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Apprendre
à lire l'économie : l'épargne des Américains
Article de Jean-Pierre Chevallier.
L'épargne des Américains est considérable, et pourtant tout le
monde dit que leur taux d'épargne est quasiment nul. Pourquoi
?
Un minimum de réflexion s'impose…
L'épargne est par définition la part des
revenus qui n'est pas immédiatement dépensée.
Elle est destinée à financer en particulier une consommation différée
(pendant la retraite) et des investissements (immobiliers).
Or certaines de ces fonctions sont assurées par d'autres moyens.
Il en est ainsi des pensions de retraite (par répartition) qui sont
financées aux Etats-Unis par des impôts sur les salaires au taux
de 12,5 %. Ces déductions… imposées devraient être analysées
comme une épargne.
Il en est de même pour les placements dans les fonds de pension,
les compléments de pension financés par les entreprises pour leurs
anciens salariés et les acquisitions par les salariés d'actions
de leur société dans le cadre de leur compte défiscalisé et abondé
401(k).
Tous ces placements ne sont pas comptabilisés dans le taux d'épargne
publié.
Par ailleurs, les ménages américains n'attendent pas d'avoir épargné
toute leur vie pour acheter la maison de leurs rêves : ils empruntent
dès qu'ils sont installés, si bien que la part de leurs revenus
qu'ils consacrent mensuellement au remboursement de ce capital immobilier
en cours de constitution devrait être analysée comme une épargne
et non pas comme une dépense courante (en prestations financières).
Il en est de même pour ce qui concerne les placements des ménages
directement en valeurs mobilières. Constituer un capital financier
devrait être considéré comme une épargne.
Le taux d'épargne des ménages américains
est faible en apparence car les statistiques n'enregistrent comme
épargne que la seule part du revenu des ménages supplémentaire qu'ils
ne dépensent pas immédiatement et qu'ils gardent temporairement
sur leurs comptes bancaires ou dans une caisse d'épargne.
Ainsi par exemple, après avoir été payés, les salariés
américains règlent leurs dépenses courantes et gardent pendant 2
ou 3 semaines sur leurs comptes bancaires des dollars excédentaires.
Ensuite, au moment de recevoir leur paie suivante, les ménages placent
cet argent supplémentaire disponible dont ils n'ont pas immédiatement
besoin sur leurs comptes d'épargne.
Ce sont ces seuls placements supplémentaires qui sont enregistrés
en tant qu'épargne dans les statistiques américaines pour définir
le taux d'épargne.
Or cette forme d'épargne n'est qu'une partie des revenus non
dépensés, donc de l'épargne réelle des Américains dont le montant
global est considérable.
D'ailleurs, le problème essentiel qui se pose aux Etats-Unis n'est
pas celui d'un taux d'épargne qui serait trop faible, mais d'une
surabondance de l'épargne placée sur des comptes dans les caisses
d'épargne. Ces capitaux sont mal placés car ils ne peuvent pas financer
pleinement et directement les besoins des entreprises et des administrations.
Leur rentabilité est donc faible.
Comme l'augmentation de cette forme d'épargne est potentiellement
inflationniste, (car elle est intégrée dans la masse monétaire)
il est important que ce taux d'épargne apparent soit faible, ce
qui signifie que les ménages placent préférentiellement et avantageusement
leur revenus non dépensés sous d'autres formes plus productives.
Avec $ 9 000 milliards dans des fonds de
pension, $ 9 000 milliards en bien immobiliers, $ 6 000 milliards
en valeurs mobilières directement détenues, $ 6 000 milliards sur
des comptes d'épargne ou assimilés, $ 3 000 milliards dans des fonds
mutuels, le taux d'épargne à zéro des Américains n'est pas angoissant…
Microsoft a payé en décembre dernier $ 25 milliards de dividendes
exceptionnels aux ménages américains, ce qui a fait remonter le
taux d'épargne de 0,5 % à 1,3 % !
Les Américains ont viré quelques semaines plus tard ces dollars
dans les caisses d'épargne en attendant un autre placement plus
rémunérateur en valeurs mobilières.
Jean-Pierre Chevallier
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