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Le rapport de la commission présidée par Monsieur M. Camdessus

Les premiers ministres et les ministres de premier rang (finances, justice, intérieur, défense, affaires étrangères, travail) demandent souvent à des personnalités de la société civile connues pour leur très grande compétence des rapports sur les sujets jugés prioritaires. Ces rapports sont trop nombreux, trop peu souvent suivis d'effet pour que leur durée de vie dépasse quelques mois, voire quelques semaines.

Dans les cinquante dernières années pourtant, deux rapports ont marqué les esprits : Le rapport Rueff-Armand sur les obstacles à l'expansion économique, le rapport Nora-Minc sur l'informatisation de la société. Le rapport Camdessus devrait être l'un des rares à résister au temps car sa qualité est exceptionnelle.

L'accueil fait à ce rapport par la presse française est un peu désolant. D'abord les articles qui en ont rendu compte ont tous été groupés sur les 20 et 21 octobre. Pratiquement aucun journal important n'est revenu sur ce document. Ensuite, les comptes-rendus qui en ont été faits montrent à l'évidence que la majorité des journalistes ont lu la conclusion et les titres de certains chapitres sans aller plus loin. C'est ainsi que Monsieur Camdessus a reçu une volée de bois vert de journalistes économiques dont la suffisance n'a d'égale que l'incompétence, ces deux défauts étant en tout état de cause noyés dans le " politiquement correct ".

Monsieur Camdessus ne pouvait qu'avoir tort puisque il reprend des idées de bon sens qualifiées hélas de " libérales " :
- la croissance a beaucoup faibli depuis 12 ans,
- les Français, globalement, ne travaillent pas assez,
- regardons ailleurs où de très bonnes réformes de l'Etat ou du marché du travail ont été faites (Canada, Royaume-Uni, Danemark, Suède),
- l'Etat est beaucoup trop lourd et il faut réduire les prélèvements publics d'au moins cinq points,
- l'école ne remplit pas sa mission,
- il ne faut pas protéger les emplois mais les personnes,
- plutôt que d'augmenter régulièrement le SMIC il vaut mieux réformer la prime pour l'emploi,
- il faut adapter la législation du travail et notamment les types de contrat...

La paresse aidant, on se demande vraiment si plus de 10 journalistes ont lu ce rapport qui fait tout de même 160 pages, plus une quarantaine de pages d'annexes. Car il est vrai que ce qui est énoncé ci-dessus est bien écrit mais avec tant de nuances, de commentaires, de pistes pour trouver de bonnes méthodes de réformes que l'on peut faire dire à une proposition une chose et son contraire.

Le style même de Monsieur Camdessus et de nombreux membres de sa commission fait que de très nombreux points du rapport sont extrêmement progressistes et témoignent beaucoup plus d'une réflexion libre que d'une réflexion libérale. Par exemple :
- une taxation spécifique des entreprises qui licencient,
- la participation des salariés au conseil de surveillance des entreprises,
- la transparence sur la rémunération des dirigeants,
- la généralisation d'un contrat de travail unique à durée indéterminée,
- la création de nouvelles catégories d'heures supplémentaires sans suppression des 35 heures.

Dix autres propositions intéressantes sont émises dans ce rapport mais surtout les quatre premiers chapitres témoignent d'une réflexion en profondeur qu'un journaliste digne de ce nom devrait au moins s'imposer de comprendre.

Voilà un rapport solide, pertinent, riche en propositions réalistes dont l'efficacité a été démontrée dans d'autres pays. Qu'il soit à dominante libérale ou sociale démocrate n'a vraiment aucune importance, sauf pour quelques fondamentalistes du marxisme ou du libéralisme. Monsieur Camdessus nous fournit un guide pour des actions dont nous sommes encore bien éloignés. Il est vraiment désolant de voir ce rapport enterré à peine écrit parce que le politiquement correct l'a dénoncé sans même l'avoir lu... Que le Premier Ministre et les principaux dirigeants politiques ne l'aient même pas évoqué parce que Nicolas Sarkozy l'avait commandé et en avait dit le plus grand bien montre dans quel état de déshérence est tombée la politique française. Triste presse, triste politique, triste époque....