se refuse à engager depuis quinze ans.
La nouvelle coalition va faire taire pendant quelques années les batailles politiciennes entre la gauche et la droite. C'est une chance inespérée pour continuer à réformer le pays en profondeur.
L'opinion ne s'y trompe pas et l'économie repart, dopée par une opinion collective favorable.

-Les pays de l'Est européen, nouveaux adhérents de l'Union, vont profiter à plein cette année du nouveau budget européen qui leur est favorable mais bien plus encore de bonnes politiques économiques et fiscales qui attirent chez eux nombre d'investisseurs étrangers. C'est la zone mondiale qui va le plus bénéficier d'investissements directs en 2006 avec la Chine.

-Les Etats-Unis sont l'exemple même de la difficulté de prévoir.
La quasi-totalité des experts sensibles aux graves déficits budgétaires et commerciaux des Etats-Unis, entraînés aussi par un anti-américanisme généralisé avaient prévu la chute du dollar et la fin de la croissance en 2005.
Or le dollar a regagné 16 % par rapport à l'euro tandis que la croissance reste immuable entre 3,5 et 4 % depuis cinq ans.

Ce sont tous ces mouvements qui devront avoir un effet positif ou négatif sur l'économie française en 2006, beaucoup plus que la politique intérieure conduite par notre Gouvernement.
Cela ne veut pas dire bien entendu qu'il ne faut pas accompagner et de préférence influencer le mouvement de l'économie mondiale.
Il y faudrait pour cela une très forte volonté comparable à celle du président japonais. Elle n'est pas encore au rendez-vous.