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La
croissance économique aux U.S.A. : Tout est normal
Un de nos correspondants et ami Jean-Pierre Chevalier a adressé
à Héritage&Progrès
un texte sur les dernières évolutions de la politique économique
américaine.
Nous pensons qu'il met bien en valeur les fondements essentiels
de cette politique et nous le reproduisons intégralement.
" Alan Greenspan et les membres du FOMC ont fait une erreur
en augmentant les taux de la Fed à 2 %, au dessus du niveau de l'inflation
qui se situe aux alentours de 1,5 %. La croissance du PIB au 3°
trimestre 2004 est de 3,9 %, c'est à dire à un niveau normal
qui résulte des caractéristiques de la situation monétaire qui
prévalait 6 mois plus tôt avec un taux de la Fed qui était alors
à 1 % (donc à son juste niveau, à la limite faiblement accommodant).
Il aurait été préférable de maintenir le taux de base de la Fed
au niveau de l'inflation pour que la croissance se poursuive normalement…
Malheureusement, les membres du FOMC sont trop imprégnés de la crainte
de l'inflation qu'ils ont combattue pendant plusieurs décennies
pour admettre le maintien d'un taux neutre au niveau de l'inflation
qui est maintenant très faible, à 1,5 %.
Ils ont trop fortement relevé ce taux au risque de réduire la croissance
du PIB qui peut chuter rapidement et dangereusement car l'économie
américaine est très réactive.
Heureusement, elle est quand même très forte et très dynamique…
et paradoxalement de moins en moins dépendante des taux d'intérêts
dans la mesure où beaucoup d'entreprises disposent maintenant de
trésoreries considérables grâce à la restauration de leurs bénéfices
: $ 3 000 milliards (visibles dans l'agrégat M3-M2) sont
disponibles pour financer leurs investissements. Ainsi par exemple,
la trésorerie de Microsoft est supérieure à $ 60 milliards !
Actuellement, le problème majeur des Américains n'est pas celui
qui est posé par les déficits, mais par l'excès de capitaux disponibles
qui ne sont pas placés au mieux de leur rentabilité.
Les $ 60 milliards de trésorerie dormante de Microsoft font plonger
la rentabilité de ces capitaux.
Il en est de même (dans une moindre proportion !) dans la plupart
des autres entreprises.
De plus, les ménages disposent de $ 5 000 milliards en épargne
qu'ils ne peuvent pas placer ni investir là où leur rentabilité
serait optimale, c'est à dire dans des projets innovants et rentables.
Ainsi, la croissance du PIB n'atteint pas son potentiel optimal.
Alan Greenspan est déjà intervenu avec succès pour inciter les
entreprises à distribuer davantage de dividendes.
Par ailleurs, beaucoup d'entre elles rachètent une partie de leurs
propres actions, ce qui permet d'éponger ces excédents de trésorerie,
de restaurer des ratios élevés de rentabilité des capitaux investis
et de renforcer leur situation financière.
Les conseillers économiques du président Bush, en bons vieux
Reaganomics, développent le principe des comptes d'épargne d'assurances
santé et de retraite défiscalisés dont l'intérêt est subsidiairement
de réorienter une partie de l'épargne des ménages vers des placements
non monétaires qui permettent de financer les besoins des entreprises
(en actions et obligations) et des administrations (en
bons du Trésor).
Le relèvement intempestif des taux de la Fed et l'importance
du déficit de l'Etat ont pour conséquence de propulser les taux
longs à des niveaux trop élevés, au dessus de 4,0 % qui les
rendent trop attractifs (en termes réels) au détriment des placements
productifs en actions dont les cours demeurent sous évalués (avec
des PER aux alentours de 17 soit un EPR de 6 % environ).
L'écart entre les taux longs et courts, supérieur à 200 points
de base annonce la poursuite d'une croissance élevée avec une anticipation
de 6 mois.
Les emplois des entrepreneurs individuels dans leur propre
entreprise se maintiennent dans les 8 millions.
Les créations d'emplois dans les grandes entreprises sont relativement
peu nombreuses car les gains de productivité y sont élevés.
483 000 emplois ont été créés au total en octobre aux Etats-Unis
et plus de 140 millions de personnes travaillaient au 1° novembre
2004. C'est un record historique !
La croissance, légèrement inférieure à son potentiel optimal à cause
des taux de la Fed, se maintient à un niveau élevé au 4° trimestre
comme le confirment les indices précurseurs (à 3 mois) que sont
ceux de l'ISM.
Tout est normal, c'est à dire que tous les indicateurs sont concordants
: la croissance est élevée et durable… aux Etats-Unis, compte tenu
des aléas. "
J.P. Chevalier
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