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Livres
- Société
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Le lobby juif est-il
le plus puissant lobby des Etats-Unis ?
New York est-elle la plus grande ville juive du monde ?
L'axe Washington-Jérusalem domine-t-il la politique mondiale ?
Les Juifs américains - André Kaspi,
Editions Plo - , 313 pages - janvier 2008
- 23 euros
Pourquoi cet ouvrage ? D'abord parce que l'antisémitisme fait
bon ménage avec l'anti-américanisme,
cette psychopathie qui affecte la France comme un certain nombre
de pays européens.
" Si l'on plonge dans l'histoire des haines et des préjugés,
on observe que les deux antis sont associés depuis longtemps. La
preuve ? En 1927 André Siegfried publie " Les Etats-Unis d'aujourd'hui
".
L'auteur professeur à Sciences-Po et au Collège de France a formé
des générations d'étudiants.
Son ouvrage fait autorité. Il passe en revue les diverses facettes
d'un pays que les lecteurs des années 20 ne connaissent pas.
La première partie traite de la crise ethnique et religieuse du
peuple américain et Siegfried pose la question qui lui semble fondamentale
: Restera-t-il anglo-saxon et protestant ? Sa réponse est négative.
New York, écrit-il, n'est pas essentiellement une ville protestante.
La ville est envahie d'innombrables dactylographes au regard sombre
et au nez busqué. Dans les rues de L'East Side on croise des flots
pressés de levantins brunis ou d'Hébreux hirsutes, Juifs de synagogue
sortant du ghetto. Certes l'hirsute originaire d'un lointain ghetto
de l'Europe orientale s'est américanisé. Mais le Juif reste Juif.
Il oblige le Chrétien à le suivre dans une course épuisante. Il
le contraint à accepter et à perdre une lutte inégale sur le terrain
de l'intellectualité. L'Américain refuse que New York devienne une
nouvelle Jérusalem. Il se défend comme il le peut mais il a depuis
longtemps perdu et la bataille et la guerre. "
On est un peu confondu à la lecture de
ces propos mais, après tout, les plus grands écrivains, les plus
grands philosophes ont écrit tellement de sottises... ou d'horreurs
dans ce triste XIXe siècle de 1914 jusqu'à fin 1989.
Le titre même de l'ouvrage provoque en France l'étonnement, voire
la réprobation.
On le sait, le politiquement correct en France refuse les statistiques
ethniques, religieuses, nationales et, de façon générale, toutes
statistiques portant sur une population spécifique quelle qu'elle
soit.
Or le concept de " Juif " pose question en lui-même puisqu'il s'agit
en partie d'une religion, en partie d'un groupe de migrants dispersés
dans le monde entier après la conquête romaine, en partie d'une
ethnie arabe (ou arabo-persane).
Il faut baigner dans l'esprit de liberté
qui règne aux Etats-Unis pour ne pas se compliquer l'esprit et pour
traiter de cette question comme le fait Kaspi sur le simple plan
de la réalité : se définit comme Juif celui qui se
reconnaît comme tel non par la religion mais par une longue et douloureuse
histoire et son histoire personnelle.
C'est ainsi que diverses grandes associations comme " l'American
Jewish Committee " évaluent l'importance de la communauté juive
aux Etats-Unis entre 5,2 et 7,4 millions, l'estimation la plus récente
étant de l'ordre de 6 500 000, soit 2,4 % de la population américaine
en 2006.
C'est à partir des dénombrements des diverses
grandes associations que l'auteur analyse l'histoire des communautés
juives aux Etats-Unis dont le plus grand nombre provient d'une déferlante
migratoire dans les années 1880/1920.
La politique des quotas d'immigration arrête ce mouvement malgré
le développement de l'anti-sémitisme en Europe.
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les Juifs ayant survécu
à l'holocauste ont émigré beaucoup plus largement aux Etats-Unis
qu'en Israël, ce qui explique cette bipolarité entre les deux pays.
On ne détaillera pas davantage les conclusions de ce travail
remarquable qui permet de bien comprendre à la fois la mythologie
de l'anti-sémitisme appliqué à la politique américaine et la
réalité et le poids du lobby juif aux Etats-Unis qui est effectivement
important... mais beaucoup moins que celui du coton.
Citons encore les dernières lignes de conclusion de l'ouvrage :
" Les Juifs américains forment une communauté relativement heureuse,
peut-être même privilégiée, si on la compare à beaucoup d'autres
communautés juives dans le monde. Ils n'ont évidemment pas l'influence
que certains leur attribuent. Tenter de comprendre la complexité
des Etats-Unis, inciter au moins à la réflexion, surmonter les préjugés,
voici les principaux objectifs de ce livre... " 45
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Un regard tout à fait neuf sur les mafias du sud de l'Italie.
Un phénomène dont on s'aperçoit qu'il est presque inconnu car
il ne s'agit pas d'une ou deux organisations hiérarchisées et
militarisées, mais de dizaines de clans qui s'affrontent en permanence
avec une violence " primitive " pour le pouvoir.
Gomorra. Dans l'empire de la
Camorra - Roberto Saviano
Editions Gallimard - 357 pages - janvier
2008 - 21 euros
Ecrit par un journaliste qui s'est totalement immergé dans une
série de clans mafieux couvrant diverses zones du sud de l'Italie,
cet ouvrage est un témoignage extraordinaire sur la violence
effrénée qui caractérise la lutte entre des dizaines de clans
pour obtenir puis conserver le pouvoir, tantôt dans certains
secteurs géographiques, tantôt dans certains types d'activités,
tantôt dans certains secteurs de l'industrie ou des services.
Un point de départ : le port de Naples. 1 600 000 tonnes de marchandises
y transitent officiellement. 1 000 000 de tonnes supplémentaires
y entrent sans laisser de trace dont l'énorme majorité provient
de Chine.
Le procédé est simple : il s'agit d'accoster si vite, de décharger
si vite, de faire fonctionner une chaîne logistique si vite qu'en
deux ou trois heures de temps, la marchandise débarque et quitte
le port avant que les premiers contrôles et les premiers douaniers
n'aient même eu le temps d'opérer. On sait aussi faire ce
qu'il faut pour retarder l'inspection ou pour la cantonner :
" Les biens ont une grammaire et une syntaxe pour les formalités.
Ils en ont d'autres pour le commerce. "
Qu'il s'agisse des déchets, des grands marchés de travaux publics
(le TGV Naples-Rome), des grandes structures commerciales, du
commerce des armes, de la drogue mais aussi de toute la chaîne
du textile et du prêt-à-porter,
les familles et les clans sont partout.
Chacun tend à se spécialiser et à devenir " monopoliste " sur
son marché.
Mais un jour ou l'autre elle se heurtera à une autre famille qui
voudra développer son secteur et qui n'hésitera pas à l'attaquer
avec tous les moyens d'une violence sans limite. Il faut savoir
que certaines familles ont acheté des chars d'assaut en pièces
détachées en Allemagne de l'Est pour assurer leur domination...
45
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Thomas Friedman - La terre est plate, une brève histoire du XXIème
siècle
Editions
Saint-Simon, octobre 2006, 293 pages, 22 euros.
Un essai excitant et très accessible sur la mondialisation.
L'auteur, excellent journaliste, indique comment il est parvenu
à cette conclusion au sortir d'une réunion chez l'un des joyaux
de l'informatique indienne, Infosys Technologies.
Dans le campus ultramoderne de cette société - immeubles de verre
et d'acier, terrain de golf, restaurants, centre de remise en
forme, piscine, centre de conférence, écran géant accueillant
simultanément 40 images digitales - huit horloges indiquent l'heure
qu'il est sur la côte Ouest des Etats-Unis, sur la côte Est, à
Greenwich, en Inde, à Singapour, à Hong Kong, au Japon et en Australie.
C'est alors que le PDG d'Infosys prononce cette phrase :
" Tom, nous sommes en train d'aplatir
le terrain. Des pays comme l'Inde peuvent désormais entrer en
concurrence avec les Etats-Unis, et ce défi sera bon pour l'Europe
car il sera stimulant. "
En quittant le campus ce soir-là je ne peux m'empêcher de répéter
cette phrase
" Nous sommes en train d'aplatir le terrain ".
Qu'a-t-il voulu dire ? A force d'y réfléchir l'évidence finit
par me frapper : Bon sang, il est en train de me dire que la
terre est plate, que le monde est plat, aussi plat que cet écran
où il peut accueillir tous les membres de sa chaîne d'approvisionnement
et de travail... " 42
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Geneviève krick - Janine Reichstadt et Jean-Pierre Terrail - Apprendre
à Lire La Querelle des Méthodes
Ed. Gallimard - août 2007 - 125 pages -
13.50 euros
Gilles de Robien, Ministre de l'Education Nationale a fait connaître
en janvier 2006 sa décision de faire rétablir sa méthode syllabique
dans l'apprentissage de la lecture (cette méthode est symbolisée
par le livre de lecture BOSCHER qui, quasiment interdit par l'éducation
nationale, se vend toujours à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires
chaque année).
Face à lui, les tenants des méthodes dites mixtes, pratiquées
par l'immense majorité des maîtres et proposées par la plupart des
manuels ont élevé la plus vive protestation.
La polémique qui les a opposés apparaît de prime abord comme une
querelle d'experts.
Pourtant, s'il n'y avait là que de simples problèmes techniques,
l'ampleur prise par le débat, allant jusqu'au refus de masse des
enseignants d'obtempérer resterait incompréhensible.
Sans entrer dans un débat technique et quasiment philosophique sur
les méthodes éducatives, bornons nous à constater que, dans leur
grande majorité, les partisans des méthodes semi-globales s'affichent
clairement de gauche et socialistes tandis que les partisans des
méthodes syllabiques s'affichent conservateurs en refusant les étiquettes
de droite et de gauche.
Ils estiment que la méthode syllabique
en vigueur jusque dans les années 60 doit être conservée tout simplement
parce qu'elle fait ses preuves. Ils rejettent non seulement
les méthodes semi-globales mais les modes d'enseignement développés
par les IUFM .
C'est un très grand mérite de ce petit livre que de ramener la
querelle à un débat simple : quelles
sont les méthodes les plus efficaces.
Les auteurs sont tous trois d'excellents spécialistes des apprentissages
et de la lecture.
Deux d'entre eux connaissent bien en outre le problème des jeunes
en situation difficile et en échec scolaire.
Leur mérite - et il est considérable parce qu'ils se proclament
de gauche - est de conclure :
il n'y a pas de méthode de droite ou de gauche ; il n'y a qu'une
méthode clairement plus efficace que les autres : la syllabique.
39
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Pierre Manent - La raison des Nations
Ed. Gallimard Mars 2006, 97 pages, 11
euros,
Pierre Rosanvallon - La contre-démocratie
Ed. du Seuil 350 pages, 21 euros
Voici deux livres très complémentaires.
Leur objet est identique mais leurs méthodes tout à fait différentes.
Pierre Manent se borne à une réflexion fondamentale sur la
démocratie, son histoire, son évolution entre la recherche de
la liberté et celle de l'égalité, ses tendances récentes et très
divergentes aux Etats-Unis et en Europe.
On ne trouvera chez Manent aucune méthode pour améliorer la démocratie
mais des constats tirés d'une très forte réflexion.
Pierre Rosanvallon cherche au contraire à remédier à la désaffection
des citoyens à l'égard de la démocratie. Il analyse l'affaiblissement
des systèmes représentatifs et des légitimités électorales.
Pour y faire face, il propose des formes de résistance de la société
civile et notamment des procédures de blocage des décisions, de
recours plus fréquents aux tribunaux, d'appel aux référendums
d'initiative populaire au niveau local, comme au niveau central.
Pierre Rosanvallon, penseur de la nouvelle gauche et d'une
sociale-démocratie modernisée, a réalisé ici une étude très solide
sur laquelle il faut réfléchir car, que l'on soit de droite ou
de gauche, une analyse objective du mal fonctionnement des systèmes
démocratiques s'impose.
Ségolène Royal a puisé dans ce livre beaucoup d'idées. 29
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Philippe
Muray - L'empire du bien
Ed. Les Belles Lettres - Mars 2006, réédition,
172 pages, 14 euros
On ne résume pas Philippe Muray, il est d'ailleurs très difficile
à citer car la violence - justifiée - de sa pensée se manifeste
par un torrent de mots et de phrases, toutes liées les unes aux
autres :
" Dans notre pays des merveilles, le bien a non seulement recouvert
le mal mais plus encore il interdit que celui-ci soit écrit, ressenti
ou vu. Orwell ne s'est trompé que de peu. Seules les couleurs dramatiques
de sa prophétie lui ont fait rater la cible : le film-catastrophe
de l'avenir allait être rose pastel, voilà ce qu'il n'a pas deviné.
Mais sa novelangue, qui rend littéralement impossible le crime par
la pensée car il n'y aura plus de mots pour l'exprimer, est en train,
elle, de s'imposer... " 29
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Yazid
Sabeg et Laurence Méhaignerie - Les oubliés de l'égalité des chances
Ed. Hachette littératures, Coll. Pluriel,
313 pages, 9,20 euros.
L'Institut Montaigne, que préside Claude Bebear et qu'anime Philippe
Manière, a commandé à Laurence Méhaignerie et à une équipe qu'elle
a animée, un travail sur " Les oubliés de l'égalité des chances
", qui a donné naissance à un excellent rapport adapté et édité
aujourd'hui dans la collection Pluriel.
Ce rapport traite de toutes les dimensions de l'égalité des chances,
à partir de la diversité ethnique et religieuse, de l'immigration,
des cités-ghettos, de tous les problèmes de l'école et de l'éducation,
de la formation et de l'emploi.
Il s'agit là d'un document de travail très didactique qui a permis
d'aboutir à des propositions claires, dont il faut maintenant voir
comment elles seront reprises dans les campagnes électorales à venir.
La phrase d'Aristote, placée en tête du livre, en donne parfaitement
l'esprit : " La plus grande des injustice
est de traiter également des choses qui sont inégales. " 27
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Rapport 2006 du Conseil de l'Europe sur le respect effectif des
Droits de l'Homme en France
Ed. des Equateurs, février 2006, 270
pages.
La Commission des Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe a publié
en février 2006 un rapport très précis, très objectif, sur les
grandes questions relatives aux droits de l'homme :
- le fonctionnement de la justice,
- le système pénitentiaire,
- l'action de la police,
- la situation des étrangers,
- la délinquance des mineurs,
- les problèmes de racisme, d'antisémitisme et de lutte contre
les discriminations,
- la question des groupes les plus vulnérables.
C'est un travail extrêmement sérieux qui descend assez loin
dans le détail des situations traitées.
Il n'est malheureusement pas à l'honneur de la France.
Toutes les questions qu'il traite sont
généralement connues mais ce sont rigoureusement les mêmes que
l'on évoque depuis trente ans.
Les changements réguliers de majorité politique en France depuis
25 ans n'ont hélas rien amélioré.
Et pourtant ces questions sont fondamentales dans une société.
Si nos prisons n'ont aucune vocation à rééduquer mais aggravent
au contraire le comportement de ceux qui y entrent, elles fabriquent
de la criminalité supplémentaire au lieu de la réduire.
La situation à la sortie des prisons est également étonnante.
Le rapporteur indique, et naturellement déplore, que l'individu
qui bénéficiait initialement des minima sociaux, lors de sa sortie
de prison, perd ses droits aux allocations et aides sociales de
sorte qu'un grand nombre de personnes libérées se retrouvent complètement
démunies et privées de ressources.
L'ancien détenu risque de se retrouver dans une situation de détresse
humaine, d'isolement et sans moyen de subsistance, ce qui le pousse
vers la récidive...
Les propos du groupe d'enquête du Conseil de l'Europe sont aussi
particulièrement durs sur le comportement de la police et la difficulté
de lutter contre les violences policières alors que les plaintes
dans ce domaine ont augmenté de plus de 30 % entre 2003 et 2004.
Les difficultés d'enquête et de travail de la Commission nationale
de déontologie et du médiateur de la République sont soulignées.25
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Richard Sennett - Respect. De la dignité de l'homme dans un monde
d'inégalités
Ed. Hachette, Coll. Pluriel, novembre 2005,
300 pages, 8,46 euros.
Richard Sennett est un Américain blanc dont l'enfance et la jeunesse
ont été très marquées par le milieu où il a vécu : un ghetto de
Chicago partagé entre une population noire à 80 % et des enclaves
de pauvres blancs.
Musicien et sociologue, son livre est tout à fait passionnant dans
la mesure où il a continué à travailler et à entretenir des liens
durant toute sa vie avec son quartier d'origine.
Ses analyses de sociologue, d'économiste, de philosophe, sont nourries
de ce rapport constant qu'il a entretenu avec sa cité d'origine.
" Comment dans un monde d'inégalités croissantes faire en sorte
que le respect de soi force aussi le respect des autres, tel est
aujourd'hui l'enjeu de la question sociale. Il faut renoncer
à la politique de la compassion et de son double, la mentalité d'assisté,
afin de forger de véritables liens qui ne soient ni d'assistance
ni de dépendance mais de réciprocité. "
Richard Sennett rejoint complètement ici les conclusions de Xavier
Emmanuelli après vingt ans de travail avec le SAMU social et la
grande pauvreté en région parisienne. 25
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Aziz Senni- L'ascenseur social est en panne... j'ai pris l'escalier
Ed. l'Archipel, décembre 2005, 210 pages,
15 euros.
Karim Amelall - Discriminez-moi,
Enquête sur nos inégalités
Ed. Flammarion, novembre 2005.
Jacques Donzelot - Faire société.
La politique de la ville aux Etats-Unis et en France
Ed. du Seuil, janvier 2003, 360 pages.
Sophie Body-Gendrot - Villes
américaines : politiques urbaines
Ed. Hachette Education, 1998
ville et violence
Ed. Puf, mars 1995, 252 pages.
C'est à la lumière de ces quatre auteurs que l'on peut analyser
la politique de nos ministres de la cohésion sociale, de l'enseignement
et de la solidarité.
Il faut le dire, elle semble aux antipodes de ce qu'exige une
situation dont chacun sait qu'elle peut se reproduire aussi brutalement
et sans avertissement que celle de novembre dernier.
- Y a-t-il une vraie réflexion urbaine avant de refaire
des quartiers qui sont aussi stigmatisés que les termes " grands
ensembles " et " HLM " au point que l'Union HLM fait tout pour
faire disparaître le mot au profit du nouveau terme d'habitat
social ?
- Y a-t-il une vraie politique d'accession très sociale
à la propriété pour intégrer une population " déclassée
" dans le courant des classes moyennes françaises?
Nous avons une énorme campagne de pub autour d'un financement
accru du secteur HLM auquel d'ailleurs plus personne ne comprend
rien :
- va-t-on construire 50 000 HLM de plus par an et en détruire
en même temps 40 000 ?
Et pourquoi ce retour aux années 60 ?
On refuse toujours non seulement l'idée de discrimination positive
mais même tout recensement susceptible de permettre une meilleure
connaissance du problème.
- Croit-on vraiment que le chômage peut être massivement réduit
dans les quartiers difficiles, notamment dans l'immigration
et la jeunesse avec les deux nouveaux contrats lancés par le gouvernement
?
- Quelles sont les mesures prises pour permettre aux immigrés
d'apprendre notre langue sans dépenser une fortune et s'inscrire
à l'Alliance Française !!!
Sachant que la France compte entre 400 000 et 700 000 clandestins,
- quelle politique a-t-on décidé d'adopter - même sans le dire
- pour tenter d'intégrer une grande partie de ces immigrés
dont on sait qu'on n'en renverra qu'une petite partie d'entre
eux ?
- Et comment traite-t-on une violence urbaine qui augmente,
chacun le sait, de façon forte et régulière, alors que l'on
publie des statistiques de délinquance en baisse sans signification
car seule la violence angoisse toute la population comme l'a montré
l'affaire d'Ilan Halimi.
- Et que fait-on pour les 70 000 jeunes qui sortent chaque
année du système scolaire en ne sachant pratiquement ni lire ni
écrire ?
- Et que fait-on pour ce problème lancinant connu de tous et sans
solution des jeunes incapables de suivre une classe de 6ème et
dont on refuse le maintien dans le primaire ?
- Et, plus encore, a-t-on repensé la question scolaire depuis
ces émeutes urbaines ?
Ces 4 auteurs sont à lire... d'urgence! 25
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Emmanuel Brenner et un collectif d'enseignants - Les territoires
perdus de la République
Ed. Mille et une nuits (Arthème Fayard),
360 pages.
N'ayant malheureusement pas lu ce livre d'un collectif d'enseignants
coordonné par E. Brenner lors de sa parution (septembre 2002),
je l'ai repris à l'occasion des événements de novembre dernier.
Il faut absolument le lire car il est effrayant, pour ne pas
dire terrifiant.
D'autant plus que l'ensemble des élites de Droite et de Gauche,
comme d'ailleurs l'ensemble des rectorats et des cadres administratifs
de l'enseignement font un véritable black-out sur le problème.
Ce livre est un livre sur l'antisémitisme généralisé à l'anti-France
et à l'anti-Occident.
L'inculture, il faudrait plutôt dire l'acculturation de toute une
partie de la population immigrée, même de seconde génération, produit
une sorte d'amalgame entre le Juif, le cultivé, le Français et finalement
toute personne travaillant de façon tout à fait objective sur l'histoire
du fascisme, de la Shoah, de l'histoire coloniale, du sous-développement
etc...
Insultes permanentes, violences verbales, régressions culturelles,
on refuse encore de reconnaître la généralisation de l'anti-sémitisme
et de l'anti-France dans une très grande partie de la population
immigrée alors qu'il est avéré et certain que la
vie quotidienne d'un jeune juif aussi bien que d'un jeune professeur
est devenue véritablement dangereuse dans la plupart de nos collèges,
y compris en plein Paris et dans les collèges centraux de nos grandes
villes.
Il faut maintenant chercher des solutions.
Pour le faire, quatre livres nous semblent extrêmement utiles.
Deux d'entre eux sont écrits par de jeunes immigrés, deux autres
par des sociologues ayant particulièrement étudié les solutions
adoptées aux Etats-Unis. 25
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J-F. Mattéi, R. Dray, C. Delsol, R. Redeker, J-H. Kabach et autres
- Essai sur les violences urbaines françaises, La République brûle-t-elle
?
Ed. Michalon, janvier 2006, 200 pages,
17 euros.
Onze universitaires ont réussi chacun en une vingtaine de pages
très denses une interprétation des événements d'octobre/novembre.
Quelques phrases du texte de Robert Redeker indiquent bien la tonalité
de l'ensemble mais chacun d'eux fait entendre une petite musique
différente qui fait de ce livre un concert de très haut niveau
:
" De même qu'elles ne sont pas tournées vers l'avenir et n'évoquent
jamais le programme d'un futur de l'humanité, ces émeutes ne sont
pas tournées non plus vers le passé.
Ni progressistes, ni conservatrices, elles figurent l'expression
d'un univers fabriqué par les industries du divertissement dans
lequel passé et futur ont été atomisés, un univers sans mémoire
ni projet, branché sur la consommation immédiate de spectacles,
de musiques et de sports dans lequel baigne en continu la jeunesse
des banlieue.
Silence de ces émeutiers ? Les mouvements
sociaux et politiques ont toujours été accompagnés par des chants
collectifs de désespoir et d'espoir... Ici, absence de tout lyrisme
collectif. C'était violent, c'était destructeur, souvent
tourné contre ses propres voisins et les équipements du quartier,
contre les symboles de la République, et surtout c'était sans lyrisme.
"... ...
" Pour la sociologie déterministe et compassionnelle issue de Bourdieu,
celle qui sert de base à tous les travaux sociaux, médiateurs, intervenants
en banlieue, " la " culture n'existe pas.
Seules existent " les " cultures, toutes légitimes à égalité.
A force de marteler que " la " culture est oppression, élitisme,
qu'une pièce de Shakespeare n'a pas plus de valeur qu'une chanson,
et qu'un vers de racine ne vaut pas mieux qu'un couscous, comment
s'étonner qu'on brûle des bibliothèques ? "... ...
" Ce discours est distillé aux jeunes immigrés des banlieues : la
France est mauvaise, elle a été colonialiste et vous êtes ses victimes.
L'oppression coloniale continue dans les banlieues, la France a
une dette envers vous... Alors qu'on leur
construit une identité de victime, victime du pays dans lequel ils
vivent, il devient impossible de poser des idéaux régulateurs desquels
chacun aurait à s'approcher : un modèle idéal de l'homme, du citoyen,
du Français. "...25
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Jean-Daniel Nordmann et Jean-Philippe Cheneaux - Libérez l'école.
Les libertés scolaires, mode d'emploi "
Editions Centre patronal Suisse, 115 pages,
19 FS.
Ce livre nous a semblé extrêmement intéressant par son analyse
d'un état des lieux finalement assez proche de celui de la plupart
des pays développés.
On retrouve presque partout les mêmes problèmes bien sûr à des niveaux
différents et dans des secteurs plus ou moins larges avec une répartition
très diverse des secteurs privés et publics d'enseignement.
Ce qui est très instructif dans cet ouvrage c'est la comparaison
entre une dizaine de pays européens, les Etats-Unis et la Suisse.
L'exemple suisse est particulier en raison de la grande décentralisation
du pays qui permet à l'école du Jura d'être très différente de celle
de la Suisse alémanique, de Berne, de Fribourg, de Zurich et autres
petits cantons.
En Suisse comme ailleurs l'enseignement libre n'est pas subventionné
mais la décentralisation cantonale permet beaucoup d'initiatives
inconnues en France.
Il faut noter combien, en Suisse comme ailleurs, les libertés
scolaires font peur : peur de l'inconnu, peur d'un marché libre
de l'éducation ou les parents ne sauraient pas s'orienter, peur
de l'absence de cadre rigoureux et finalement de manque d'unité.
L'homme moderne, en Suisse comme ailleurs, est habitué à un Etat
omnipotent qui décide de tout pour lui et l'idée de retrouver sa
liberté est une idée plutôt inquiétante. 16
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Younes Amrani et Stéphane Beaud - Pays de malheur ! Un jeune de
cité écrit à un sociologue
Editions La Découverte, 230 pages, octobre
2004, 16 euros.
Ce livre est un long dialogue qui s'étale sur 14 mois et qui se
déroule presque exclusivement sur Internet entre un jeune beurre
bénéficiant d'un emploi-jeune dans une bibliothèque publique de
la banlieue lyonnaise et un sociologue ayant écrit un ouvrage intitulé
: " 80 % au Bac et après ? ".
Cet ouvrage qui présentait une longue enquête ethnographique conduite
entre 1991 et 2000 auprès d'un petit groupe de jeunes d'une cité
H.L.M. de Montbéliard a été lu par Younes Amrani (pseudonyme) qui,
s'étant beaucoup reconnu dans cette enquête, a souhaité en discuter
avec l'auteur.
Ce livre est un document brut, décousu, écrit sans aucun souci
formel même si le dialogue a été en partie réécrit. C'est ce qui
en fait l'aspect parfois difficile mais toujours passionnant.
Pour ceux qui veulent vraiment faire l'effort de comprendre le
raisonnement, le comportement, les très profondes difficultés de
très nombreux jeunes nés de l'immigration et élevés dans un cadre
familial, professionnel, urbanistique de cités, ce livre apprendra
beaucoup.
Davantage sans doute que des livres plus ambitieux mais débouchant
toujours sur des idéologies soit néo-marxistes, soit irréalistes.
16
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Maria Nowak - On ne prête pas qu'aux riches - Le microcrédit
Editions J-C. Lattès, 270 pages, 16 euros.
Maria Nowak a découvert le microcrédit, comme beaucoup d'autres,
au Bangladesh, où l'on connaît l'extraordinaire développement de
la banque des pauvres.
Fondée en 1983, la Graminne Bank comptait 200 000 clients l'année
de sa fondation et 3,4 millions vingt ans après, son taux de remboursement
des crédits étant de 98,7 %.
C'est sur la base de ce concept que le microcrédit s'est développé
en Afrique de l'ouest, en Europe centrale et orientale et dans presque
tous les pays du monde, y compris - mais beaucoup plus difficilement
- en Europe et en France.
Le mot de " capital " n'est quasiment jamais évoqué en France
car il a été marqué au fer rouge par Karl Marx et ses disciples
qu'ils soient communistes ou socio-démocrates.
Il est étrange de constater qu'à propos de la pauvreté on parle
de santé, de formation, de logement, de minima sociaux, de prime
pour l'emploi mais jamais de capital.
Qu'en dit Maria Nowak : " Il est plus facile de faire la charité
que de défendre la justice sociale.
Pourtant, si l'on s'intéresse à l'homme, si l'on prône la dignité
humaine et le droit au travail, c'est bien de capital qu'il faudrait
parler.
L'intérêt du microcrédit est qu'il ouvre l'accès au capital à
des millions de gens... Il permet de partager l'avenir et non le
présent....
Il se fonde sur des données universelles pour ne pas dire élémentaires
: Le respect de l'homme et de sa capacité d'entreprendre.
La nécessité de combiner travail et capital pour créer de la
richesse.
L'importance de la confiance et de l'échange pour fonder des relations
économiques et sociales.
Le besoin de mettre en accord acte et parole pour sortir d'une schizophrénie
collective.
Microcrédit et microfinance élargissent leur champ et démontrent
l'intérêt pour les banques de s'ouvrir progressivement à ce nouveau
marché.
L'idée d'une véritable démocratisation de la finance commence à
faire son chemin dans l'opinion publique. "
Cet ouvrage passionnant fait le tour d'un problème essentiel
: comment permettre à chacun d'être utile et de développer sa créativité
dans les sphères les plus individuelles et familiales en ayant accès
à ce qui reste un bien extraordinairement rare dans nos sociétés
pourtant si riches : le capital.
On comprend bien aussi, à la lire, pourquoi il est si difficile
de développer ce système dans le contexte de l'Etat providence qui
domine aujourd'hui l'Europe. 16
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Natacha Polony - Nos enfants gâchés, petit traité sur la fracture
générationnelle
Editions J-C. Lattès, 207 pages, 16 euros.
Natacha Polony, agrégée de Lettres, professeur dans l'enseignement
supérieur, s'inquiète dans cet ouvrage d'une évolution extrêmement
rapide de l'ensemble de la jeunesse vers un nouveau genre de vie
qui constitue vraiment une fracture générationnelle entre les moins
et les plus de vingt ans.
Là où beaucoup ne voient qu'une évolution certes rapide mais continue
et régulière, N. Polony voit une fracture dans la mesure où tout
l'héritage des siècles précédents est quasiment éliminé par la jeunesse
d'aujourd'hui :
Les œuvres littéraires semblent aussi étrangères aux lycéens que
le grec ou le latin.
La richesse de la langue disparaît au profit d'un vocabulaire extrêmement
restreint : celui des SMS, des blocks, du langage des banlieues,
du verlant etc...
Un jeunisme généralisé pousse aujourd'hui les moins de vingt ans
à considérer comme de " vieux cons " ceux qui attachent encore de
l'importance à la littérature, à la philosophie ou tout simplement
à l'orthographe.
La valeur du travail, de l'apprentissage lent et difficile disparaît
au profit de l'immédiateté.
Plutôt que d'apprendre difficilement la musique, on cherchera à
fabriquer sur ordinateur des compositions toujours fondées sur des
harmonies préétablies.
Une carrière de chanteur, ce n'est pas 7 ou 8 années de travail
c'est 2 mois de Star Academy.
Le jazz est devenu aussi désuet que Mozart, le rock lui-même régresse
au profit du rap.
Quant à l'histoire, elle devient bien inutile puisque seule l'époque
moderne est " l'aboutissement radieux du cheminement de l'humanité
vers la démocratie, le progrès et la consommation.
Dominique Borne, grand prêtre des programmes scolaires après
1992, déclare à la revue " Le Débat " :
" Il faut combattre le mythe de la continuité historique. La
continuité est une illusion que l'on peut épargner aux enfants.
Il faut donc leur épargner les frises chronologiques... "
Les instances de l'Education nationale s'emploient avec une constance
religieuse à réduire peu à peu les exigences scolaires au nom de
la confusion entre égalité des chances et égalité des résultats...
Bourdieu et ses disciples s'inquiétaient de ce que les classes sociales
étaient relativement immuables, les jeunes étant les héritiers de
leurs aînés mais hélas toujours dans les mêmes catégories sociales.
Non, dit Natacha Polony, aujourd'hui 95 % de la population n'est
plus héritier de rien.
Nous avons dilapidé l'héritage et refusons de transmettre les
valeurs et les codes qui ont fait notre civilisation.
Nous protégeons nos frontières des barbares mais les barbares
sont chez nous, ce sont nos enfants et nous ne faisons rien
pour leur donner ce qui a fait notre richesse.
La thèse est bien sûr un peu excessive, un peu seulement car le
divorce générationnel est de toute évidence beaucoup plus fort aujourd'hui
que dans les années 60.16
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Dominique Pasquier - Culture lycéenne.
La tyrannie de la majorité
Editions Autrement, 182 pages.
Pierre Bourdieu, mauvais sociologue et triste philosophe, qui a
popularisé le concept de reproduction, pensait que les jeunes d'aujourd'hui
ne pouvaient être que les héritiers culturels de leurs parents et
qu'une véritable loi d'airain marxiste faisait des enfants d'ouvriers
ou de bourgeois des ouvriers ou des bourgeois de même culture, de
même comportement...
Cet essai a entre autre le mérite de montrer qu'il n'en est rien.
Le modèle classique de transmission des valeurs s'est effondré.
Même les milieux favorisés peinent à inculquer leur culture à leurs
enfants.
L'école s'est éloignée de l'apprentissage des hiérarchies du savoir.
La société a - hélas - renoncé à toute forme d'élitisme.
Largement affranchi de l'autorité des adultes, l'enfant est soumis
à une autorité beaucoup plus tyrannique, la tyrannie de la majorité,
de la culture jeune, médiatique, publicitaire et politiquement correcte.
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Réda Benkirane
- Le désarroi identitaire
- Jeunesse, islamité et arabité contemporaines
Editions du Cerf,
septembre 2004, 340 pages.
Ce livre d'une structure assez étrange alterne d'un chapitre à l'autre
et souvent dans le même chapitre analyse historique, analyse contemporaine
et réflexions de l'auteur tantôt politiques, tantôt religieuses.
C'est un des livres les plus riches que nous avons pu connaître
sur l'Islam et tout à la fois sur son histoire depuis l'origine,
sa sociologie contemporaine dans les banlieues d'Orient et d'Afrique
comme dans les banlieues européennes, ses contradictions de classes
(passionnante description du pèlerinage vu par les millions de pauvres
et les riches saoudiens ... La Mecque est infectée par les gardiens
des lieux saints...)
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Pierre-André
Taguieff - Prêcheurs
de haine
Editions Mille et une nuits, septembre
2004.
André
Glucksmann - Le
discours de la haine
Editions Plon, 235 pages, octobre 2004.
Ces deux ouvrages traitent sous deux formes très différentes le
même sujet : le développement d'un nouvel antisémitisme nourri
du conflit permanent entre Israël et les Palestiniens, la généralisation
d'un anti-américanisme nourri cette fois beaucoup plus d'une
jalousie envers une très grande puissance qui reste pour l'essentiel
un modèle de démocratie et qui proclame ses erreurs et ses fautes
sans complexe là où tous les autres pays les cachent. 12
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Lucienne Bui Trong - Les racines de la violence
Editions Audibert,
224 pages, août 2003
Madame Bui Trong a connu un parcours professionnel peu commun puisqu'après
l'Ecole Normale et l'agrégation de philosophie, elle a dirigé
pendant plusieurs années la section " violences urbaines " de la
Police nationale.
Elle a donc une vue particulièrement profonde des phénomènes de
violence qu'elle relie avec beaucoup d'intelligence aux grands problèmes
sociologiques français mais aussi, de façon plus générale, à une
connaissance de la nature humaine qui lui fait préférer l'anticipation
et la dissuasion à la répression.
Il n'est d'ailleurs absolument pas dans son propos d'opposer
la répression à la prévention, bien au contraire. La connaissance
du terrain qu'elle possède lui permet de ne jamais tomber dans l'angélisme
en traitant les problèmes de sécurité : " L'avenir des quartiers
dépend de la façon dont on perçoit les potentiels de la jeunesse
qui s'y trouve. Derrière le petit noyau des perturbateurs, il y
a la masse de tous ceux qui espèrent en l'avenir, qui s'investissent
dans l'école ; et les institutions offrent leur chance à tous ceux
qui leur accordent du respect. Accepter qu'une jeunesse
se replie sur une identité ethnique et religieuse n'est pas une
marque d'ouverture d'esprit ou de rejet du racisme. Tout au contraire.
Sous des apparences de tolérance et de générosité, cela ne constitue
finalement qu'un nouvel avatar du racisme... "
Dans la première partie de l'ouvrage, on trouvera notamment une
description extrêmement intéressante des huit degrés de violence
qui ont fait l'objet d'un travail spécifique des spécialistes de
la sécurité et des méthodes d'anticipation qui permettent, lorsque
l'on voit se développer les degrés un et deux, de travailler avant
que ne se développe les degrés suivants.
Il est dommage que cet ouvrage ne fasse pas davantage référence
à la politique suivie à New York puis dans de nombreux Etats américains,
politique dite du " refus du carreau cassé ". Accepter un carreau
cassé, c'est accepter un mur tagué, une fenêtre brisée, une porte
défoncée, une agression physique etc... Si la politique de tolérance
zéro brutalement appliquée est excessive et ne donne d'ailleurs
pas d'aussi bons résultats qu'on le dit, la philosophie de cette
politique est bien évidemment à retenir dans un monde où le premier
devoir de l'Etat, avant tout autre, est celui de garantir la sécurité
des citoyens. 10
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