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Retrouver la croissance.
de Claude Fouquet.

Depuis dix ans, notre taux de croissance, c'est-à-dire le rythme de création de richesse n'est que la moitié du taux américain ou britannique, et notre chômage est deux fois plus élevé, il faut relancer la croissance. Tout le monde et d'accord ; mais comment ?
Deux remèdes sont souvent proposés : de grands investissements publics et une politique monétaire différente.


Faux remèdes :
les investissements productifs ne peuvent venir que des entreprises et non de l'Etat.

Ce dernier peut certes lancer de grands travaux d¹infrastructures : autoroutes, TGV, canaux, recherche fonctionnarisée où l'on cherche jusqu¹à 60 ans, même si l'on ne trouve jamais rien.
Mais cela augmente la dépense publique. Or, cette dernière dépasse chez nous plus de la moitié du produit national, la proportion la plus élevée de tous les grands pays industriels. Et cela ne ferait qu'augmenter notre dette publique déjà énorme, plus de mille milliards d'euros, pour laquelle il faut payer chaque année des intérêts équivalent au total du budget de la Défense.


L'autre remède serait, dit-on, de laisser filer la monnaie.
La politique du franc fort de M. Trichet, quand il était à la tête de la Banque de France, aurait été calamiteuse.
Depuis qu¹il est à la tête de la BCE c'est celle de l'euro fort.
Pourtant, le taux à court terme de la BCE n¹est que de 2%.
Ce taux n'influence d'ailleurs que les emprunts à court terme.
Les taux longs auxquels empruntent les entrepreneurs, pour investir, embaucher et créer les richesses de demain, dépendent du marché.
Malheureusement ils augmentent dès que la dette publique se gonfle et que l'inflation menace, et à cela la BCE ne peut rien.

Une politique d'euro faible ne ferait que saper la confiance dans la monnaie européenne et aurait pour résultat de décourager l'investissement et de ralentir la croissance.
S'il suffisait d'augmenter la dépense publique et l'inflation pour doper la croissance, l'Argentine et le Brésil seraient les pays les plus riches du monde.
L'Allemagne des années vingt a connu une grande inflation qui l'a ruinée et a amené Hitler au pouvoir.


Keynesianisme vulgaire
les avocats de ces politiques invoquent les idées de John Maynard Keynes, grand économiste dont la pensée complexe s'est modifiée à l'occasion du crash boursier de 1929 et de la crise économique qu'il a engendrée.
Cette crise était due à la politique erronée des gouvernements d'alors, qui n'a fait qu'aggraver les choses.
La crise boursière de 2000, presque aussi forte que celle de 1929, n'a pas eu les mêmes conséquences désastreuses, car on n'a pas choisi la déflation, mais une politique monétaire modérée.
La leçon de Keynes avait été retenue.
Il y a malheureusement un keynésianisme vulgaire, comme il y a un marxisme vulgaire.
Cela consiste à croire qu'en toute circonstance dépense publique accrue et monnaie faible favorisent la croissance.
Il n'en est rien. Il a fallu inventer un mot pour décrire le résultat de ce pseudo-keynésianisme : stagflation. On a à la fois stagnation et inflation.
L'inflation détruit une fonction fondamentale de la monnaie : réservoir de valeur.
Anticipant les conséquences des déficits publics et du laxisme de la banque centrale, les acteurs économiques anticipent la dépréciation de la monnaie et cessent d'investir et d'embaucher.

Augmenter les fonctionnaires
ceux qui défilent pour demander au gouvernement de " créer du pouvoir d'achat ", en augmentant les dépenses publiques et notamment la paye des fonctionnaires, feront croître non pas la richesse produite mais les déficits.

L'Etat ne peut pas créer de pouvoir d'achat, mais en revanche il peut le détruire.
Pas plus qu'un particulier il ne peut durablement dépenser plus qu¹il ne gagne.
Pour augmenter les fonctionnaires il doit, soit augmenter les impôts, soit augmenter les déficits.
Dans les deux cas il décourage le travail et l'investissent et donc lacroissance.


Les remèdes ne sont pas là. Ils ne sont pas dans des artifices conjoncturels, mais dans des réformes structurelles qui encouragent le travail, la création d'entreprises performantes et donc d'emplois productifs, pas des emplois de fonctionnaires payés sur les impôts de ceux qui inventent, créent des entreprises et des emplois ou produisent des marchandises et des services marchands.
Des réformes comme celles qu'ont lancées au début des années 80 le président Reagan aux Etats-Unis et Mme Thatcher en Angleterre.
Cette dernière, avec beaucoup de courage, a bravé des grèves massives paralysantes et des manifestations monstres. Elle a brisé le pouvoir de la rue et montré que l'agitation syndicale ne pouvait avoir raison d'un pouvoir démocratique élu à la majorité et remettre en cause le résultat d'élections générales.

Aux Etats-Unis, Reagan a révoqué sans pension des contrôleurs aériens qui refusaient la réquisition les obligeant à assurer le service public.

Pour relancer la croissance chez nous il faut simultanément baisser les impôts et la dépense publique.

Il y a beaucoup d'économies à faire dans les dépenses de l'Etat, des collectivités locales et de la Sécurité sociale. Il est urgent de supprimer l'ISF qui rapporte très peu, mais chasse de notre pays les créateurs d¹entreprise et les investisseurs.

Si trois Français sur quatre souhaitent que leurs enfants soient fonctionnaires, c¹est bien parce qu¹ils considèrent ces derniers comme des privilégiés.
Après avoir réduit leur temps de travail, faut-il donc encore augmenter leur salaire et leur nombre ?
Ils sont en France plus nombreux qu'ailleurs, et en moyenne mieux payés que dans le privé, alors que c¹est le contraire ailleurs.
Les Suisses ont même supprimé le statut de la fonction publique. Il n'y a plus là-bas, dans la plupart des cantons, que des contrats privés.


Pourquoi pas la gauche ?
Ces réformes de structure la droite n'a pas eu le courage de les faire dès qu'elle est arrivée au pouvoir. Il est trop tard maintenant.
Malheureusement elles devront attendre 2007.

Alors le nouveau pouvoir, de droite ou de gauche, devra agir vite et montrer que les urnes sont plus fortes que la rue.

Logiquement l'incapacité de la droite à réformer en profondeur devrait faciliter le retour de la gauche au pouvoir.
Peut-être celle-ci sera-t-elle mieux armée pour imposer les réformes indispensables.
En Angleterre le New Labour de Tony Blair a bénéficié des réformes faites par Mme Thatcher.
En France ce sera plus difficile, car presque tout reste à faire.
La gauche au pouvoir devra convaincre l'opinion et affronter les syndicats, en montrant qu'ils ne sont guère représentatifs et cherchent surtout en réalité à défendre des minorités nanties du secteur public contre les intérêts du plus grand nombre.
Elle aura besoin d'idées à appliquer rapidement.
Le bon sens et le progrès se trouvent aussi bien à gauche qu'à droite. Personne n'en a le monopole.

Claude FOUQUET