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Investir ou dépenser ?

L'un de nos membres et amis, Jean-Louis Caccomo publie sur Internet une chronique quasi-quotidienne intitulée " Chronique de résistance ". Il nous a semblé utile de reproduire une de ses récentes chroniques, très représentative des différences de psychologie sociale profondes entre la France et les Etats-Unis :

Investir ou dépenser
Alors que je passai devant le tableau d'affichage des emplois de temps de la faculté de lettres, j'entendis le propos spontanément sorti de la bouche d'une étudiante : " Cela fait plus d'un an et demi que je ne me suis pas levée à 8h du matin, comment veux-tu que j'aille en cours si tôt ? ". Ce propos interpellait d'emblée l'économiste, le contribuable et le père que je suis, d'autant que je sortais du service de la scolarité où j'ai dû affronter la colère de quelques étudiants boursiers. En effet, ces derniers étaient scandalisés par la progression des frais d'inscription qui étaient passés… de moins de 1 euro l'année dernière à 5 euro aujourd'hui. Ces étudiants, dont le loyer est pris en charge par les allocations, n'acceptent même plus l'idée de devoir payer 5 euro pour s'inscrire dans notre université. C'est dire toute la valeur qu'ils accordent à leurs études. Pourtant, la plupart sont étrangers et ne bénéficieraient en aucune manière de conditions équivalentes et aussi généreuses dans leur propre pays.

Tel est bien là le poison de la générosité officielle : plus l'Etat-providence donne et moins les individus sont disposés à donner alors même qu'ils seront toujours plus exigeants. Croit-on réellement que le contribuable investit ainsi dans sa jeunesse via l'impôt et la dépense publique ? L'impôt est toujours une forme de spoliation tandis que la dépense publique un pur gaspillage. Car l'investissement est un acte volontaire, privé et fondé sur un calcul économique alors que la dépense publique est une décision administrative, collective et justifiée par des calculs politiques dont l'efficacité est invérifiable.

Par le biais de l'acte volontaire, privé et intéressé (dans le bon sens du terme), l'université de Harvard dispose d'un fond représentant 19 milliards de dollars. Par le biais de l'impôt obligatoire et la redistribution administrative de cette recette fiscale, l'ensemble des universités publiques de France se voit attribuer une enveloppe représentant un montant de 9 milliards d'euro, soit la moitié du budget de Harvard. Et la fondation Nobel, créée et alimentée par des fonds privés, finance un prix qui fait courir et rêver la plupart des scientifiques de la planète. Dire que les manuels officiels d'économie, au lycée comme à l'université, continuent de nous réciter le refrain surréaliste selon lequel l'Etat se voit obliger d'investir dans l'éducation, la formation et la recherche sinon ces domaines seraient totalement délaissés par l'initiative privée dont la seule motivation est le profit immédiat…Les étudiants répèteront docilement ces contre-vérités qui ont l'apparence de la connaissance.
Jean-Louis Caccomo, le 19 octobre 2004