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Livres - Politique Internationale


Comprendre la Chine d'aujourd'hui - Jean-Luc Domenach

Editions Tempus - 342 pages - avril 2008 - 10,50 euros

L'ouvrage de Jean-Luc Domenach est peut-être moins un ouvrage sur la Chine qu'un livre écrit en Chine, et quasi exclusivement composé de notes prises durant trois très longs séjours en Chine de 2002 à 2006.
Quatre ans de séjours dans un pays dont on parle parfaitement la langue,
quatre ans à bavarder avec des dirigeants communistes, des opposants, des journalistes mais surtout
quatre ans à bavarder couramment avec des ouvriers, des cuisiniers, des chauffeurs de taxi, des professeurs, des mères de famille, des serveurs, des touristes,
c'est un kaléidoscope humain d'une extrême richesse parce que d'une très grande diversité.
Sur les rapports salariaux, sur les rapports des femmes et des hommes, sur la résistance à l'oppression de l'Etat,
sur les aspirations profondes du peuple chinois, on apprend beaucoup plus en lisant ce livre qu'en lisant les ouvrages de sinologues réputés qui semblent bien mal connaître la vie courante du pays.
Un petit exemple : " A un petit carrefour où ma voiture ralentit, j'ai le temps de lire la carte de visite que deux Chinois me tendent et que j'hésite à traduire comme il le faut : "Fabrique de certificats ". Ils se vantent de réaliser toutes les sortes de certificats et de sceaux : diplômes d'ingénieurs, carte d'identité, de domiciliation, certificat de propriété, d'usage collectif du sol, de descendance, diplôme d'anglais, de comptabilité, de cuisinier, certificat de naissance, certificat de mariage, diplôme d'industrie et autre technique, permis de conduire, carte militaire, d'assuré social etc...
Fabuleux marché et fabuleuse résistance aux règlements de toutes sortes qui corsètent la vie en Chine. "
45

Hubert Védrine - Rapport pour le Président de la République Sur la France et la Mondialisation

Editions Fayard - octobre 2007 - 145 pages - 10.00 euros

On a dit le plus grand bien du rapport de Monsieur Védrine résumé dans un petit livre clair et concis (moins de 150 pages de petit format).
Avouons ne rien y avoir trouvé de bien original ;
c'est une défense et illustration de la politique étrangère suivie par la France depuis le retour du Général de Gaulle au pouvoir et sans véritable discontinuité jusqu'à Miterrand et Chirac.
Il s'y ajoute un peu de machiavel, une vision réaliste du monde et une ouverture à la mondialisation, assez naturelle pour un ancien ministre des affaires étrangères et un homme qui connaît bien les contraintes imposées à un pays qui ne pèse plus qu'1 % de la population mondiale. Une bonne synthèse mais qui n'eut pas fait la même. 39

Joëlle Kuntz -: L'histoire suisse en un clin d'œil

Ed. Zoé, novembre 2006, 185 pages petit format, illustrations, 17 euros.

Voici un petit livre remarquable comme nous les aimons : petit format et non pas 185 pages, comme il est indiqué, mais guère plus de 70 car les illustrations sont nombreuses, les sauts de pages et les blancs aèrent beaucoup le texte.
Si nous recommandons particulièrement ce livre c'est d'abord parce qu'il traite d'un sujet passionnant dans le même esprit que celui de Montesquieu dans Les lettres persanes :
Comment peut-on être Suisse ?

Voici un pays d'une rare pauvreté.
Au XVIIe et au XVIIIe siècle une agriculture limitée par la géographie et le climat n'a jamais permis à sa population d'en vivre.
Durant plusieurs siècles, les Suisses n'ont vécu que de la force de leurs bras, vendus à toutes les monarchies européennes et constituant les corps d'élites de leurs troupes.
Voici ensuite un pays qui a su résister à la Révolution, à Napoléon, à ses voisins tentés d'absorber des cantons et des populations proches.
Voici un pays uni malgré ses trois langues et deux religions antagonistes, ne disposant d'aucune matière première et devenu l'un des plus riches du monde à force d'énergie, de courage, de spécialisation.
Il est quelque peu facile de souligner qu'il reçoit depuis soixante ans et plus des dépôts financiers considérables de toute l'Europe. Explication qui n'en est pas une. Une masse de dépôts mal gérés peut provoquer aussi bien l'inflation que la stagnation ou le développement.
Et l'Angleterre a longtemps, elle aussi, attiré l'argent du monde.
Voici surtout un pays qui, chose étrange pour nous, ne fait pratiquement pas de politique, possède de nombreux partis sans vocation et sans doctrine, n'a pas de président et dont l'Etat, totalement décentralisé, est un des plus fédéraux du monde.
L'Etat suisse a un gouvernement de sept membres, élus par le Parlement, mais à partir d'élections cantonales et sur la base d'un compromis permanent qui n'a guère évolué depuis 200 ans.
Le fondement de la vie politique suisse c'est le respect absolu de l'autonomie cantonale qui possède le pouvoir budgétaire et fiscal et accorde à la confédération des pouvoirs limités et contrôlés.
Le referendum d'initiative fédérale, cantonale ou populaire y est omniprésent et peu importe que la participation soit souvent faible. Elle est faible pour tous.
La Suisse n'a pas voulu adhérer ni à l'Europe, ni à la S.D.N., ni à l'O.N.U. qu'elle n'a rejoint qu'en 2002 " du bout des lèvres ".
On y trouve pourtant le plus grand nombre d'institutions internationales et le siège de l'O.M.C.
Ce modèle de démocratie, le plus souvent ignoré et très souvent raillé, mérite que l'on s'y arrête. Car c'est lui qui fait la richesse de ce pays... cent fois plus que ses banques. 37


Marc Ferro, - Le choc de l'Islam, 19e - 20e siècle,

Odile Jacob Ed. Poche, 250 pages, mars 2005.

Samir Kassir - Considérations sur le malheur arabe
Actes Sud, novembre 2004, 100 pages.

Bernard Lewis- Que s'est-il passé ? L'Islam, l'Occident et la modernité
Le Débat, Ed. Gallimard, août 2002, 19,90 euros.

On connaît le livre de Hutington, ouvrage paru en première édition aux Etats-Unis en 1996, après un long article publié dans Foreign Affairs en 1993, qui avait suscité à lui seul dans cette revue plus de débats que dans les quarante années précédentes.
La thèse d'Hutington était prémonitoire mais force est de reconnaître qu'elle s'applique parfaitement à l'Islam et beaucoup moins bien aux autres sociétés.
Nul ne doute que la Chine et l'Inde poseront au monde de graves problèmes dans une cinquantaine d'années, lorsqu'elles auront bien assuré un développement complet et durable et que leur poids économique, financier et militaire sera strictement comparable à celui non pas de l'Europe - toujours éclatée - mais des Etats-Unis.
Toutefois, le divorce civilisationnel ne paraît pas pour l'instant trop profond.
Et l'intégration des immigrés, Chinois comme Indiens, se fait beaucoup plus facilement en Occident que l'immigration arabe.

Deux ouvrages complets, clairs et assez courts - ce que nous aimons - nous le rappellent aujourd'hui.
D'abord celui de Marc Ferro " Le choc de l'Islam, du 18e au 21e siècle ".
On connaît les talents vulgarisateurs de Marc Ferro et sa capacité de travail qui le fait passer sans difficulté de la direction de séminaires à l'école des hautes études en science sociales, à la rédaction d'ouvrages savants, d'ouvrages de vulgarisation puis à la rédaction d'articles et aux entretiens radio et télévisuels.
On lira avec un grand plaisir cette longue chronologie qui va de la perte de la Crimée au démembrement de l'empire Ottoman, puis à la conquête de l'Asie centrale par l'URSS.
Le second traumatisme, sans doute le plus fort, est la défaite de l'Egypte et de tous les pays arabes coalisés, défaite infligée en 1948 par un " Etat nain ", Israël.
Le dernier désastre connu est celui de l'éclatement du Pakistan.
Les Musulmans avaient déjà subi l'ascension des Hindous et s'étaient sentis chassés de la péninsule indienne et voici que le Bangladesh se sépare. Depuis, toutes les tentatives de reconstitution d'une certaine unité islamique, même limitée à l'unité arabe, ont totalement échoué.
La ligue arabe, Nasser, la République Arabe Unie, la tentative Irak-Syrie-Liban, pour finir par Ben Laden.
L'ouvrage de Marc Ferro est plutôt la longue histoire des échecs arabes que l'analyse des raisons de cet échec.

C'est au contraire ce qu'on trouvera dans un remarquable petit livre de Samir Kassir " Considérations sur le malheur arabe ".
M. Kassir est professeur à l'Institut des sciences politique de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth.
Cette université encore dirigée par une équipe de jésuites d'une qualité exceptionnelle est une des meilleures sources d'information sur le monde arabe.
Une bonne dizaine d'ouvrages ont été récemment publiés par le corps enseignant de Saint-Joseph sur les évolutions en cours dans ces pays.
Sachant qu'il nous est bien difficile de tout lire, n'hésitons pas à le recommander en priorité, ces " considérations sur le malheur arabe " présentent le grand intérêt d'abord de comprendre, mais plus encore d'essayer de prévoir les évolutions possibles.

Pour ceux qui souhaitent approfondir, il ne faut pas oublier bien sûr la réédition de Bernard Lewis, connu sur le plan mondial pour être un des deux ou trois meilleurs spécialistes du monde musulman, sinon le meilleur. Son ouvrage le plus récent qui veut être un livre de vulgarisation rendue nécessaire par l'actualité est sans doute le plus complet sur l'actualité et ses conséquences sur la politique internationale.
Ce livre est d'ailleurs né de trois conférences prononcées à Vienne, fondues avec deux ou trois articles de revues. L'unité de l'ouvrage n'en souffre absolument pas, la facilité de lecture en est accrue. 25

Jackie Assayag - L'Inde ou la mondialisation vue d'ailleurs
Ed. du Seuil, septembre 2005, 300 pages.

La réforme de l'économie chinoise est fondée sur le changement de cap radical qu'a imposé Deng Xiao Ping en 1980. Elle a donc 25 ans mais les occidentaux ne s'en sont guère rendus compte qu'il y a cinq ou six ans.
Aujourd'hui, chacun craint de ne pas apprécier assez vite les progrès de l'Inde et d'être en retard pour comprendre ce phénomène comme l'Europe a été en retard pour comprendre l'évolution chinoise.

Sachant que l'Inde a maintenant un taux de croissance proche de celui de la Chine, chacun s'y précipite et croit voir dans ce très grand pays un marché similaire au marché chinois et une évolution analogue.
Il est peut-être utile à un tel moment de faire appel à de bons spécialistes de ces pays pour comprendre leur évolution.
Celle de l'Inde sera en tout point totalement différente de celle de la Chine.
L'Inde est un pays religieux, plus complètement religieux qu'aucun autre pays du monde.
Et l'existence du Pakistan et du Bangladesh n'empêche pas qu'à côté de 8 ou 900 millions d'hindouistes, une centaine de millions de musulmans habitent encore le pays.
Lorsque la télévision indienne programma l'adaptation du Ramayana, puis l'épopée du Mahabharata, 80 % des Hindous se figèrent autour de leur poste de télévision ou s'agglutinèrent sur les places publiques où le feuilleton était retransmis.
L'hindouisme nationaliste, souvent agressif, se marie d'ailleurs avec un humanisme et des rituels très anciens comme avec le système des castes que la démocratie n'a pu faire évoluer qu'assez superficiellement.
Le virage qu'a fait la Chine il y a vingt-cinq ans, l'Inde l'a fait plus récemment en remettant en cause un système dirigiste d'Etat présenté à l'époque de Bandoeng comme une troisième voie entre le socialisme et le capitalisme et en adoptant un système beaucoup plus libéral qui, comme ailleurs, fabrique de toute évidence progrès économique et conflits politiques et sociaux.
La question culturelle et politique de la place des femmes indiennes dans la société en est l'illustration.
De grandes firmes occidentales s'installent en Inde dans l'industrie classique tandis que le capitalisme indien s'est taillé une solide réputation internationale dans les nouvelles technologies de l'information et de la communication.
600 000 professionnels indiens travaillent dans ce secteur et 260 000 ingénieurs sont formés chaque année dans le pays.
Ils émigrent malheureusement trop souvent aux Etats-Unis et l'on estime que les effectifs de Microsoft et de la NASA sont constitués à près d'un tiers par des émigrés indiens.
Cela dit, plus encore qu'en Chine, les contrastes entre quelques Etats et quelques grandes métropoles modernes et le reste du pays sont considérables.
Le pays compte encore 500 millions d'illettrés et l'eau potable reste une denrée rare, comme l'électricité.

J. Assayag travaille sur l'Inde depuis une quinzaine d'années et a déjà publié une dizaine d'ouvrages, soit seul, soit en collaboration avec d'autres spécialistes. Son livre est un point très complet sur un pays qu'il connaît parfaitement.25

François Jullien - Conférence sur l'efficacité
Coll. Libelles, PUF, septembre 2005, 92 pages.

Nous avons tenté de lire et de comprendre la pensée du philosophe François Jullien, qui passe pour être un des meilleurs sinologues français.
C'est sans doute vrai mais, comme beaucoup de philosophes, il n'échappe ni à une complexité excessive, ni au jargon, ni à un déroulement de la pensée si lent et si complexe que le fil en est assez vite perdu.
Nous ne citerons pas deux livres parus en bibliopoche que nous avons un peu regretté d'avoir entamés.
Par contre sa pensée est assez bien résumée dans le petit ouvrage cité ci-dessus " Conférence sur l'efficacité ". 25
André Chieng avec François Jullien - La pratique de la Chine
Ed. Grasset, janvier 2006, 280 pages.

Le but de l'ouvrage d'André Chieng est très éloigné de celui de Guy Sorman.(ci-dessous) Il ne cherche ni à faire l'éloge de la Chine, ni à prévoir la rapidité de son développement, ni à encourager l'Occident à y investir ou à ne pas investir... L'auteur, polytechnicien et intermédiaire très actif entre les hommes d'affaires français et chinois, a reçu une éducation familiale chinoise avant de suivre la filière classique de nos grandes écoles.
Il a donc une vue simultanée de la culture française et de la culture chinoise, d'autant qu'il vit la moitié du temps en Chine.
" Je crois, dit-il, que pour nouer des rapports, y compris d'affaires avec les Chinois, il faut d'abord rouvrir notre pensée car on ne peut dissocier gestion et réflexion. "
Les trois fondements de la psychologie collective chinoise sont le confucianisme (que l'on peut confondre avec le taoïsme), le bouddhisme et la vertu familiale liée d'ailleurs à la vertu du collectif.
Ces trois grands principes ont des conséquences dans la vie de tous les jours, comme dans le fonctionnement des affaires.
Quelques exemples :
- La vérité ou le détour
Le concept de vérité unique correspond mal à la société chinoise.
La vérité c'est une tendance plutôt qu'une affirmation, la tendance qui vous rapproche de plus en plus de la voie la plus vraie ou plutôt la plus sage, la voie du Tao.
Prenons l'exemple pratique de la Révolution culturelle. A-t-elle été une erreur sanglante sur laquelle il faut dire toute la vérité ? Oui et non.
Cela a été une erreur sanglante. Il y a été mis fin avec la condamnation à mort de la Bande des Quatre.
Faut-il pour autant proclamer sa " nullité " et condamner tous ses acteurs ? Non car cela provoquerait de tels troubles dans la société chinoise qu'elle en serait trop profondément choquée.
Il suffit que la voie soit bien tracée et suivie : celle de l'abandon total de la révolution culturelle et de la mise en place de valeurs inverses.
C'est dans le même esprit que les Chinois évitent de dire " Non " et trouvent toutes sortes de subterfuges pour éviter cette extrémité.
Sur une question trop précise, on laisse entendre que, on donne une réponse provisoire, on propose une stratégie qui permet de lire entre les lignes etc...

- La création ou la transformation
La tradition culturelle chinoise ignore le concept de création du monde, comme le concept de la création tout court.
La société chinoise l'a remplacé par le concept de process.
L'exemple vient de loin et de haut.
Confucius lui-même a dit : " Je transmet, je n'invente rien. "
L'enseignement chinois continue à prôner l'apprentissage avant la création. Il faut copier avant d'innover.
La question de la création se double d'une question subsidiaire dont l'importance est considérable : celle de la propriété intellectuelle.
Ce concept a-t-il un sens ?
Pour un Occidental il n'y a pas de doute, copier c'est mal et c'est même un vol.
Or en chinois, le même mot signifie à la fois copier et apprendre. Condamner la copie c'est aussi condamner l'apprentissage et condamner l'auteur.
En rentrant à l'OMC, les Chinois ont bien sûr compris qu'il fallait adopter la même convention que l'Occident dans ce domaine de la contrefaçon.
Toutefois, souligne M. André Chieng, cela sera pour eux d'autant plus difficile que cette idée doit être admise par l'ensemble des cadres et de la population chinoise, ce qui prendra nécessairement beaucoup de temps.

Dans dix autres domaines, cet ouvrage donne un éclairage totalement différent de celui de Guy Sorman à la question chinoise.
Et d'abord à la question de la démocratie.
Les milieux officiels chinois indiquent effectivement que le pays n'est pas encore une démocratie mais qu'il le deviendra naturellement grâce au progrès économique et au développement des entreprises et du capitalisme.
Ils font remarquer à leurs interlocuteurs occidentaux que la Chine a pu devenir le pays le plus capitaliste et le plus libéral de la planète - ou presque - sans qu'on ait été obligé de le dire, sans renier le passé, sans provoquer de drame socio-politique, sans bouleverser la société.
De Louis XVI à Gorbatchev, on a vu que le moment de la transition était toujours extrêmement difficile.
La Chine préfère ne pas risquer la destruction qu'engendre toute révolution et se rapprocher de la démocratie par la voix du " tao ", la voix du rapprochement, de l'asymptote. 25

Guy Sorman - L'année du coq

Ed. Fayard, 325 pages, janvier 2006.

Guy Sorman a voulu délibérément interroger dans tous les domaines les Chinois résistants, rebelles ou au moins très distanciés par rapport au régime actuel.
Il donne ainsi un portrait de la Chine à la fois violent, dangereux et relativement sans perspectives.
C'est peu de dire que Sorman ne croit pas au développement de la Chine.
Il ne méconnaît pas la vigueur de la croissance actuelle mais conteste les statistiques officielles - sans doute à juste titre car tous les pays communistes ont toujours trafiqué leurs chiffres.
Il estime que les effets négatifs de cette croissance conduiront très vite à un fort ralentissement : épuisement des sols, pollution, épidémies, sida, gaspillage de l'eau, système bancaire incontrôlé, prolifération d'investissements inutiles etc...
Pour le reste, Guy Sorman dénonce l'absence de démocratie, la dictature du Parti, une police incontrôlée, un système social bien pire que celui de la France au début de l'ère industrielle...
En conclusion, Sorman estime qu'aucun scénario positif n'est possible, mais les scénarios " catastrophes " lui semblent également peu probables.
Alors, conclut-il, défendons fortement nos convictions sur la démocratie, les droits de l'homme et le libéralisme économique.
Ne craignons pas d'incarner nos valeurs humanistes.
Le gouvernement de Pékin est très sensible à son image en Occident.
C'est grâce à la pression des pays libres que la Chine peut évoluer.
En attendant, la Chine est très largement un leurre. Méfions-nous d'y investir, d'autant que la rentabilité actuelle des investissements est très aléatoire en l'absence d'une sécurité juridique réelle.
Au passage, Guy Sorman raille les sinologues de toutes natures, et particulièrement François Jullien :
" Les mandarins français se plaisent en compagnie des mandarins chinois. Le discours dominant sur la diversité culturelle fait son miel de l'essentielle différence chinoise, tout en abandonnant à ces grossiers américains le soin de défendre universellement la démocratie et les droits de l'homme. Le sinologue passionné de Confucius sera toujours le bienvenu au Parti Communiste chinois... " 25

Ronald Reagan - Ecrits personnels

Traduction et introduction de Guy Millière
Editions du Rocher, 577 pages, janvier 2003, 25 euros.

Vous lirez ci-dessous un petit texte comparable à quelques 250 autres articles écrits par Ronald Reagan pour préparer de courtes émissions radio qui se sont étalées au cours des années précédant sa candidature à la Maison Blanche.
Ces textes mis bout à bout, constituent un ensemble doctrinal aussi simple et pragmatique que solide et sans faille conceptuelle.

La pensée de Reagan n'a bien évidemment pas la rigueur et la profondeur de celle d'Hayek ou de Friedmann.
Mais elle constitue un excellent fondement pour rassembler une majorité politique soudée autour d'une idéologie et donc capable de suivre durant de longues années une stratégie rigoureuse.

L'histoire de la petite poule rousse constituerait une bonne doctrine pour une nouvelle majorité en 2007.

" Il était une fois une petite poule rousse qui gratta le sol près de la grange, jusqu'à ce qu'elle trouve quelques grains de blé. Elle appela ses voisins, et leur dit :
" Si nous plantons ces grains, nous aurons du pain à manger. Qui m'aidera à les planter ?
" Pas moi ", dit la vache.
" Pas moi ", dit le canard.
" Pas moi ", dit le cochon.
" Pas moi ", dit l'oie.
" Alors, je le ferai ", dit la petite poule rousse. Et elle le fit.
Le blé poussa et mûrit, jusqu'à devenir bien doré.

" Qui m'aidera pour la récolte ? ", demanda la petite poule rousse.
" Cela ne correspond pas à ma formation ", dit le cochon.
" Je perdrais mes années d'ancienneté ", dit la vache.
" Je perdrais mes allocations chômage ", dit l'oie.
" Alors, je le ferai ", dit la petite poule rousse, et elle le fit.

Enfin, vint le moment de faire la pain. " Qui m'aidera à faire le pain ? ", demanda la petite poule rousse.
" Cela m'obligerait à faire des heures supplémentaires ", dit la vache.
" Je perdrais mes avantages sociaux ", dit le canard.
" J'ai toujours été assisté, et je ne sais pas faire ", dit le cochon.
" Si je suis la seule à participer, ce ne serait socialement pas juste ", dit l'oie. "
" Alors, je le ferai ", dit la petite poule rousse.
Elle fit cinq miches de pain, et les montra à ses voisins.

Tous en voulaient, et demandaient leur part. Mais la petite poule rousse leur dit : " Non, je peux les manger toute seule. "
" Profiteuse ", cria la vache.
" Sale capitaliste ", hurla le canard.
" Je demande le respect de mes droits ", ajouta l'oie.
Et le porc se contenta de grogner.
Ils peignirent le mot " injustice " sur des banderoles, et manifestèrent contre la petite poule rousse, lui criant au passage des obscénités.
Quand un agent du gouvernement vint, il dit à la petite poule rousse.
" Tu ne dois pas être aussi cupide. "
" Mais j'ai gagné ce pain ", dit la petite poule rousse.
" Exactement, dit le fonctionnaire, c'est ce qu'il y a de merveilleux avec le système de libre entreprise. Tout le monde à la ferme peut travailler et gagner autant qu'il le veut. Mais selon les règles de gouvernements modernes, les plus productifs doivent partager leur production avec les paresseux. "

Et ils vécurent tous heureux ensuite, y compris la petite poule rousse, qui dut dire poliment au fonctionnaire :
" Je suis reconnaissante, je suis reconnaissante. "
Mais ses voisins se sont demandés pourquoi, à dater de ce jour, elle ne fit plus de pain.

C'était Ronald Reagan. Merci de m'avoir écouté.
"

La Russie et les autres pays de la CEI en 2004

La Documentation Française, 225 pages, 19 euros.

Ce sont les événements d'Ukraine, de Moldavie et du Kirghizstan qui nous ont poussés à regarder ce qu'avait édité dans ce domaine La Documentation Française.
Son rôle de service public s'explique précisément par l'intérêt porté à des pays et à des sujets qu'aucun éditeur ne pourrait aujourd'hui traiter.

Sur les douze principales républiques de l'ex Union Soviétique, dix à vingt pages, une trentaine pour la Russie font un point complet des questions économiques, politiques et sociales qui se sont posées en 2004.
Si l'on veut suivre les problèmes très graves qui vont nécessairement se poser dans ces pays à court terme
(la dérive autoritaire en Russie, la dictature biélorusse qui pourrait éclater, les dangers de la situation en Georgie, l'impossibilité de démocratiser le Kazakhstan) cet ouvrage est indispensable.

On attend toujours le grand sociologue ou le collectif d'écrivains qui rendrait un formidable service à la jeunesse étudiante de nos pays en écrivant une étude solide, objective et sans complaisance sur le thème :
" Soixante-dix ans de communisme : conséquence sur les structures psychosociologiques et morales des populations. "
Anna Politkovskaïa - Tchétchénie , le déshonneur russe
Editions Folio documents, Gallimard, 315 pages, février 2005, 6,20 euros.

Grand reporter d'un des seuls hebdomadaires vraiment libres de Russie, Novaïa Gazeta, Mme Politkovskaïa s'est rendue plus de quarante fois en Tchétchénie et connaît vraiment à fond tous les aspects de cette seconde guerre qui dure maintenant depuis près de six ans.
Son livre, écrit avec pudeur et sans aucun excès est vraiment terrifiant par beaucoup d'aspects.
Le plus important est sans doute les répercussions qu'elle décrit très clairement sur la vie politique russe, l'attitude de la police, de la justice, de la F.S.B. etc...
Le conflit tchétchène gangrène véritablement le pouvoir russe.
Il est à la fois la cause et la conséquence des dérives autocratiques que décrit bien le numéro spécial de la Revue Pouvoirs parue à ce sujet.
16

Guy Millière - Pourquoi Bush sera réélu

Editions Michalon, septembre 2004, 158 pages, 13,50 euros.

Pourquoi rendre compte ici d'un livre qui peut paraître dépassé puisque l'élection a eu lieu il y a cinq mois ? C'est précisément pour comprendre le résultat de ces élections qui a surpris la plupart des Français et beaucoup d'européens tant l'élection de Bush fut ressentie comme un désastre et presque une usurpation par l'anti-américanisme ambiant.
Guy Millière qui connaît parfaitement les Etats-Unis, qui y enseigne, qui connaît toute la littérature économique, politique et philosophique américaine, était bien placé pour comprendre les raisons profondes des dernières élections.

Ce livre a en outre le mérite de faire comprendre en 150 pages les raisons de la montée du néo-conservatisme,
la bataille des idées totalement perdues par les démocrates, les causes du dynamisme économique américain et bien sûr, le sentiment des Américains que le danger islamique n'a pas disparu et qu'ils sont les seuls à même - hélas - de pouvoir y faire face.

Les causes profondes du nationalisme et du patriotisme américain sont bien analysées : les Etats-Unis sont le seul pays fondé sur des idéaux :
des idéaux individuels puisque chaque Américain est un émigré ou un fils d'émigré qui a décidé seul de son destin ;
un idéal collectif fondé sur cette communauté de " volontaires " qui a peu de choses à voir avec les communautés fondées sur les hasards de la naissance. 16

Anatol Lieven - Le nouveau nationalisme américain

préface d'Emmanuel Todd,
Editions J-C. Lattès, 488 pages, 21,50 euros.

Dans ce gros livre de près de 500 pages, Anatol Lieven, historien britannique installé aux Etats-Unis, développe une thèse qu'Emmanuel Todd juge originale mais qui semble pourtant bien banale :
Les Etats-Unis sont tombés dans la sombre marmite du nationalisme comme les grandes puissances européennes avant la guerre de 1914, comme les grands pays sous-développés après la fin de la colonisation.
Le nationalisme ne doit pas être confondu avec le patriotisme. Il en est l'exaspération donc une maladie grave.
Pourquoi les Américains sont-ils devenus nationalistes ? Parce qu'ils sont frustrés :
frustrés par un développement économique purement utilitariste qui ne leur permet pas de se libérer intellectuellement,
frustrés par la non reconnaissance de leurs alliés qu'ils ont pourtant aidés de façon continuelle, en 1917, en 1940, en s'opposant à l'URSS etc...,
frustrés par une immigration trop importante qui remet en cause leurs valeurs et leur langue,
frustrés par des mouvements sociaux qui, au détriment de la démocratie, donnent des avantages excessifs et immérités à de nombreuses minorités (noirs, indiens, homosexuels, mouvement féministe...).

La victoire nette de Georges Bush en novembre 2004 n'est pas un accident de l'histoire ni la victoire d'une minorité néo-conservatrice, c'est la victoire de tendances culturelles et idéologiques profondes qui dominent effectivement aujourd'hui les Etats-Unis.

Cet ouvrage est assez typique d'un anti-américanisme intelligent qui aboutit au même résultat que l'anti-américanisme primaire mais qu'il est intéressant d'étudier pour comprendre les mécanismes plus généraux de la critique systématique d'un peuple.
D'abord, l'auteur n'accorde aucune importance et ne parle d'ailleurs jamais du refus de l'Etat autoritaire qui est un trait fondamental de la culture sociale américaine.
Rien sur les contre-pouvoirs forts et permanents, rien sur une liberté dont nous n'avons pas idée en France. Là où nous interdisons le livre du médecin qui a soigné Mitterrand, les Américains autorisent des débordements contre leur président et leurs principaux hommes politiques cent fois plus sérieux que nos " Guignols " (cf. l'affaire Clinton après l'affaire Nixon et quelques autres).

Ensuite, Anatol Lieven traduit continuellement en " creux " ce qui pourrait parfaitement être exprimé en " plein ".

Les Américains ont effectivement gagné la guerre 14-18. Là où Français et Allemands au prix de millions de morts ne parvenaient pas à faire la différence, les troupes américaines, leurs chars et leur aviation ont fait basculer le rapport de force.
Il est évident que l'Europe serait nazie aujourd'hui sans les Etats-Unis. Les troupes russes n'ont tenu et gagné qu'avec les dizaines de milliers de chars débarqués des Etats-Unis. Et sans la conquête de l'Afrique du nord, puis de l'Italie, puis du débarquement en Normandie, ce sont les successeurs de Pétain et de Laval qui nous gouverneraient.

Imagine-t-on ce qu'aurait été Berlin sans Kennedy, ce que seraient la Corée du sud, Israël et Formose sans les Etats-Unis ?

Les Américains sont effectivement religieux et pratiquants à 55/60 %. Est-ce une tare ?
Les Américains défendent vigoureusement un système économique qu'ils jugent trop critiqué par de fortes minorités agissantes. Est-ce une tare ?
Les Américains estiment effectivement que l'université, et déjà l'école donnent beaucoup trop d'importance à des minorités qui imposent leurs vues contre celle de la majorité. Ont-ils tort ?
Les Américains tiennent aux valeurs qui ont fait d'eux une terre promise pour la planète entière.
Irlandais avant-hier, Européens et Juifs hier, Chinois, Orientaux, rescapés de toutes les dictatures du monde ne rêvent que des Etats-Unis. Ont-ils tort de défendre ces valeurs ?

En deux mots, le nationalisme américain est-il un nationalisme de frustrés ou un nationalisme de femmes et d'hommes heureux d'habiter un pays dont ils sentent bien qu'il est extrêmement original et qu'il doit être défendu comme tel avec ses qualités et ses défauts.

Pourquoi alors attirer l'attention sur le livre de M. Lieven ? Eh bien, tout simplement parce qu'il faut étudier ses adversaires pour les comprendre et les réfuter.
16

Erik Izraelewicz
- Quand la Chine change le monde
Editions Grasset, 2005, 300 pages.

Le P.I.B. chinois était de 100 en 1978 ; il sera de 800 en 2006. C'est ce que donne un taux d'expansion de 7 % par an lorsqu'il est maintenu pendant trois décennies. Et concrètement, cela donne des choses étonnantes.
La Chine fabrique 70 % des jouets du monde entier, 60 % des bicyclettes, 50 % des ordinateurs, 50 % des appareils de photos mais aussi, c'est moins honorable, 75 % des contrefaçons de marques du monde entier.
L'agglomération de Pékin construit actuellement son sixième boulevard périphérique.
Le grand Shangaï a déjà construit plus de gratte-ciel que l'ensemble de la ville de New York.
Plus encore que cela, ce qui marque le développement chinois c'est une formidable volonté de réussir, de se perfectionner, de penser son avenir à long terme, de prendre en quelque sorte une revanche sur l'histoire et de redevenir la première puissance du monde, ce qu'elle a été dans le passé.
C'est pourquoi la Chine consacre tant de moyens à la recherche, au développement de ses technologies, à ses universités, au développement de grandes business school en collaboration avec les Etats-Unis.
Comment s'introduire dans ce formidable processus de développement ?
Franck Riboud, le P.D.G. de Danone, a consacré à cet ouvrage un bon article dans Les Echos où il montre que s'il réussit en Chine, il réussira dans toute l'Asie et assurera sa position dominante sur le marché européen.
La Chine n'inquiète dit-il que ceux qui ne veulent pas faire l'effort de travailler avec elle et de la concurrencer.
Une grande leçon pour l'Europe.14

Anne de Tinguy" La grande migration. La Russie et les Russes depuis l'ouverture du rideau de fer
Editions Plon, 664 pages

Après 73 ans d'enfermement, l'ouverture du rideau de fer a provoqué des mouvements sans précédent dans l'ex U.R.S.S.
Plus de 4 millions de personnes ont quitté le pays vers l'Allemagne Fédérale, Israël et les Etats-Unis.
Parallèlement, 6 millions de Russes et d'Ukrainiens ont quitté le Caucase et les Républiques d'Europe centrale où les russophones se sont trouvés minoritaires et marginalisés.
D'autres mouvements moins importants se sont aussi produits entre les pays Baltes, l'Ukraine et la Russie.
Enfin, les frontières sibériennes sont poreuses et les mouvements entre la Chine et la Russie s'amplifient.
Enfin, l'ouverture des frontières a produit des mouvements commerciaux considérables avec la création de marchés pour partie illicites et clandestins, pour partie régularisés.
Déclin démographique, maladies, suicides, alcoolisme et émigration composent un tableau dramatique de la Russie d'aujourd'hui.
A méditer par les gentils marxistes novateurs d'ATTAC.
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Henry Laurens - L'Orient arabe à l'heure américaine
Editions Armand Collin, janvier 2004, 293 pages.

Henry Laurens est sans doute le meilleur spécialiste du Moyen-orient dans l'université française.
Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d'histoire contemporaine du monde arabe.
Ses ouvrages les plus connus sont " Paix et guerre au Moyen-orient " (1999) et surtout, un considérable travail sur la Palestine publié en deux volumes chez Fayard en 1999 et 2002 " La question de Palestine ". " L'orient arabe " prolonge " Paix et guerre au Moyen-orient " pour les douze dernières années, de 91 à aujourd'hui.
La conclusion de l'auteur n'est pas optimiste.
" La configuration des forces explique pourquoi la politique de l'Orient arabe est constituée d'affrontements arrêtés, le plus souvent, in extremis. Le grand art est de se placer au bord du gouffre afin qu'une intervention régionale ou internationale apporte une solution, généralement partielle, au problème en cours, d'où la multiplication des médiations et des médiateurs. Tout se passe comme si les discours arabes étaient décentrés par rapport à leurs auteurs : le groupe communautaire parle d'unité nationale et ne défend que ses intérêts propres, l'Etat libanais prône l'Etat-Nation qu'il est incapable d'être, les Etats arabistes comme la Syrie l'Egypte ou l'Irak se posent en unificateurs des arabes et n'agissent qu'en fonction de leurs intérêts propres immédiats... " 12

Chahdortt Djavann - Bas les voiles et Que pense Allah de l'Europe
Editions Gallimard, 55 pages, juin 2004.

Ces deux petits livres écrits par une jeune ethnologue iranienne sont à lire comme des morceaux choisis. "

Que pense Allah de l'Europe, de ce qui se passe en Europe ?
Je pense qu'Allah, s'il existe, estime qu'il est temps que l'Europe s'interroge sur elle-même, sur ce à quoi elle croit et ce à quoi elle ne croit pas, sur les limites du tolérable et de l'intolérable sur ce qu'est et doit être la démocratie...
Allah me semble-t-il en a assez d'entendre parler de l'Islam et voudrait bien envoyer au Diable les islamistes et leurs alliés... " 12

Asne Seierstad - Le libraire de Kaboul
Editions Le Livre de poche, 347 pages.

Voir et comprendre comment fonctionne dans la vie quotidienne le libraire de Kaboul, l'homme qui a risqué sa vie pour ses livres mais l'homme incapable de rapports tout simplement normaux avec sa femme et ses filles, c'est comprendre toute la difficulté d'instaurer la démocratie dans des pays dont l'histoire culturelle a 4 à 5 siècles de retard par rapport à l'occident.
Véritable Cendrillon, Leila, jeune fille de 19 ans petite sœur du libraire s'épuise à servir toute la famille avant d'être promise au triste beau-fils de sa sœur. 12

Chantal Delsol - La grande méprise

Editions La Table ronde, 172 pages, septembre 2004.

Chantal Delsol, philosophe, professeur à l'université de Marne la Vallée nous donne ici un petit livre comme nous les aimons c'est-à-dire qui éclaire des événements politiques ambigus à la lumière de la philosophie.

Elle prend ici comme thème un fait controversé et très important : la création d'un tribunal pénal international reconnu par la plupart des pays européens, contesté par les Etats-Unis et la plupart des autres pays du monde.
Citons : " Une justice pénale internationale a commencé à voir le jour (... de façon exceptionnelle avec le tribunal de Nuremberg ...) mais surtout depuis la fin de la guerre froide. Par elle-même elle rend nécessaire un gouvernement mondial. Les deux instances sont liées. Aujourd'hui, dix ans après la mise en place du T.P.I. (1993) un an après l'entrée en vigueur de la convention prévoyant la création d'une cour pénale internationale permanente, il est clair que nous vivons dans une situation intermédiaire et inconfortable. En effet, la justice pénale internationale ne punit que certains criminels saisissables appartenant à des pays en situation de dépendance. Même si la Chine et la Russie ratifiaient le traité permettant le mise en place de la CPI, celle-ci pourrait-elle juger les dirigeants chinois pour leurs agissements au Tibet ou convoquer Poutine dans le box de l'accusation pour les crimes commis en Tchétchénie ?

Elle cite plusieurs auteurs, MM. Todorov, Habermas, Hassner et Terré qui indiquent tous que l'absence d'Etat universel frappe d'une singulière infirmité, spécialement en matière de justice, les ébauches d'un ordre pénal international qui semble aujourd'hui limité aux questions concernant la Serbie, le Kosovo, le Congo... !

Le but de cet ouvrage " n'est pas d'invoquer ni de chercher à démontrer l'irréalité du gouvernement mondial, son impossibilité concrète ou son caractère utopique mais au contraire, tenant compte qu'il commence à se réaliser, de monter son caractère néfaste.
" Pourquoi ? " La construction d'un gouvernement mondial serait... un saut qualitatif au sens où ce gouvernement serait clairement d'une autre nature que n'importe quel Etat même impérial ou fédératif. Englobant par définition toutes les sociétés terrestres, il ne pourrait être que despotique parce qu' en lui s'anéantirait la diversité, seule condition d'existence de la politique. L'Etat démocratique ne saurait vivre que dans la tension de la multiplicité et de la concurrence intérieure et extérieure : dans un monde ouvert à tous les vents. L'Etat mondial, s'assignant le but de réaliser un universel moral doit contraindre à la vertu et, ce faisant, la détruit sur son passage parce qu'il n'y a pas de vertu sans liberté... Kant avait déjà perçu cette idée : la république universelle ne peut conduire qu'au despotisme universel.


Un livre très profond qui éclaire bien certaines tensions entre les Etats-Unis et l'Europe. 10

Guy Millière - Pourquoi Bush gagnera l'élection américaine

Editions Michalon

L'auteur connaît bien les Etats-Unis où il se rend très régulièrement, où il enseigne et dont il a tiré en novembre 2000 un bon livre intitulé " L'Amérique monde ", éditeur F.X. de Guibert. Le petit livre qu'il consacre à l'élection présidentielle américaine est l'un des rares à prévoir la victoire de G-W. Bush et l'un des plus rares encore à le souhaiter. Bref, concis, facile à lire parce que composé de petits chapitres très brefs, l'ouvrage de Millière examine comme l'a fait Guy Sorman mais de façon plus rapide tous les éléments qui font de l'Amérique contemporaine un pays à la fois plus conservateur et plus libéral qu'il ne l'était avant les années Reagan.

Ce sont donc tout autant les facteurs de société que la nécessité de soutenir une armée qui se bat au Pakistan et en Irak qui poussent les Américains à voter Bush. Par ailleurs, si Kerry l'importait, il paraît à peu près certain que sa politique étrangère et militaire serait très proche de celle de Bush. Le temps où l'Amérique se souciait d'un vote majoritaire à l'ONU est bien dépassé.10