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Livres de sociologie


Modernité et Holocauste - Zygmunt Bauman

Editions Complexe- septembre 2008 - 295 pages - 13,50 euros

Nous avons déjà rendu compte de plusieurs ouvrages de Zygmunt Bauman, notamment " L'amour liquide.
De la fragilité des liens entre les hommes " et " La vie liquide ".
Cet ouvrage a suscité une foule de discussions entre philosophes et sociologues et particulièrement dans le monde juif. Il va en quelque sorte à l'encontre de la tendance à l'exaltation morale, de la souffrance juive et du caractère exceptionnel et irréductible de la shoah.
Il démontre que les camps de concentration sont une application et une extension du système industriel moderne,
que les criminels nazis sont des personnalités ordinaires saisies par la dynamique du processus bureaucratique de l'extermination.
L'analyse de Bauman peut s'appliquer de la même manière à l'élimination rigoureuse et systématique de la noblesse, de la bourgeoisie, des koulaks, de nombreuses minorités nationales, des intellectuels cosmopolites...
Attention, la critique de Bauman pourrait passer pour une critique systématique de la civilisation industrielle et managériale occidentale. Il n'en est rien.
Bauman montre que l'holocauste n'a rien à voir avec une conséquence fatale de la modernité mais simplement qu'il n'aurait pu avoir lieu sans cette culture et cette méthode du management, de l'organisation rationnelle du travail,
de la bureaucratie et du monopole étatique de la violence. 50

L'île aux cannibales - Nicolas Werth

Editions Perrin, Collection Tempus - novembre 2008 - 241 pages - 8 euros

Après l'exemple nazi traité par Bauman, le livre de Nicolas Werth nous replonge dans l'univers communiste qui, durant les mêmes années, aboutit aux mêmes ravages.
A l'intérieur du " plan grandiose " élaboré par Iagoda pour déporter 2 millions de koulaks et d'éléments antisoviétiques en Sibérie et au Kazakhstan, la déportation de 6 000 personnes sur une petite île de l'Ob (l'un des deux plus grands fleuves de Sibérie), rappelle que l'horreur humaine n'a pas de limite.
Ces 6 000 personnes ont été débarquées sur l'île de Nazino, dénommée par les habitants des villages environnants
" l'île aux cannibales ".
Cet îlot désertique, long de 3 kilomètres et large de 600 mètres, a reçu en trois jours 6 000 personnes qui, non seulement n'avaient rien emporté, mais ne trouvèrent sur place aucun outil, aucun matériel permettant de construire le moindre abri.
En quelques semaines la plupart sont morts de faim ou de maladie, et ceux qui ont résisté se sont transformés en anthropophages.
Cette histoire effarante, comme celle de la Kolyma et de beaucoup d'autres, est aujourd'hui connue parce que, en URSS, comme dans toutes les sociétés bureaucratiques modernes - ce que rappelle Bauman - les archives existent et sont très souvent retrouvées.
C'est ainsi qu'après soixante ans de silence l'île aux cannibales se rappelle à nous, à une époque où, en Russie, le responsable de l'association Memorial est enlevé et battu à mort par les services de Poutine. 50


La tyrannie de la pénitence. Essai sur le masochisme occidental - Pascal Bruckner

Editions Le Livre de Poche - novembre 2008 - 244 pages - 6 euros

Nous avions beaucoup aimé du même auteur " Le sanglot de l'homme blanc ".
Tout y était dit sur la théorie non de la pénitence, comme dans ce livre, mais du remord.
La livraison en poche de cet ouvrage publié d'abord en 2006 reprend les thèmes déjà abordés par cet auteur mais il n'est pas inutile de les répéter et même de les marteler.
Non, notre société européenne n'est pas coupable des guerres de religion, de la traite des noirs, du fascisme, du communisme et du reste !!!
La France en général, et les Nations occidentales en particulier, ont, comme toutes les civilisations asiatiques, arabes, africaines commis des massacres, des actes d'extrêmes sauvageries et ont connu de façon quasi permanente les théocraties et les dictatures.
Mais la supériorité évidente des Nations européennes est qu'elles ont fait l'effort de surmonter leur barbarie et de s'en affranchir.
" L'Europe ayant solidement renoué le lien transatlantique constitue l'un des rares espaces sur cette planète où quelque chose d'absolument d'inédit se passe sans que ses membres en aient même conscience tant le miracle semble aller de soi.
Au-delà de l'imprécation et de l'apologie, il faut dire notre émerveillement d'habiter dans ce continent et dans nul autre.
L'Europe, boussole morale de la planète, a désappris l'ivresse de la conquête, acquis le sens de la fragilité des affaires humaines... Il faut qu'elle n'ait pas peur de pointer l'ennemi du doigt, de conjoindre la fermeté à l'égard des régimes avec la générosité à l'égard des peuples.
Bref, qu'elle renoue simplement avec la richesse subversive de ses idées, la vitalité de ses principes fondateurs.
"
50


Moralement correct - Jean Sévillia

Editions Perrin - Collection Tempus - août 2008 - 211 pages - 8 euros

Cet ouvrage de Jean Sévillia est dans la droite ligne de trois livres dont nous avons déjà rendu compte, et notamment du dernier " Historiquement correct ".
Pour un think tank comme le nôtre, qui a choisi de mettre dans son titre " Héritage ", c'est un plaisir de lire :
" La culture de référence, naguère, était nourrie par la pensée gréco-romaine et par le patrimoine philosophique, littéraire, artistique, esthétique, moral et spirituel de 1 500 ans de civilisation européenne.
Ce modèle était porteur d'une vision de l'homme comme être doté d'une nature immuable, doué d'intelligence, et appelé à trouver un équilibre entre le sens et la raison.
Depuis les années 1960, cet idéal a cessé d'être la norme : une époque qui prétendait faire du passé table rase, qui prônait le plaisir sans entraves, qui permettait la jouissance de l'immédiat et qui invitait l'individu à être lui-même ne pouvait s'accommoder d'un modèle qui posait des critères objectifs du beau, du bien et du vrai...
Le phénomène remonte loin.
On peut en voir le prodrome dans le geste du peintre Duchamp exposant en 1917 un urinoir en le baptisant fontaine. Dès lors qu'un objet trivial accédait au rang d'objet d'art la porte était ouverte au relativisme.
Etait décrété beau ce que tout un chacun, artiste ou pas, considérait comme tel...
Le relativisme culturel n'est pas inoffensif.
Une société méprisant ou reniant son héritage, ayant perdu sa boussole, erre à l'aveugle.
Incapable de reconnaître ses propres valeurs, elle ne s'aime plus.
Dans l'abandon progressif des humanités classiques et l'adoption des formes nouvelles d'apprentissage de l'histoire et des lettres, Pierre Nora voit un suicide identitaire.
" (P. Nora " La pensée réchauffée ", Ed. du Seuil, 2005) 50


Joëlle Kuntz -: L'histoire suisse en un clin d'œil

Ed. Zoé, novembre 2006, 185 pages petit format, illustrations, 17 euros.

Voici un petit livre remarquable comme nous les aimons : petit format et non pas 185 pages, comme il est indiqué, mais guère plus de 70 car les illustrations sont nombreuses, les sauts de pages et les blancs aèrent beaucoup le texte.
Si nous recommandons particulièrement ce livre c'est d'abord parce qu'il traite d'un sujet passionnant dans le même esprit que celui de Montesquieu dans Les lettres persanes :
Comment peut-on être Suisse ?

Voici un pays d'une rare pauvreté.
Au XVIIe et au XVIIIe siècle une agriculture limitée par la géographie et le climat n'a jamais permis à sa population d'en vivre.
Durant plusieurs siècles, les Suisses n'ont vécu que de la force de leurs bras, vendus à toutes les monarchies européennes et constituant les corps d'élites de leurs troupes.
Voici ensuite un pays qui a su résister à la Révolution, à Napoléon, à ses voisins tentés d'absorber des cantons et des populations proches.
Voici un pays uni malgré ses trois langues et deux religions antagonistes, ne disposant d'aucune matière première et devenu l'un des plus riches du monde à force d'énergie, de courage, de spécialisation.
Il est quelque peu facile de souligner qu'il reçoit depuis soixante ans et plus des dépôts financiers considérables de toute l'Europe. Explication qui n'en est pas une. Une masse de dépôts mal gérés peut provoquer aussi bien l'inflation que la stagnation ou le développement.
Et l'Angleterre a longtemps, elle aussi, attiré l'argent du monde.
Voici surtout un pays qui, chose étrange pour nous, ne fait pratiquement pas de politique, possède de nombreux partis sans vocation et sans doctrine, n'a pas de président et dont l'Etat, totalement décentralisé, est un des plus fédéraux du monde.
L'Etat suisse a un gouvernement de sept membres, élus par le Parlement, mais à partir d'élections cantonales et sur la base d'un compromis permanent qui n'a guère évolué depuis 200 ans.
Le fondement de la vie politique suisse c'est le respect absolu de l'autonomie cantonale qui possède le pouvoir budgétaire et fiscal et accorde à la confédération des pouvoirs limités et contrôlés.
Le referendum d'initiative fédérale, cantonale ou populaire y est omniprésent et peu importe que la participation soit souvent faible. Elle est faible pour tous.
La Suisse n'a pas voulu adhérer ni à l'Europe, ni à la S.D.N., ni à l'O.N.U. qu'elle n'a rejoint qu'en 2002 " du bout des lèvres ".
On y trouve pourtant le plus grand nombre d'institutions internationales et le siège de l'O.M.C.
Ce modèle de démocratie, le plus souvent ignoré et très souvent raillé, mérite que l'on s'y arrête. Car c'est lui qui fait la richesse de ce pays... cent fois plus que ses banques. 37
Samuel P. Huntington - Qui sommes-nous ? Identité Nationale et choc des cultures
Ed. Odile Jacob, 400 pages, 25 euros.

La question de l'identité américaine est au cœur de l'ouvrage d'Huntington, qui s'est surtout fait connaître il y a une dizaine d'années, par " Le choc des civilisations ".
Le 11 septembre a ravivé aux Etats-Unis un certain patriotisme. Mais ce renouveau ne sera durable que si l'identité américaine, très forte au XVIIIème et au XIXème siècle, est bien identifiée, maintenue et renouvelée malgré une immigration extrêmement forte et principalement hispanique.
Professeur à l'Université d'Harvard, Huntington est un formidable connaisseur de l'identité américaine.
Lorsqu'on l'a lu, il faut bien dire qu'Alexandre Adler et son " Odyssée américaine " paraissent un peu verbeux et bien généralistes.
Pour comprendre les Etats-Unis d'aujourd'hui, Huntington est indispensable.27

Jean-François Kesler - Les hauts fonctionnaires, la politique et l'argent

Ed. Albin Michel, 315 pages, 20 euros.

Jean-François Kesler, déjà auteur de trois ouvrages socio-politiques sur l'administration et l'ENA vient de publier un quatrième livre sur le sujet centré cette fois sur la politisation de la fonction publique et ses rapports avec l'argent. Son livre est une mine d'informations et il faut en recommander particulièrement les premiers chapitres (la IIIe République et Vichy), mais aussi, de la résistance à la libération et à la IVe République avant l'arrivée du Général de Gaulle.
Ce sont les deux cents premières pages de cet ouvrage, la partie historique, qui nous ont semblé les plus intéressantes, peut-être parce qu'elle sont aussi les plus éloignées et qu'il est toujours très instructif de plonger dans le passé qui explique bien souvent d'où l'on vient.
Les pages sur Vichy sont particulièrement cruelles mais Jean-François Kesler n'a pas voulu les souligner de façon trop forte.
Enarque lui-même, il n'était sans doute pas désireux de trop nuire à ses pairs, mais les seuls faits qu'il relate de cette époque laissent stupéfait.
Sait-on que François Bloch-Lainé, a été fait aryen d'honneur par le maréchal Pétain car, n'ayant qu'un grand parent juif sur quatre, il a pu échapper à l'étoile jaune.
Sait-on que le Conseil d'Etat a accepté sans la moindre hésitation de juger en fonction d'un nouveau code législatif, celui relatif à la question juive, code en fonction duquel il a admis les critères de reconnaissance des juifs et prononcé près d'une centaine de jugements pour apprécier l'appartenance à la race juive.
Sait-on que les 120 membres du Conseil d'Etat ont accepté d'exclure 17 d'entre eux sans provoquer de remous particulier.

La lâcheté humaine a peu de limites.
L'ouvrage de J-F. Kesler le rappelle et beaucoup de noms qu'il évoque montrent que la continuité reste beaucoup plus forte que le changement dans la haute fonction publique française. 25
Annie Léchenet - Jefferson-Madison, un débat sur la République
P.U.F., Collection philosophie, 127 pages, juillet 2003.

Un excellent petit livre comme on les aime : bref, bien écrit, plein de citations qui permettent de connaître vraiment les idées des deux amis - adversaires et de comprendre le grand débat constitutionnel américain.
Pour le citoyen de ce pays la constitution est aussi sacrée que la Bible en Israël.
C'est en lisant ce petit livre que l'on comprend les formidables enjeux d'une vraie constitution démocratique.
Le débat n'a pas vieilli.
Si nos dirigeants pouvaient y consacrer quelques journées de réflexion !!! 20

Raymond Boudon - Tocqueville aujourd'hui

Editions Odile Jacob, 300 pages, mai 2005.

Rassurez-vous. Ecrit large, pages petit format, 270 pages lorsqu'on retire références et table des matières !!!
Boudon est l'intelligence même.
Il fait partie de ces rares auteurs comme Simon Leys, François Georges, François Fejtö, Stephan Todorov où l'on est sûr de découvrir au détour d'une page cette réflexion qui en un éclair découvre un nouvel horizon.
Son livre sur Tocqueville n'est pas le plus facile car il aborde le sujet comme on l'a rarement fait en analysant le Tocqueville sociologue.
Comme les grands fondateurs de cette discipline, Emile Durkheim et Max Weber, Tocqueville a su traiter les problèmes sociaux, religieux, politiques, ethnographiques qui le passionnaient avec le recul nécessaire pour s'abstraire de ses propres sentiments, poser des hypothèses et les vérifier par une recherche quasi scientifique.
Un excellent livre de méthode. 20

Serge Paugam - Les formes élémentaires de la pauvreté

P.U.F., 275 pages, mars 2005.

S. Paugam est aujourd'hui le meilleur spécialiste des questions relatives à la pauvreté, à la précarité et à l'exclusion sociale.
Il travaille sur ce sujet depuis plus de 15 ans à travers notamment un laboratoire du CNRS à l'Ecole des études en sciences sociales.
Cet ouvrage est précédé par une dizaine d'autres publications dont les deux principales sont " Le salarié de la précarité " (P.U.F., 2000) et " La société française et ses pauvres " (P.U.F., 1993, mise à jour en 2002).

Ce dernier ouvrage est plus méthodologique que les précédents.
La première partie est consacrée aux fondements de la sociologie de la pauvreté (Tocqueville, Marx et Simmel),
la seconde à des recherches comparatives sur le sujet notamment dans plusieurs pays européens.

C'est ainsi un des rares ouvrages où l'on trouve toute une série de comparaisons tirées d'études européennes et portant aussi bien sur les pays de l'Europe du Nord que sur ceux, plus ruraux et plus récemment développés, de l'Europe du sud.
Pour qui veut approfondir ces sujets, Serge Paugam est rigoureusement indispensable. 20
Jules Monnerot- Le tome III de la " Sociologie du communisme"
Editions du Trident, 300 pages, 1er trimestre 2005, 20 euros.

Nous avons rendu compte en son temps des deux premiers volumes de cet ouvrage.
Il s'agit sans aucun doute de l'analyse la plus complète, la plus approfondie, la plus pertinente du mouvement communiste.

A lire et à relire si l'on veut comprendre la philosophie essentielle de cette religion séculière, plus meurtrière que les guerres de religions des siècles précédents.
Michel Laval - L'homme sans concessions : Arthur Koestler et son siècle
Editions Calmann-Lévy, 700 pages, avril 2005, 25 euros.

C'est un formidable livre qu'a écrit M. Laval en suivant la vie d'Arthur Koestler, un des plus grands penseurs du XXème siècle dont il a voulu être l'acteur ardent de 1926 à 1956, année où il a dit adieu à la politique.

Ce n'est pas le moindre paradoxe de ce penseur, moraliste, écrivain engagé que d'avoir quitté à 50 ans une vie hyperactive, en fusion avec tous les problèmes de son temps pour s'adonner à une recherche sur les raisons de la folie de l'homme jusqu'en 1983, où il se suicida vers la fin d'une grave maladie.
Car M. Laval ne nous en voudra pas de dire qu'il a plutôt écrit un livre sur le siècle, un siècle vécu sur un mode très passionnel par Arthur Koestler plutôt qu'un livre sur l'écrivain lui-même.

A peu près rien sur les quatre femmes qui ont partagé sa vie et sur les autres... .
A peu près rien sur ses rapports d'amitié et de proximité avec presque tous les grands hommes du siècle.
Peu d'explications sur ses dépressions chroniques, ses passages à l'alcool, ses tentations de disparaître et surtout, quasiment rien sur ses vingt-cinq dernières années. Or celles-ci sont importantes dans la vie car c'est en général après 50 ans que les hommes ont la capacité de prendre du recul sur leur vie et sur leur temps.
C'est l'âge qu'a choisi Arthur Koestler pour cesser presque toute activité sociale et sortir de son temps pour travailler à une réflexion sur l'homme, son esprit, sa créativité, sa pathologie, ses cultures, ses religions, les processus conscients et inconscients qui commandent les vices de construction et les déficiences de l'humanité. Sur toute cette période : 15 pages !!! Mais on pardonne beaucoup à M. Laval, car la description qu'il fait de cette effroyable époque, de 1925 (triomphe de Staline, montée des fascismes et de l'antisémitisme) à 1958 (la publication du rapport secret de Nikita Kroutchev ouvre enfin les yeux à quelques-uns) est écrite comme un formidable roman d'épouvante où des millions de personnages sont broyés par des mécaniques qui, aujourd'hui, échappent presque à l'entendement humain.

1917/1930 : révolution, contre-révolution et terreur en U.R.S.S., désastreuse après-guerre en Allemagne, organisation de la dictature en URSS, assassinat et ouverture des camps pour tous les opposants.
1925/1930 : montée du fascisme dans toute l'Europe, développement de l'antisémitisme et des pogromes, premiers départs importants pour Israël. Koestler passe un an en Palestine puis adhère au communisme et devient officier traitant du Komintern dans les années trente. Instauration complète du totalitarisme et grands procès collectifs en URSS, élimination de neuf dirigeants de la première période révolutionnaire sur dix.
1935/1938 : Sauvagerie généralisée en Allemagne et en URSS, montée des dictatures.
Koestler rompt avec le communisme.
1936/1939 : Guerre d'Espagne, massacres dans et entre les deux camps :
Koestler journaliste militant est jeté en prison, frôle la mort et n'est sauvé que par une formidable pétition internationale.
1938/1939 : Abandon de toute résistance démocratique, Munich, pacte Hitler/Staline.
1939 : Drôle de guerre et ouverture en France d'une centaine de camps de prisonniers où l'on enferme sans aucune sélection Allemands parce qu'ils en ont la nationalité, Juifs réfugiés parce qu'ils sont allemands, réfugiés espagnols... parce qu'ils sont trop nombreux, apatrides... mais il y en a des dizaines de milliers dans cette Europe en folie.
Koestler reste quatre mois en prison.
1940/1942 : L'Allemagne conquiert le tiers de la planète en collaboration avec le Japon.
1942/1944 : Six millions de juifs assassinés, des millions de Russes mais aussi de Tziganes, d'handicapés, de malades, de noirs, d'anciens opposants massacrés. Désastreux accord de Yalta, disparition de Churchill et de Roosevelt de la scène politique, mainmise communiste sur tous les pays de l'Est et après une dernière résistance sur la Tchécoslovaquie. Publication en France en 1944 du livre " Le zéro et l'infini " qui deviendra un best-seller mondial. Le rideau de fer tombe sur l'Europe.
Koestler prend la tête du combat pour la liberté de l'esprit et la liberté politique.
1947/1948 : Plan Marshall et grandes grèves insurrectionnelles en France.
Naissance de l'Etat d'Israël et guerre avec la ligue arabe.
1949 : Victoire des communistes en Chine.
1950 : Guerre de Corée.
Koestler est sur tous les fronts et anime plusieurs associations et revues idéologiques pour faire barrage au communisme.
La révolte hongroise d'abord, le rapport Kroutchev deux ans après, commencent à ouvrir les yeux... au moins de ceux qui veulent voir.

En 1955, la guerre idéologique voit le reflux du communisme et l'équilibre de la terreur nucléaire freine les ambitions soviétiques. Koestler se retire du champ politique.

Cette effroyable époque qui s'est malgré tout prolongée jusqu'en 1990 est impossible à résumer comme nous l'avons fait ci-dessus sans évoquer - et c'est ce que fait parfaitement Michel Laval - les millions d'hommes tués, les destins personnels saccagés, l'incompréhension aujourd'hui générale devant la folie que peuvent engendrer les idéologies et l'abandon de la raison.

Ce livre est un des plus importants parus sur ce sujet depuis dix ans. Il faut le lire.

Patrick Fauconnier - La fabrique des " meilleurs " enquête sur une culture d'exclusion

Editions du Seuil, 282 pages, 20 euros.

Le titre de ce livre pourrait inquiéter : une fois encore critique de l'élitisme, critique des écoles grandes et moyennes et éloge de l'université... Eh bien pas du tout.

Malgré quelques figures imposées à un journaliste du Nouvel Observateur du type " regrets pour l'insuffisance des apports culturels ", l'ensemble de cet ouvrage est excellent et met partout " le doigt où ça fait mal ".

Eloge du système d'éducation américain,
éloge des pays où règne une véritable égalité des chances bien que l'Etat y protège moins l'individu qu'en France, éloge de l'indépendance des établissements scolaires,
éloge des réseaux associatifs de créateurs d'entreprises...et d'écoles,
éloge des écoles de la deuxième chance...

Il est temps de regarder en face certaines vérités et de cesser d'encenser bruyamment l'école comme l'ont fait Bayrou, Lang puis Fillon parce que cela flatte dans le sens du poil 1 200 000 fonctionnaires qui votent.

Pas une semaine sans l'annonce d'un observatoire, d'une instance de réflexion, d'un groupe d'études qui remet un mémoire, un rapport.
Alors que le plus grand défi des responsables n'est pas d'améliorer les choses mais d'oser les faire autrement. 16

Jules Monnerot- Sociologie du communisme, livre 1, L'Islam du XXème siècle
Editions du Trident, 190 pages, deuxième trimestre 2004.
Les livres 2 et 3 doivent paraître en janvier 2005.

Pourquoi rééditer aujourd'hui cet ouvrage de Jules Monnerot, publié pour la première fois en 1949, et réédité en 1963 et en 1978 ? Il semble que tout a déjà été dit sur les erreurs fondamentales de l'analyse marxiste et, plus encore, sur ses conséquences aussi dramatiques que le nazisme dans l'histoire de l'humanité. Rappelons simplement ici la somme publiée par un groupe d'historiens il y a quelques années : 100 millions de morts, le livre noir du communisme, (Stéphane Courtois, 1997).

Lorsqu'on relit Jules Monnerot, on y trouve une profondeur et une vigueur d'analyse qui n'ont pas vieilli et qui relèguent même des analyses plus récentes à un niveau très inférieur. Le rapprochement avec le développement de l'Islam, loin d'être artificiel, éclaire parfaitement le phénomène complexe du développement du communisme, à la fois idéologique, diplomatique, politique et… militaire.

Ce n'est pas le moindre mérite de Jules Monnerot que d'avoir prévu dès 1963 au moment de la seconde édition, que le communisme ne pouvait pas réussir et que, dans dix ou dans trente ans, la liberté l'emporterait.
C'est aussi un grand sujet de réflexion de penser que cet ouvrage qui est une véritable somme à la fois historique et scientifique sur le sujet n'a eu aucun succès en 1949 bien que l'auteur fut un sociologue de renommée internationale, fondateur du collège de sociologie avant la guerre de 1940 et résistant. Cela donne tout de même beaucoup à penser sur la qualité de la pensée dominante en France, à cette époque. Qu'en est-il aujourd'hui ? 12

Eric Maurin - Le ghetto français, enquête sur le séparatisme social
Editions du Seuil, 95 pages, octobre 2004.

Aujourd'hui près de 20 % des élèves sont dans une ZEP (zone d'éducation prioritaire) mais le surcroît de ressources pour chacun de ces élèves atteint à peine 10 %.
Mauvais ciblage, stigmatisation multipliée, surcroît de ressources très faible,
pas étonnant que les résultats soient très insuffisants.
Il faut changer de logique : aider les écoles en fonction non pas du territoire mais des publics qui les fréquentent et des progressions effectives des élèves.
Les Pays-Bas parviennent à multiplier par deux les ressources allouées en direction des enfants de familles pauvres ou immigrées et leur ciblage est dix fois plus performant que le nôtre.
Financer les écoles en fonction de leurs résultats ? Horresco referens (horrible allusion !!!). 12