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Le niveau de vie augmente-t-il
ou non ?
Alain Madelin avait lancé, il y a une vingtaine d'années,
une formule qui avait fait mouche dans toute la société française,
celle de l'ascenseur social.
Cette image était forte et vraie. Entre 1950 et 1975, l'ascenseur
social avait bien fonctionné, la progression des salaires était
forte, les enfants faisaient des études et accédaient à des responsabilités
inconnues de leurs parents, les équipements collectifs et sociaux
poussaient comme des champignons, le nombre de logements neufs construits
passait de 110 000 dans les années 1951/53 à 540 000 en 72/74.
Cette évolution n'empêchait ni les insatisfactions, ni les grèves,
ni des agitations sectorielles nombreuses mais la population sentait
bien, intuitivement, que la société progressait et qu'il n'était
guère possible de faire mieux. C'est d'ailleurs pourquoi le mouvement
de Mai 68 n'a guère pu s'étendre au-delà de Paris, du monde étudiant
et des petites structures d'extrême gauche. Le 30 juin 1968, la
France se retrouvait après la dissolution de l'Assemblée Nationale
avec une majorité de droite de près de 60 %.
Après le premier choc pétrolier de 1974 et plus encore après le
second en 1980, les choses ont changé. Moins d'ailleurs en raison
de la hausse des prix du baril qu'en raison des mauvaises politiques
appliquées dans l'ensemble des pays européens où les Etats ont cru
qu'il était dans leur rôle de lutter par des mesures dirigistes
contre la crise ; ce qui a conduit un peu partout à passer d'un
niveau de prélèvement public voisin de 35 % du PIB à environ 40
à 45 %.
Dans le rapport remis par monsieur CAMDESSUS à Nicolas SARKOZY,
il est indiqué que le taux de croissance moyen du PIB sur les
treize dernières années (1990-2003), a été voisin de 1,3 % ce
qui contraste évidemment avec les taux de croissance de 4 à 5 %
enregistrés avant les chocs pétroliers. Que ce soit dans les bonnes
années où l'on a approché les 3 % ou dans les mauvaises où l'on
est entre 0 et 1, il reste que la population ne ressent pratiquement
aucune progression de son niveau de vie. A-t-elle tort a-t-elle
raison ?
Michel-Edouard Leclerc affirme qu'elle a raison à partir d'un travail
extrêmement sérieux réalisé par le Bureau d'informations et de préventions
économiques (B.I.P.E.).
Nous pensons aussi qu'elle a raison mais en ajoutant à la démonstration
du B.I.P.E. quatre éléments d'une très grande importance que les
analystes, assez curieusement, n'évoquent pratiquement jamais :
1 - La mesure du P.I.B. est
beaucoup plus difficile qu'on ne le pense et ne fait pas l'unanimité.
2 - L'accroissement perpétuel des exigences
dû aux réglementations et aux normes françaises et européennes provoque
une hausse des prix incontrôlée.
3 - En dehors même des prélèvements
publics qui mangent une partie des hausses de revenus, certaines
dépenses quasi obligatoires dépendent de monopoles ou d'oligopoles
qui augmentent leurs prix plus que l'indice général.
4 - L'innovation technologique et la
pression marketing imposent de nouvelles consommations.
On reviendra rapidement sur chacun de ces quatre points :
1) Mesure du P.I.B. Il existe
trois grandes façons de mesurer le P.I.B. d'un pays et les résultats
de ces trois mesures ne sont pas identiques : - la mesure par la
production - la mesure par la consommation - un cocktail des deux
destiné à éviter les biais des deux premiers. Prenons un exemple
simple. Si le P.I.B. est mesuré par l'augmentation de la production,
la mise en œuvre d'un nouvel équipement lourd par l'EDF provoque
une hausse du P.I.B., par exemple, de 0, 0,5 %. Si le P.I.B. est
mesuré par l'augmentation de la consommation et si tous les ménages
français laissaient leurs ampoules électriques et leurs appareils
ménagers allumés toute l'année, le P.I.B. augmenterait bien davantage,
par exemple de 0,1 voire 0,15 %.
Une troisième méthode consiste à établir une moyenne plus ou moins
pondérée des deux premières. Cet exemple évidemment un peu simple
a le grand mérite de montrer que la mesure du P.I.B.... n'est pas
simple !
2) Réglementation et normalisation.
Le patron d'un bureau de contrôle confiait récemment à l'auteur
de ces lignes qu'il regardait avec gourmandise le Journal officiel
français et davantage encore le Journal officiel des communautés
européennes pour y guetter toutes les nouvelles réglementations
qui lui garantissaient une augmentation de son chiffre d'affaires
aussi régulière qu'importante. En cinquante ans, pas une seule
mesure qui risquait de le désavantager mais, chaque année, au moins
une nouvelle mesure qui exige des consommateurs, des producteurs
et des maîtres d'ouvrages d'importantes dépenses supplémentaires.
Un bon bricoleur savait hier remettre en état l'installation électrique
ou la plomberie d'un vieil appartement acheté bon marché pour le
rénover. Impossible aujourd'hui car l'EDF refusera de poser un nouveau
compteur électrique si toutes les normes n'ont pas été respectées.
Un mécanicien indépendant travailleur et astucieux réparait jadis
votre voiture pour une somme limitée. Impossible aujourd'hui de
le faire dans des automobiles où l'informatique est partout et dont
les pièces détachées sont vendues, par définition, à un prix de
monopole.
Mais c'est surtout dans l'industrie que le principe de précaution,
les exigences de sécurité, les normes environnementales renchérissent
constamment les prix. Et c'est, bien sûr, le consommateur final
qui paye. A cet égard, l'Europe est une véritable machine à alourdir
les prix.
3) Des dépenses quasi obligatoires gérées
par des monopoles.
Votre abonnement téléphonique ? Un monopole.
Votre facture d'électricité ? Un monopole.
Votre compteur d'eau ou de gaz ? Un monopole.
Votre redevance télé ? Un monopole.
Votre banque ? Un oligopole mais trouvez donc aujourd'hui une banque
dont les tarifs seraient radicalement différents et qui accepterait
de vous donner une rémunération sur votre compte courant ?
Et si vous êtes en retard pour vos impôts, vos cotisations sociales,
votre retraite ou tout autre versement obligatoire, existe-il un
moyen de négocier les pénalités ? Oui en apparence, non dans la
réalité.
Ceci est l'aspect le plus apparent de l'iceberg mais, dans un
pays où 55 % de la dépense est d'origine publique, les lois du marché
s'appliquent finalement à une minorité de produits. Et quelques
cartels puissants diminuent encore la réalité de la concurrence.
4) Innovation technologique et marketing.
Les technologies de communication ont évoluées de façon
extraordinaire en dix ans de temps sans pour autant que les dépenses
classiques ne puissent diminuer, automobile, logement, alimentation,
ameublement, etc...
L'ordinateur individuel n'avait pas encore pénétré dans les foyers
il y a dix ans. Internet n'équipait que 1 % des familles
il y a huit ans. 37 millions de téléphones portables sont en
activité aujourd'hui, 0 il y a huit ans. Le haut débit sur Internet
n'est apparu qu'il y a 18 mois et équipe aujourd'hui plus de 15
% des foyers. Le CD a remplacé le vinyle il y a 10 ans. Il
est déjà en train de disparaître au profit du DVD. Dix autres
innovations se développent en même temps dans ce vaste domaine de
la communication.
Bien sûr dira-t-on, les gens raisonnables pourraient restreindre
l'emploi de ces nouveaux équipements. Mais notre société " shootée
" au marketing et à la publicité permet-elle encore aux plus faibles
de faire des choix ? Il n'y a plus guère que les économistes
ultra-libéraux (Dieu sait si nous n'aimons pas ce terme) pour
penser que l'homo-economicus est un homme rationnel.
Suggérons à l'INSEE, au B.I.P.E. ou au C.E.R.C. (Centre d'études
des revenus et des coûts) de travailler en profondeur sur ces quatre
sujets qui expliquent sans doute pour une bonne part le scepticisme
des Français sur l'augmentation de leur niveau de vie.
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