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Violences urbaines, politique de la ville, intégration des immigrés anciens ou récents : un nouveau rôle pour la société civile et les entreprises.

I - Politique de la ville, la crise est toujours là. Les solutions actuelles sont très insuffisantes

L'accumulation de textes, de procédures, de programmes et d'action, le financement souvent mal contrôlé de centaines d'associations de prévention, d'animation, d'accompagnement, d'aides, les grandes opérations de rénovation urbaine, n'ont guère permis de soigner en profondeur le mal des banlieues.
Les émeutes urbaines d'octobre/novembre 2005 n'ont été que la manifestation paroxystique d'une situation qui se dégrade de façon continue depuis trente ans.

Pour répondre aux graves questions de l'intégration des immigrés récents, des Français de seconde génération, des populations de cultures très différentes, il faut qu'un effort commun extrêmement vigoureux soit conduit par l'ensemble du pays et beaucoup plus par la société civile - la population et les entreprises - que par la société politique et l'Etat. L'Etat en effet ne peut sans doute guère aller au-delà de ce qui a été fait jusqu'à présent :

La police a montré les limites de son efficacité. Elle ne changera pas de politique en quelques mois.
Ses effectifs sont souvent trop jeunes et insuffisamment formés.
Les oppositions qui se sont développées entre elle et la population ne régresseront pas rapidement.

La justice n'a pas de ligne stratégique cohérente.
Entre " sociologisme ", compassion, sécurité et répression, elle reste en tout état de cause dotée de moyens très insuffisants.

L'école fait souvent fonction de garderie, parfois à hauts risques, en attendant que les éléments les plus difficiles atteignent seize ans.
Une réforme totale de l'enseignement secondaire serait nécessaire avec une véritable autonomie des établissements, une totale liberté non seulement de gestion mais aussi de programmes et un changement radical de stratégie pour les 14/18 ans. Une telle révolution est improbable.

Enfin, l'appareil public chargé de l'aide à l'emploi s'avère largement inefficace.
Il n'a pas de culture d'entreprise et pas d'incitation réelle à réussir, ni à faire réussir.

Les jeunes, particulièrement les enfants d'immigrés maghrébins et africains, sont frappés de plein fouet par la crise économique, l'inadéquation entre leur formation et les besoins de l'entreprise, la prévention des entrepreneurs face à des candidats qui n'ont pas les bonnes origines, ne sortent pas du bon quartier, etc.
Plus que d'argent, ils auraient besoin d'interlocuteurs adultes, crédibles et responsables, qui ne les " dépanneraient " pas en cannabis, qui n'assureraient pas leur fuite quand ils sont recherchés mais les pousseraient au travail par de multiples moyens.
Parmi les travailleurs sociaux et éducatifs, ceux qui tentent de faire bouger la situation se heurtent à un fonctionnement bureaucratique qui exige des mois d'instruction, d'analyse, d'appels d'offres, avant qu'un projet puisse trouver son financement et démarrer. C'est ce fonctionnement bureaucratique, qui conduit de nombreux services éducatifs à ouvrir de neuf heures à midi et de quatorze à dix-sept heures, alors que l'on aurait besoin d'éducateurs et de lieux sportifs, ludiques et culturels ouverts de 16 à 22 heures.


II - La société civile et les chefs d'entreprise doivent prendre la tête de la lutte contre la violence
Pour la tranquillité de toute la population, pour la vie économique et sociale, la violence a des conséquences catastrophiques.
Elle nuit bien sûr à l'ambiance sociale générale, mais elle engendre, de plus, des coûts directs et indirects très lourds pour l'entreprise.
Dans nombre de pays étrangers, ces coûts sont mesurés non seulement par l'Etat, mais aussi par les chefs d'entreprise et les grandes associations de la société civile qui, de ce fait, s'attachent davantage à la lutte contre l'insécurité. C'est cette mesure des coûts considérables pour la Nation qui a conduit un très grand nombre d'entreprises des Etats-Unis, d'Angleterre et de l'Europe du Nord à se saisir des problèmes de la violence, de l'intégration et des banlieues pour s'impliquer dans la vie sociale du pays.
En France même, un grand nombre d'élus de nos agglomérations urbaines ont cherché à développer des expériences et des formules nouvelles. Des réussites existent. Nombreuses. Il faut déjà les faire connaître et les valoriser. Nous ne voulons pas les nommer ici mais tous ceux qui travaillent sur ce sujet savent qu'au moins une vingtaine de maires sont connus pour un dévouement exemplaire au service de ces quartiers difficiles, pour les moyens et surtout les méthodes novatrices qu'ils ont mis en place.
Il faut aussi regarder de près les grandes réussites des entreprises américaines et européennes dans ce domaine : Morgan-Stanley, MacDonald, la Fondation Ford et le groupe " Yum ! " (Kentucky Fried Chicken, Pizza Hut, Taco bell).
En France même, quelques grandes entreprises ont réfléchi et commencent à travailler dans ce domaine.
Il faut recenser leur succès et surtout les associer aux actions publiques et locales, voire leur donner un rôle dirigeant dans un certain nombre d'actions qu'elles sont parfois mieux à même d'animer et de gérer.


III - Des solutions existent, il faut les mettre en place !
Des solutions de moyen-terme : les chantiers de l'espoir.
Détruire des tours, découper des barres, aménager des espaces, repeindre des immeubles est une bien faible solution à des problèmes autrement plus graves.
D'ailleurs, les habitants sont souvent très attachés à leur quartier et la destruction n'est pas toujours la meilleure méthode. D'autant que l'on ne parvient pratiquement jamais à reconstruire autant qu'on ne détruit.
Enfin, ces rénovations, strictement localisées, contribuent rarement à refaire une agglomération réellement unifiée.
On a développé aux Etats-Unis une formule qui s'est depuis répandue dans une dizaine d'autres pays et qui semble excellente : les youth builders (chantiers de l'espoir). Il s'agit à la fois d'aider des jeunes ou des adultes à acquérir une expérience professionnelle dans le bâtiment et aussi de faire participer les habitants à la rénovation de leur immeuble et de leur quartier.
Ce n'est pas un budget de rénovation que l'on donne aux organismes H.L.M., ni un budget financier que l'on donne à la ville.
Ce sont des matériaux, du conseil et de l'encadrement que l'on fournit aux habitants et particulièrement aux jeunes pour qu'ils fassent le travail eux-mêmes.
Cela est souvent complété aux Etats-Unis par un système de micro-crédit, d'exonération des charges et d'accompagnement des jeunes entrepreneurs pour profiter de cette expérience en provoquant la création d'artisans et de petites entreprises dans un secteur qui s'y prête bien.

Des solutions de long-terme : la réforme scolaire, l'enseignement par l'alternance, l'intégration de l'entreprise dans l'information et dans la formation.
Des dizaines d'exemples pourraient être pris ici pour montrer qu'en France, dans quelques écoles expérimentales, à l'étranger dans des centaines de cas, l'école peut fonctionner autrement.
- Enseignement à mi-temps de matières générales et de matières professionnelles : menuiserie, plomberie, maçonnerie etc...
- Enseignement à mi-temps d'activités artistiques : musique, théâtre cinéma, peinture etc...
- Professeurs ne venant pas de l'éducation nationale mais ayant une bonne expérience d'animation de groupes dans l'entreprise : chefs de chantier, responsables d'équipe de vente, animateurs de réseaux d'assurance et de financement.
- Création d'ateliers pour faire découvrir aux jeunes l'intérêt et la bonne méthode pour créer leur entreprise.
- Tutorat d'entreprise pour certaines classes, voire même pour certaines écoles (Grande-Bretagne).
- Valorisation des langues de l'immigration.
Ce n'est pas en donnant davantage d'argent aux collèges et aux lycées situés en ZEP qu'on fera avancer le problème de l'intégration.
C'est au contraire en donnant une totale autonomie aux directeurs de collèges, en les laissant libre de leurs recrutements (et de leurs salaires), en valorisant au maximum leur réussite, en favorisant le passage entre les écoles de quartier et les grands lycées de centre-ville que l'on permettra vraiment aux jeunes des banlieues d'entrer dans la vie sociale et dans la vie professionnelle.

Les modes d'intégration au travail (affirmative action).
De très nombreuses mesures peuvent être imitées des Etats-Unis dans le cadre de " l'affirmative action ".
Ces mesures concernent quasiment tous les domaines de l'emploi :
l'organisation de l'ANPE et des missions locales pour l'emploi,
l'incitation positive des entreprises à l'engagement de catégories sociales et ethniques en difficulté,
les contrats publics etc...
L'interdiction, en France, de classifier et de compter les types de population peut être facilement tournée dans le cadre des bilans sociaux d'entreprises.
Il faut bien reconnaître la très grande réussite de ces programmes aux Etats-Unis. Lire à ce sujet le livre " Pour débloquer la société française ", Georges de Ménil, Ed. Odile Jacob, janvier 2007, 234 pages, 22 euros.
On y trouvera, écrit par ce franco-américain qui connaît parfaitement les forces et faiblesses des deux pays, une excellente comparaison de la politique de la ville et des banlieues en France et en Amérique.
Voir aussi Jacques Donzelot " Faire société, la politique de la ville aux Etats-Unis et en France " (Ed. du Seuil, 2003) et une excellente thèse de Mme Fiori-Khayat " Les politiques de lutte contre la récidive chez les mineurs délinquants " (comparaison France et Etats-Unis).

IV - Conseil scientifique
Un conseil scientifique constitué par Héritage&progrès animera ce groupe de travail.
Il comprendra une vingtaine de responsables dont les fonctions actuelles sont connues, mais dont nous ne communiquons pas les noms aujourd'hui car plusieurs d'entre eux sont tenus par un devoir de réserve ou devraient obtenir des autorisations hiérarchiques.
Ce conseil ne sera pas sollicité pour des actions directes ni même pour parrainer ces actions.
Il a essentiellement pour fonction et pour but de bien éclairer l'équipe opérationnelle avant le démarrage de ces travaux.
La condition du succès est de très bien connaître les problèmes de terrain tels qu'ils seront analysés et retransmis par les élus et les membres de ce conseil :
- Des députés, des maires élus de communes et de zones géographiques comportant des ZUS importantes.
- Des chefs d'entreprise : transport, B.T.P., services, industrie, banque.
- Des directeurs d'établissements d'enseignement : collèges et lycées en ZEP.
- Des juges ayant une double expérience de la jeunesse et d'un tribunal de grande instance.
- Des commissaires de police.
- Des éducateurs-animateurs.
- Des assistantes sociales.
- Des animateurs/entraîneurs/responsables d'équipements sportifs.
- Des sociétés d'out placement.
- Un(e) spécialiste de la politique de la ville et responsable du groupe
- le Président d'Héritage&Progrès.


V - Actions prioritaires
Pour être immédiatement efficace, il faut choisir deux à trois zones géographiques et commencer à réfléchir sur elles, étudier les possibilités réelles de travail et, peut-être en choisir deux seulement pour un travail expérimental.
Ces deux zones pourraient être d'une part une ville moyenne (de 25 à 40 000 habitants), d'autre part une cité de la région parisienne relativement autonome et éloignée d'autres cités pour pouvoir mesurer exactement l'impact des actions que nous y mènerons.
Dans ces deux zones, la tâche prioritaire sera d'établir un diagnostic des principales questions qui se posent et de réaliser un " annuaire " ou un " recensement " des organismes qui travaillent sur cette zone, des actions en cours, des échecs enregistrés et des méthodes des différents acteurs.
Ce premier travail permettra de regrouper les responsables intéressés autour des élus et de leur exposer les méthodes qui pourront présider à l'action des entreprises.
Les entreprises participeront dès l'origine à ce premier travail. C'est avec elles, les élus et le conseil scientifique qu'on déterminera les moyens d'action à mettre en œuvre.

La seconde étape sera totalement opérationnelle.
Il ne s'agit surtout pas de réaliser le énième dossier et le énième rapport sur le sujet mais de travailler dans tous les domaines une zone géographique et une population pour la remettre dans le fil de la vie sociale commune :
- amélioration du système scolaire local,
- amélioration des loisirs des jeunes,
- amélioration de l'emploi,
amélioration du quartier allant de l'ingénierie urbaine, aux travaux et à la gestion des immeubles, etc...

La première réunion du groupe de travail et du conseil scientifique aura lieu mi-octobre.
Les travaux préliminaires s'étaleront de novembre à mars.
La phase opérationnelle débutera après les élections municipales de mars 2008.