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Livres
- Politique Internationale
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Comprendre la Chine d'aujourd'hui - Jean-Luc Domenach
Editions Tempus - 342 pages - avril 2008
- 10,50 euros
L'ouvrage de Jean-Luc Domenach est peut-être moins un ouvrage sur
la Chine qu'un livre écrit en Chine, et quasi exclusivement composé
de notes prises durant trois très longs séjours en Chine de 2002
à 2006.
Quatre ans de séjours dans un pays dont on parle parfaitement la
langue,
quatre ans à bavarder avec des dirigeants communistes, des opposants,
des journalistes mais surtout
quatre ans à bavarder couramment avec des ouvriers, des cuisiniers,
des chauffeurs de taxi, des professeurs, des mères de famille, des
serveurs, des touristes,
c'est un kaléidoscope humain d'une extrême
richesse parce que d'une très grande diversité.
Sur les rapports salariaux, sur les rapports des femmes et des hommes,
sur la résistance à l'oppression de l'Etat,
sur les aspirations profondes du peuple chinois, on apprend beaucoup
plus en lisant ce livre qu'en lisant les ouvrages de sinologues
réputés qui semblent bien mal connaître la vie courante du pays.
Un petit exemple : " A un petit carrefour où ma voiture ralentit,
j'ai le temps de lire la carte de visite que deux Chinois me tendent
et que j'hésite à traduire comme il le faut : "Fabrique de certificats
". Ils se vantent de réaliser toutes les sortes de certificats et
de sceaux : diplômes d'ingénieurs, carte d'identité, de domiciliation,
certificat de propriété, d'usage collectif du sol, de descendance,
diplôme d'anglais, de comptabilité, de cuisinier, certificat de
naissance, certificat de mariage, diplôme d'industrie et autre technique,
permis de conduire, carte militaire, d'assuré social etc...
Fabuleux marché et fabuleuse résistance aux règlements de toutes
sortes qui corsètent la vie en Chine. " 45
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Hubert Védrine - Rapport pour le Président de la République Sur
la France et la Mondialisation
Editions Fayard - octobre 2007 - 145 pages
- 10.00 euros
On a dit le plus grand bien du rapport de Monsieur Védrine résumé
dans un petit livre clair et concis (moins de 150 pages de
petit format).
Avouons ne rien y avoir trouvé de bien original ;
c'est une défense et illustration de la politique étrangère suivie
par la France depuis le retour du Général de Gaulle au pouvoir et
sans véritable discontinuité jusqu'à Miterrand et Chirac.
Il s'y ajoute un peu de machiavel, une vision réaliste du monde
et une ouverture à la mondialisation, assez naturelle pour un ancien
ministre des affaires étrangères et un homme qui connaît bien les
contraintes imposées à un pays qui ne pèse plus qu'1 % de la population
mondiale. Une bonne synthèse mais qui n'eut pas fait la même.
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Joëlle Kuntz -: L'histoire suisse en un clin d'œil
Ed. Zoé, novembre 2006, 185 pages petit
format, illustrations, 17 euros.
Voici un petit livre remarquable comme nous les aimons :
petit format et non pas 185 pages, comme il est indiqué, mais guère
plus de 70 car les illustrations sont nombreuses, les sauts de pages
et les blancs aèrent beaucoup le texte.
Si nous recommandons particulièrement ce livre c'est d'abord parce
qu'il traite d'un sujet passionnant dans le même esprit que celui
de Montesquieu dans Les lettres persanes :
Comment peut-on être Suisse ?
Voici un pays d'une rare pauvreté.
Au XVIIe et au XVIIIe siècle une agriculture limitée par la géographie
et le climat n'a jamais permis à sa population d'en vivre.
Durant plusieurs siècles, les Suisses n'ont vécu que de la force
de leurs bras, vendus à toutes les monarchies européennes et constituant
les corps d'élites de leurs troupes.
Voici ensuite un pays qui a su résister à la Révolution, à Napoléon,
à ses voisins tentés d'absorber des cantons et des populations proches.
Voici un pays uni malgré ses trois langues et deux religions antagonistes,
ne disposant d'aucune matière première et devenu l'un des plus riches
du monde à force d'énergie, de courage, de spécialisation.
Il est quelque peu facile de souligner qu'il reçoit depuis soixante
ans et plus des dépôts financiers considérables de toute l'Europe.
Explication qui n'en est pas une. Une masse de dépôts mal gérés
peut provoquer aussi bien l'inflation que la stagnation ou le développement.
Et l'Angleterre a longtemps, elle aussi, attiré l'argent du monde.
Voici surtout un pays qui, chose étrange
pour nous, ne fait pratiquement pas de politique, possède de nombreux
partis sans vocation et sans doctrine, n'a pas de président et dont
l'Etat, totalement décentralisé, est un des plus fédéraux du monde.
L'Etat suisse a un gouvernement de sept membres, élus par le Parlement,
mais à partir d'élections cantonales et sur la base d'un compromis
permanent qui n'a guère évolué depuis 200 ans.
Le fondement de la vie politique suisse c'est le respect absolu
de l'autonomie cantonale qui possède le pouvoir budgétaire et fiscal
et accorde à la confédération des pouvoirs limités et contrôlés.
Le referendum d'initiative fédérale, cantonale ou populaire y est
omniprésent et peu importe que la participation soit souvent faible.
Elle est faible pour tous.
La Suisse n'a pas voulu adhérer ni à l'Europe, ni à la S.D.N., ni
à l'O.N.U. qu'elle n'a rejoint qu'en 2002 " du bout des lèvres ".
On y trouve pourtant le plus grand nombre d'institutions internationales
et le siège de l'O.M.C.
Ce modèle de démocratie, le plus souvent ignoré et très souvent
raillé, mérite que l'on s'y arrête. Car c'est lui qui fait la richesse
de ce pays... cent fois plus que ses banques. 37
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Marc Ferro, - Le choc de l'Islam, 19e - 20e siècle,
Odile Jacob Ed. Poche, 250 pages, mars
2005.
Samir Kassir - Considérations
sur le malheur arabe
Actes Sud, novembre 2004, 100 pages.
Bernard
Lewis- Que s'est-il passé ? L'Islam, l'Occident et la modernité
Le Débat, Ed. Gallimard, août 2002, 19,90
euros.
On connaît le livre de Hutington, ouvrage paru en première édition
aux Etats-Unis en 1996, après un long article publié dans Foreign
Affairs en 1993, qui avait suscité à lui seul dans cette revue
plus de débats que dans les quarante années précédentes.
La thèse d'Hutington était prémonitoire mais force est de reconnaître
qu'elle s'applique parfaitement à l'Islam et beaucoup moins bien
aux autres sociétés.
Nul ne doute que la Chine et l'Inde poseront au monde de graves
problèmes dans une cinquantaine d'années, lorsqu'elles auront
bien assuré un développement complet et durable et que leur poids
économique, financier et militaire sera strictement comparable
à celui non pas de l'Europe - toujours éclatée - mais des Etats-Unis.
Toutefois, le divorce civilisationnel ne paraît pas pour l'instant
trop profond.
Et l'intégration des immigrés, Chinois comme Indiens, se fait
beaucoup plus facilement en Occident que l'immigration arabe.
Deux ouvrages complets, clairs et assez courts - ce que nous aimons
- nous le rappellent aujourd'hui.
D'abord celui de Marc Ferro " Le choc de l'Islam, du 18e au 21e
siècle ".
On connaît les talents vulgarisateurs de Marc Ferro et
sa capacité de travail qui le fait passer sans difficulté de la
direction de séminaires à l'école des hautes études en science
sociales, à la rédaction d'ouvrages savants, d'ouvrages de vulgarisation
puis à la rédaction d'articles et aux entretiens radio et télévisuels.
On lira avec un grand plaisir cette longue chronologie qui
va de la perte de la Crimée au démembrement de l'empire Ottoman,
puis à la conquête de l'Asie centrale par l'URSS.
Le second traumatisme, sans doute le plus fort, est la défaite
de l'Egypte et de tous les pays arabes coalisés, défaite infligée
en 1948 par un " Etat nain ", Israël.
Le dernier désastre connu est celui de l'éclatement du Pakistan.
Les Musulmans avaient déjà subi l'ascension des Hindous et s'étaient
sentis chassés de la péninsule indienne et voici que le Bangladesh
se sépare. Depuis, toutes les tentatives de reconstitution d'une
certaine unité islamique, même limitée à l'unité arabe, ont totalement
échoué.
La ligue arabe, Nasser, la République Arabe Unie, la tentative
Irak-Syrie-Liban, pour finir par Ben Laden.
L'ouvrage de Marc Ferro est plutôt la longue histoire des échecs
arabes que l'analyse des raisons de cet échec.
C'est au contraire ce qu'on trouvera
dans un remarquable petit livre de Samir Kassir " Considérations
sur le malheur arabe ".
M. Kassir est professeur à l'Institut des sciences politique de
l'Université Saint-Joseph de Beyrouth.
Cette université encore dirigée par une équipe de jésuites
d'une qualité exceptionnelle est une des meilleures sources d'information
sur le monde arabe.
Une bonne dizaine d'ouvrages ont été récemment publiés par le
corps enseignant de Saint-Joseph sur les évolutions en cours dans
ces pays.
Sachant qu'il nous est bien difficile de tout lire, n'hésitons
pas à le recommander en priorité, ces
" considérations sur le malheur arabe " présentent le grand intérêt
d'abord de comprendre, mais plus encore d'essayer de prévoir les
évolutions possibles.
Pour ceux qui souhaitent approfondir, il
ne faut pas oublier bien sûr la réédition de Bernard Lewis,
connu sur le plan mondial pour être un des deux ou trois meilleurs
spécialistes du monde musulman, sinon le meilleur.
Son ouvrage le plus récent qui veut être un livre de vulgarisation
rendue nécessaire par l'actualité est sans doute le plus complet
sur l'actualité et ses conséquences sur la politique internationale.
Ce livre est d'ailleurs né de trois conférences prononcées à Vienne,
fondues avec deux ou trois articles de revues. L'unité de l'ouvrage
n'en souffre absolument pas, la facilité de lecture en est accrue.
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Jackie Assayag - L'Inde ou la
mondialisation vue d'ailleurs
Ed. du Seuil, septembre 2005, 300 pages.
La réforme de l'économie chinoise est fondée sur le changement
de cap radical qu'a imposé Deng Xiao Ping en 1980. Elle a donc
25 ans mais les occidentaux ne s'en sont guère rendus compte qu'il
y a cinq ou six ans.
Aujourd'hui, chacun craint de ne pas apprécier assez vite les
progrès de l'Inde et d'être en retard pour comprendre ce phénomène
comme l'Europe a été en retard pour comprendre l'évolution chinoise.
Sachant que l'Inde a maintenant un taux de croissance proche de
celui de la Chine, chacun s'y précipite et croit voir dans ce
très grand pays un marché similaire au marché chinois et une évolution
analogue.
Il est peut-être utile à un tel moment de faire appel à de bons
spécialistes de ces pays pour comprendre leur évolution.
Celle de l'Inde sera en tout point totalement différente de
celle de la Chine.
L'Inde est un pays religieux, plus complètement
religieux qu'aucun autre pays du monde.
Et l'existence du Pakistan et du Bangladesh n'empêche pas qu'à
côté de 8 ou 900 millions d'hindouistes, une centaine de millions
de musulmans habitent encore le pays.
Lorsque la télévision indienne programma l'adaptation du Ramayana,
puis l'épopée du Mahabharata, 80 % des Hindous se figèrent autour
de leur poste de télévision ou s'agglutinèrent sur les places
publiques où le feuilleton était retransmis.
L'hindouisme nationaliste, souvent agressif, se marie d'ailleurs
avec un humanisme et des rituels très anciens comme avec le système
des castes que la démocratie n'a pu faire évoluer qu'assez superficiellement.
Le virage qu'a
fait la Chine il y a vingt-cinq ans, l'Inde l'a fait plus récemment
en remettant en cause un système dirigiste d'Etat présenté à l'époque
de Bandoeng comme une troisième voie entre le socialisme et le
capitalisme et en adoptant un système beaucoup plus libéral qui,
comme ailleurs, fabrique de toute évidence progrès économique
et conflits politiques et sociaux.
La question culturelle et politique de la place des femmes indiennes
dans la société en est l'illustration.
De grandes firmes occidentales s'installent
en Inde dans l'industrie classique tandis que le capitalisme indien
s'est taillé une solide réputation internationale dans les nouvelles
technologies de l'information et de la communication.
600 000 professionnels indiens travaillent dans ce secteur et
260 000 ingénieurs sont formés chaque année dans le pays.
Ils émigrent malheureusement trop souvent aux Etats-Unis et l'on
estime que les effectifs de Microsoft et de la NASA sont constitués
à près d'un tiers par des émigrés indiens.
Cela dit, plus encore qu'en Chine, les contrastes entre quelques
Etats et quelques grandes métropoles modernes et le reste du pays
sont considérables.
Le pays compte encore 500 millions d'illettrés et l'eau potable
reste une denrée rare, comme l'électricité.
J. Assayag travaille sur l'Inde depuis
une quinzaine d'années et a déjà publié une dizaine d'ouvrages,
soit seul, soit en collaboration avec d'autres spécialistes. Son
livre est un point très complet sur un pays qu'il connaît parfaitement.25
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François
Jullien - Conférence sur l'efficacité
Coll. Libelles, PUF, septembre 2005, 92
pages.
Nous avons tenté de lire et de comprendre la pensée du philosophe
François Jullien, qui passe pour être un des meilleurs sinologues
français.
C'est sans doute vrai mais, comme beaucoup de philosophes, il n'échappe
ni à une complexité excessive, ni au jargon, ni à un déroulement
de la pensée si lent et si complexe que le fil en est assez vite
perdu.
Nous ne citerons pas deux livres parus en bibliopoche que nous avons
un peu regretté d'avoir entamés.
Par contre sa pensée est assez bien résumée dans le petit ouvrage
cité ci-dessus " Conférence sur l'efficacité ". 25
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André
Chieng avec François Jullien - La pratique de la Chine
Ed. Grasset, janvier 2006, 280 pages.
Le but de l'ouvrage d'André Chieng est très éloigné de celui de
Guy Sorman.(ci-dessous) Il ne cherche ni à faire l'éloge de la Chine,
ni à prévoir la rapidité de son développement, ni à encourager l'Occident
à y investir ou à ne pas investir... L'auteur, polytechnicien et
intermédiaire très actif entre les hommes d'affaires français et
chinois, a reçu une éducation familiale chinoise avant de suivre
la filière classique de nos grandes écoles.
Il a donc une vue simultanée de la culture française et de la
culture chinoise, d'autant qu'il vit la moitié du temps en Chine.
" Je crois, dit-il, que pour nouer des rapports, y compris d'affaires
avec les Chinois, il faut d'abord rouvrir notre pensée car on ne
peut dissocier gestion et réflexion. "
Les trois fondements de la psychologie collective chinoise sont
le confucianisme (que l'on peut confondre avec le taoïsme), le bouddhisme
et la vertu familiale liée d'ailleurs à la vertu du collectif.
Ces trois grands principes ont des conséquences dans la vie de tous
les jours, comme dans le fonctionnement des affaires.
Quelques exemples :
- La vérité ou le détour
Le concept de vérité unique correspond mal à la société chinoise.
La vérité c'est une tendance plutôt qu'une affirmation, la tendance
qui vous rapproche de plus en plus de la voie la plus vraie ou plutôt
la plus sage, la voie du Tao.
Prenons l'exemple pratique de la Révolution culturelle. A-t-elle
été une erreur sanglante sur laquelle il faut dire toute la vérité
? Oui et non.
Cela a été une erreur sanglante. Il y a été mis fin avec la condamnation
à mort de la Bande des Quatre.
Faut-il pour autant proclamer sa " nullité " et condamner tous ses
acteurs ? Non car cela provoquerait de tels troubles dans la société
chinoise qu'elle en serait trop profondément choquée.
Il suffit que la voie soit bien tracée et suivie : celle de l'abandon
total de la révolution culturelle et de la mise en place de valeurs
inverses.
C'est dans le même esprit que les Chinois évitent de dire " Non
" et trouvent toutes sortes de subterfuges pour éviter cette extrémité.
Sur une question trop précise, on laisse entendre que, on donne
une réponse provisoire, on propose une stratégie qui permet de lire
entre les lignes etc...
- La création ou la transformation
La tradition culturelle chinoise ignore le concept de création
du monde, comme le concept de la création tout court.
La société chinoise l'a remplacé par le concept de process.
L'exemple vient de loin et de haut.
Confucius lui-même a dit : " Je transmet, je n'invente rien. "
L'enseignement chinois continue à prôner l'apprentissage avant la
création. Il faut copier avant d'innover.
La question de la création se double d'une question subsidiaire
dont l'importance est considérable : celle de la propriété intellectuelle.
Ce concept a-t-il un sens ?
Pour un Occidental il n'y a pas de doute, copier c'est mal et c'est
même un vol.
Or en chinois, le même mot signifie à la
fois copier et apprendre. Condamner la copie c'est aussi
condamner l'apprentissage et condamner l'auteur.
En rentrant à l'OMC, les Chinois ont bien sûr compris qu'il fallait
adopter la même convention que l'Occident dans ce domaine de la
contrefaçon.
Toutefois, souligne M. André Chieng, cela sera pour eux d'autant
plus difficile que cette idée doit être admise par l'ensemble des
cadres et de la population chinoise, ce qui prendra nécessairement
beaucoup de temps.
Dans dix autres domaines, cet ouvrage donne un éclairage totalement
différent de celui de Guy Sorman à la question chinoise.
Et d'abord à la question de la démocratie.
Les milieux officiels chinois indiquent effectivement que le pays
n'est pas encore une démocratie mais qu'il le deviendra naturellement
grâce au progrès économique et au développement des entreprises
et du capitalisme.
Ils font remarquer à leurs interlocuteurs occidentaux que la Chine
a pu devenir le pays le plus capitaliste et le plus libéral de la
planète - ou presque - sans qu'on ait été obligé de le dire, sans
renier le passé, sans provoquer de drame socio-politique, sans bouleverser
la société.
De Louis XVI à Gorbatchev, on a vu que le moment de la transition
était toujours extrêmement difficile.
La Chine préfère ne pas risquer la destruction qu'engendre toute
révolution et se rapprocher de la démocratie par la voix du " tao
", la voix du rapprochement, de l'asymptote. 25
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Guy Sorman - L'année du coq
Ed. Fayard, 325 pages, janvier 2006.
Guy Sorman a voulu délibérément interroger dans tous les domaines
les Chinois résistants, rebelles ou au moins très distanciés par
rapport au régime actuel.
Il donne ainsi un portrait de la Chine à la fois violent, dangereux
et relativement sans perspectives.
C'est peu de dire que Sorman ne croit pas au développement de
la Chine.
Il ne méconnaît pas la vigueur de la croissance actuelle mais
conteste les statistiques officielles - sans doute à juste titre
car tous les pays communistes ont toujours trafiqué leurs chiffres.
Il estime que les effets négatifs de cette croissance conduiront
très vite à un fort ralentissement : épuisement des sols, pollution,
épidémies, sida, gaspillage de l'eau, système bancaire incontrôlé,
prolifération d'investissements inutiles etc...
Pour le reste, Guy Sorman dénonce l'absence de démocratie, la
dictature du Parti, une police incontrôlée, un système social bien
pire que celui de la France au début de l'ère industrielle...
En conclusion, Sorman estime qu'aucun scénario positif n'est possible,
mais les scénarios " catastrophes " lui semblent également peu probables.
Alors, conclut-il, défendons fortement nos convictions sur la démocratie,
les droits de l'homme et le libéralisme économique.
Ne craignons pas d'incarner nos valeurs humanistes.
Le gouvernement de Pékin est très sensible à son image en Occident.
C'est grâce à la pression des pays libres que la Chine peut évoluer.
En attendant, la Chine est très largement un leurre. Méfions-nous
d'y investir, d'autant que la rentabilité actuelle des investissements
est très aléatoire en l'absence d'une sécurité juridique réelle.
Au passage, Guy Sorman raille les sinologues de toutes natures,
et particulièrement François Jullien :
" Les mandarins français se plaisent en compagnie des mandarins
chinois. Le discours dominant sur la diversité culturelle fait son
miel de l'essentielle différence chinoise, tout en abandonnant à
ces grossiers américains le soin de défendre universellement la
démocratie et les droits de l'homme. Le sinologue passionné de Confucius
sera toujours le bienvenu au Parti Communiste chinois... " 25
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Ronald Reagan - Ecrits personnels
Traduction et introduction de Guy Millière
Editions du Rocher, 577 pages, janvier
2003, 25 euros.
Vous lirez ci-dessous un petit texte comparable à quelques 250 autres
articles écrits par Ronald Reagan pour préparer de courtes émissions
radio qui se sont étalées au cours des années précédant sa candidature
à la Maison Blanche.
Ces textes mis bout à bout, constituent un ensemble doctrinal
aussi simple et pragmatique que solide et sans faille conceptuelle.
La pensée de Reagan n'a bien évidemment pas la rigueur et la profondeur
de celle d'Hayek ou de Friedmann.
Mais elle constitue un excellent fondement pour rassembler une
majorité politique soudée autour d'une idéologie et donc capable
de suivre durant de longues années une stratégie rigoureuse.
L'histoire de la petite poule rousse constituerait une bonne doctrine
pour une nouvelle majorité en 2007.
" Il était une fois une petite poule rousse qui gratta le sol
près de la grange, jusqu'à ce qu'elle trouve quelques grains de
blé. Elle appela ses voisins, et leur dit :
" Si nous plantons ces grains, nous aurons du pain à manger. Qui
m'aidera à les planter ?
" Pas moi ", dit la vache.
" Pas moi ", dit le canard.
" Pas moi ", dit le cochon.
" Pas moi ", dit l'oie.
" Alors, je le ferai ", dit la petite poule rousse. Et elle le fit.
Le blé poussa et mûrit, jusqu'à devenir bien doré.
" Qui m'aidera pour la récolte ? ", demanda la petite poule
rousse.
" Cela ne correspond pas à ma formation ", dit le cochon.
" Je perdrais mes années d'ancienneté ", dit la vache.
" Je perdrais mes allocations chômage ", dit l'oie.
" Alors, je le ferai ", dit la petite poule rousse, et elle le fit.
Enfin, vint le moment de faire la pain. " Qui m'aidera à faire
le pain ? ", demanda la petite poule rousse.
" Cela m'obligerait à faire des heures supplémentaires ", dit la
vache.
" Je perdrais mes avantages sociaux ", dit le canard.
" J'ai toujours été assisté, et je ne sais pas faire ", dit le cochon.
" Si je suis la seule à participer, ce ne serait socialement pas
juste ", dit l'oie. "
" Alors, je le ferai ", dit la petite poule rousse.
Elle fit cinq miches de pain, et les montra à ses voisins.
Tous en voulaient, et demandaient leur part. Mais la petite
poule rousse leur dit : " Non, je peux les manger toute seule. "
" Profiteuse ", cria la vache.
" Sale capitaliste ", hurla le canard.
" Je demande le respect de mes droits ", ajouta l'oie.
Et le porc se contenta de grogner.
Ils peignirent le mot " injustice " sur des banderoles, et manifestèrent
contre la petite poule rousse, lui criant au passage des obscénités.
Quand un agent du gouvernement vint, il dit à la petite poule rousse.
" Tu ne dois pas être aussi cupide. "
" Mais j'ai gagné ce pain ", dit la petite poule rousse.
" Exactement, dit le fonctionnaire, c'est ce qu'il y a de merveilleux
avec le système de libre entreprise. Tout le monde à la ferme peut
travailler et gagner autant qu'il le veut. Mais selon les règles
de gouvernements modernes, les plus productifs doivent partager
leur production avec les paresseux. "
Et ils vécurent tous heureux ensuite, y compris la petite poule
rousse, qui dut dire poliment au fonctionnaire :
" Je suis reconnaissante, je suis reconnaissante. "
Mais ses voisins se sont demandés pourquoi, à dater de ce jour,
elle ne fit plus de pain.
C'était Ronald Reagan. Merci de m'avoir écouté. "
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La Russie et les autres pays de la CEI en 2004
La Documentation Française, 225 pages,
19 euros.
Ce sont les événements d'Ukraine, de Moldavie et du Kirghizstan
qui nous ont poussés à regarder ce qu'avait édité dans ce domaine
La Documentation Française.
Son rôle de service public s'explique précisément par l'intérêt
porté à des pays et à des sujets qu'aucun éditeur ne pourrait aujourd'hui
traiter.
Sur les douze principales républiques de l'ex Union Soviétique,
dix à vingt pages, une trentaine pour la Russie font un point complet
des questions économiques, politiques et sociales qui se sont posées
en 2004.
Si l'on veut suivre les problèmes très graves qui vont nécessairement
se poser dans ces pays à court terme
(la dérive autoritaire en Russie, la dictature biélorusse qui pourrait
éclater, les dangers de la situation en Georgie, l'impossibilité
de démocratiser le Kazakhstan) cet ouvrage est indispensable.
On attend toujours le grand sociologue ou le collectif d'écrivains
qui rendrait un formidable service à la jeunesse étudiante de nos
pays en écrivant une étude solide, objective et sans complaisance
sur le thème :
" Soixante-dix ans de communisme : conséquence sur les structures
psychosociologiques et morales des populations. "
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Anna
Politkovskaïa
- Tchétchénie , le déshonneur russe
Editions Folio documents, Gallimard, 315
pages, février 2005, 6,20 euros.
Grand reporter d'un des seuls hebdomadaires vraiment libres de Russie,
Novaïa Gazeta, Mme Politkovskaïa s'est rendue plus de quarante
fois en Tchétchénie et connaît vraiment à fond tous les aspects
de cette seconde guerre qui dure maintenant depuis près de six
ans.
Son livre, écrit avec pudeur et sans aucun excès est vraiment
terrifiant par beaucoup d'aspects.
Le plus important est sans doute les répercussions qu'elle décrit
très clairement sur la vie politique russe, l'attitude de la police,
de la justice, de la F.S.B. etc...
Le conflit tchétchène gangrène véritablement le pouvoir russe.
Il est à la fois la cause et la conséquence des dérives autocratiques
que décrit bien le numéro spécial de la Revue Pouvoirs parue à
ce sujet. 16
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Guy Millière - Pourquoi Bush sera réélu
Editions Michalon, septembre 2004, 158
pages, 13,50 euros.
Pourquoi rendre compte ici d'un livre qui peut paraître dépassé
puisque l'élection a eu lieu il y a cinq mois ? C'est précisément
pour comprendre le résultat de ces élections qui a surpris la plupart
des Français et beaucoup d'européens tant l'élection de Bush fut
ressentie comme un désastre et presque une usurpation par l'anti-américanisme
ambiant.
Guy Millière qui connaît parfaitement les Etats-Unis, qui y enseigne,
qui connaît toute la littérature économique, politique et philosophique
américaine, était bien placé pour comprendre les raisons profondes
des dernières élections.
Ce livre a en outre le mérite de faire comprendre en 150 pages les
raisons de la montée du néo-conservatisme,
la bataille des idées totalement perdues par les démocrates,
les causes du dynamisme économique américain et bien sûr, le
sentiment des Américains que le danger islamique n'a pas disparu
et qu'ils sont les seuls à même - hélas - de pouvoir y faire face.
Les causes profondes du nationalisme et du patriotisme américain
sont bien analysées : les Etats-Unis sont le seul pays fondé sur
des idéaux :
des idéaux individuels puisque chaque Américain est un émigré ou
un fils d'émigré qui a décidé seul de son destin ;
un idéal collectif fondé sur cette communauté de " volontaires "
qui a peu de choses à voir avec les communautés fondées sur les
hasards de la naissance. 16
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Anatol Lieven - Le nouveau nationalisme américain
préface d'Emmanuel Todd,
Editions J-C. Lattès, 488 pages, 21,50
euros.
Dans ce gros livre de près de 500 pages, Anatol Lieven, historien
britannique installé aux Etats-Unis, développe une thèse qu'Emmanuel
Todd juge originale mais qui semble pourtant bien banale :
Les Etats-Unis sont tombés dans la sombre marmite du nationalisme
comme les grandes puissances européennes avant la guerre de
1914, comme les grands pays sous-développés après la fin de la colonisation.
Le nationalisme ne doit pas être confondu avec le patriotisme.
Il en est l'exaspération donc une maladie grave.
Pourquoi les Américains sont-ils devenus nationalistes ?
Parce qu'ils sont frustrés :
frustrés par un développement économique purement utilitariste
qui ne leur permet pas de se libérer intellectuellement,
frustrés par la non reconnaissance de leurs alliés qu'ils
ont pourtant aidés de façon continuelle, en 1917, en 1940, en s'opposant
à l'URSS etc...,
frustrés par une immigration trop importante qui remet en
cause leurs valeurs et leur langue,
frustrés par des mouvements sociaux qui, au détriment de
la démocratie, donnent des avantages excessifs et immérités à de
nombreuses minorités (noirs, indiens, homosexuels, mouvement féministe...).
La victoire nette de Georges Bush en novembre 2004 n'est pas
un accident de l'histoire ni la victoire d'une minorité néo-conservatrice,
c'est la victoire de tendances culturelles et idéologiques profondes
qui dominent effectivement aujourd'hui les Etats-Unis.
Cet ouvrage est assez typique d'un anti-américanisme intelligent
qui aboutit au même résultat que l'anti-américanisme primaire
mais qu'il est intéressant d'étudier pour comprendre les mécanismes
plus généraux de la critique systématique d'un peuple.
D'abord, l'auteur n'accorde aucune importance et ne parle d'ailleurs
jamais du refus de l'Etat autoritaire qui est un trait fondamental
de la culture sociale américaine.
Rien sur les contre-pouvoirs forts et permanents, rien sur une
liberté dont nous n'avons pas idée en France. Là où nous interdisons
le livre du médecin qui a soigné Mitterrand, les Américains autorisent
des débordements contre leur président et leurs principaux hommes
politiques cent fois plus sérieux que nos " Guignols " (cf. l'affaire
Clinton après l'affaire Nixon et quelques autres).
Ensuite, Anatol Lieven traduit continuellement en " creux " ce qui
pourrait parfaitement être exprimé en " plein ".
Les Américains ont effectivement gagné la guerre 14-18. Là où Français
et Allemands au prix de millions de morts ne parvenaient pas à faire
la différence, les troupes américaines, leurs chars et leur aviation
ont fait basculer le rapport de force.
Il est évident que l'Europe serait nazie aujourd'hui sans les
Etats-Unis. Les troupes russes n'ont tenu et gagné qu'avec les
dizaines de milliers de chars débarqués des Etats-Unis. Et sans
la conquête de l'Afrique du nord, puis de l'Italie, puis du débarquement
en Normandie, ce sont les successeurs de Pétain et de Laval qui
nous gouverneraient.
Imagine-t-on ce qu'aurait été Berlin sans Kennedy, ce que seraient
la Corée du sud, Israël et Formose sans les Etats-Unis ?
Les Américains sont effectivement religieux et pratiquants à
55/60 %. Est-ce une tare ?
Les Américains défendent vigoureusement un système économique qu'ils
jugent trop critiqué par de fortes minorités agissantes. Est-ce
une tare ?
Les
Américains estiment effectivement que l'université, et déjà l'école
donnent beaucoup trop d'importance à des minorités qui imposent
leurs vues contre celle de la majorité. Ont-ils tort ?
Les Américains tiennent aux valeurs qui ont fait d'eux une terre
promise pour la planète entière.
Irlandais avant-hier, Européens et Juifs hier, Chinois, Orientaux,
rescapés de toutes les dictatures du monde ne rêvent que des Etats-Unis.
Ont-ils tort de défendre ces valeurs ?
En deux mots, le nationalisme américain est-il un nationalisme
de frustrés ou un nationalisme de femmes et d'hommes heureux d'habiter
un pays dont ils sentent bien qu'il est extrêmement original et
qu'il doit être défendu comme tel avec ses qualités et ses défauts.
Pourquoi alors attirer l'attention sur le livre de M. Lieven ? Eh
bien, tout simplement parce qu'il faut étudier ses adversaires pour
les comprendre et les réfuter. 16
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Erik Izraelewicz
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Quand la Chine change le monde
Editions
Grasset, 2005, 300 pages.
Le P.I.B. chinois était de 100 en 1978 ; il sera de 800 en 2006.
C'est ce que donne un taux d'expansion de 7 % par an lorsqu'il est
maintenu pendant trois décennies. Et concrètement, cela donne des
choses étonnantes.
La Chine fabrique 70 % des jouets du monde entier, 60 % des bicyclettes,
50 % des ordinateurs, 50 % des appareils de photos mais aussi, c'est
moins honorable, 75 % des contrefaçons de marques du monde entier.
L'agglomération de Pékin construit actuellement son sixième boulevard
périphérique.
Le grand Shangaï a déjà construit plus de gratte-ciel que l'ensemble
de la ville de New York.
Plus encore que cela, ce qui marque le développement chinois
c'est une formidable volonté de réussir, de se perfectionner, de
penser son avenir à long terme, de prendre en quelque sorte une
revanche sur l'histoire et de redevenir la première puissance du
monde, ce qu'elle a été dans le passé.
C'est pourquoi la Chine consacre tant de moyens à la recherche,
au développement de ses technologies, à ses universités, au développement
de grandes business school en collaboration avec les Etats-Unis.
Comment s'introduire dans ce formidable processus de développement
?
Franck Riboud, le P.D.G. de Danone, a consacré à cet ouvrage un
bon article dans Les Echos où il montre que s'il réussit en Chine,
il réussira dans toute l'Asie et assurera sa position dominante
sur le marché européen.
La Chine n'inquiète dit-il que ceux qui ne veulent pas faire l'effort
de travailler avec elle et de la concurrencer.
Une grande leçon pour l'Europe.14
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Anne de Tinguy" La grande migration. La Russie
et les Russes depuis l'ouverture du rideau de fer
Editions Plon, 664 pages
Après 73 ans d'enfermement, l'ouverture du rideau de fer a provoqué
des mouvements sans précédent dans l'ex U.R.S.S.
Plus de 4 millions de personnes ont quitté le pays vers l'Allemagne
Fédérale, Israël et les Etats-Unis.
Parallèlement, 6 millions de Russes et d'Ukrainiens ont quitté le
Caucase et les Républiques d'Europe centrale où les russophones
se sont trouvés minoritaires et marginalisés.
D'autres mouvements moins importants se sont aussi produits entre
les pays Baltes, l'Ukraine et la Russie.
Enfin, les frontières sibériennes sont poreuses et les mouvements
entre la Chine et la Russie s'amplifient.
Enfin, l'ouverture des frontières a produit des mouvements commerciaux
considérables avec la création de marchés pour partie illicites
et clandestins, pour partie régularisés.
Déclin démographique, maladies, suicides, alcoolisme et émigration
composent un tableau dramatique de la Russie d'aujourd'hui.
A méditer par les gentils marxistes novateurs d'ATTAC. 14
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Henry Laurens
- L'Orient arabe à l'heure américaine
Editions Armand Collin,
janvier 2004, 293 pages.
Henry Laurens est sans doute le meilleur spécialiste du Moyen-orient
dans l'université française.
Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d'histoire
contemporaine du monde arabe.
Ses ouvrages les plus connus sont " Paix et guerre au Moyen-orient
" (1999) et surtout, un considérable travail sur la Palestine
publié en deux volumes chez Fayard en 1999 et 2002 " La question
de Palestine ". " L'orient arabe " prolonge " Paix et guerre
au Moyen-orient " pour les douze dernières années, de 91 à aujourd'hui.
La conclusion de l'auteur n'est pas optimiste.
" La configuration des forces explique pourquoi la politique de
l'Orient arabe est constituée d'affrontements arrêtés, le plus souvent,
in extremis. Le grand art est de se placer au bord du gouffre afin
qu'une intervention régionale ou internationale apporte une solution,
généralement partielle, au problème en cours, d'où la multiplication
des médiations et des médiateurs. Tout se passe comme si les
discours arabes étaient décentrés par rapport à leurs auteurs :
le groupe communautaire parle d'unité nationale et ne défend
que ses intérêts propres, l'Etat libanais prône l'Etat-Nation qu'il
est incapable d'être, les Etats arabistes comme la Syrie l'Egypte
ou l'Irak se posent en unificateurs des arabes et n'agissent qu'en
fonction de leurs intérêts propres immédiats... " 12
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Chahdortt
Djavann - Bas les
voiles et Que pense Allah de l'Europe
Editions Gallimard, 55 pages, juin 2004.
Ces deux petits livres écrits par une jeune ethnologue iranienne
sont à lire comme des morceaux choisis. "
Que pense Allah de l'Europe, de ce qui se passe en Europe ?
Je pense qu'Allah, s'il existe, estime qu'il est temps que l'Europe
s'interroge sur elle-même, sur ce à quoi elle croit et ce à quoi
elle ne croit pas, sur les limites du tolérable et de l'intolérable
sur ce qu'est et doit être la démocratie...
Allah me semble-t-il en a assez d'entendre parler de l'Islam
et voudrait bien envoyer au Diable les islamistes et leurs alliés...
" 12
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Asne
Seierstad - Le libraire
de Kaboul
Editions Le Livre de poche, 347 pages.
Voir et comprendre comment fonctionne dans la vie quotidienne le
libraire de Kaboul, l'homme qui a risqué sa vie pour ses livres
mais l'homme incapable de rapports tout simplement normaux avec
sa femme et ses filles, c'est comprendre toute la difficulté
d'instaurer la démocratie dans des pays dont l'histoire culturelle
a 4 à 5 siècles de retard par rapport à l'occident.
Véritable Cendrillon, Leila, jeune fille de 19 ans petite sœur du
libraire s'épuise à servir toute la famille avant d'être promise
au triste beau-fils de sa sœur. 12
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Chantal Delsol - La grande méprise
Editions La Table ronde, 172 pages, septembre
2004.
Chantal Delsol, philosophe, professeur à l'université de Marne
la Vallée nous donne ici un petit livre comme nous les aimons c'est-à-dire
qui éclaire des événements politiques ambigus à la lumière de la
philosophie.
Elle prend ici comme thème un fait controversé et très important
: la création d'un tribunal pénal international reconnu par la
plupart des pays européens, contesté par les Etats-Unis et la plupart
des autres pays du monde.
Citons : " Une justice pénale internationale a commencé à voir
le jour (... de façon exceptionnelle avec le tribunal de Nuremberg
...) mais surtout depuis la fin de la guerre froide. Par elle-même
elle rend nécessaire un gouvernement mondial. Les deux instances
sont liées. Aujourd'hui, dix ans après la mise en place du T.P.I.
(1993) un an après l'entrée en vigueur de la convention prévoyant
la création d'une cour pénale internationale permanente, il est
clair que nous vivons dans une situation intermédiaire et inconfortable.
En effet, la justice pénale internationale ne punit que certains
criminels saisissables appartenant à des pays en situation de dépendance.
Même si la Chine et la Russie ratifiaient le traité permettant le
mise en place de la CPI, celle-ci pourrait-elle juger les dirigeants
chinois pour leurs agissements au Tibet ou convoquer Poutine dans
le box de l'accusation pour les crimes commis en Tchétchénie ?
Elle cite plusieurs auteurs, MM. Todorov, Habermas, Hassner et Terré
qui indiquent tous que l'absence d'Etat universel frappe d'une
singulière infirmité, spécialement en matière de justice, les ébauches
d'un ordre pénal international qui semble aujourd'hui limité aux
questions concernant la Serbie, le Kosovo, le Congo... !
Le but de cet ouvrage " n'est pas d'invoquer ni de chercher à
démontrer l'irréalité du gouvernement mondial, son impossibilité
concrète ou son caractère utopique mais au contraire, tenant compte
qu'il commence à se réaliser, de monter son caractère néfaste.
" Pourquoi ? " La construction d'un gouvernement mondial serait...
un saut qualitatif au sens où ce gouvernement serait clairement
d'une autre nature que n'importe quel Etat même impérial ou fédératif.
Englobant par définition toutes les sociétés terrestres, il ne
pourrait être que despotique parce qu' en lui s'anéantirait la diversité,
seule condition d'existence de la politique. L'Etat démocratique
ne saurait vivre que dans la tension de la multiplicité et de la
concurrence intérieure et extérieure : dans un monde ouvert à tous
les vents. L'Etat mondial, s'assignant le but de réaliser un universel
moral doit contraindre à la vertu et, ce faisant, la détruit sur
son passage parce qu'il n'y a pas de vertu sans liberté... Kant
avait déjà perçu cette idée : la république universelle ne peut
conduire qu'au despotisme universel.
Un livre très profond qui éclaire bien certaines tensions entre
les Etats-Unis et l'Europe. 10
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Guy Millière - Pourquoi Bush gagnera l'élection
américaine
Editions Michalon
L'auteur connaît bien les Etats-Unis où il se rend très régulièrement,
où il enseigne et dont il a tiré en novembre 2000 un bon livre intitulé
" L'Amérique monde ", éditeur F.X. de Guibert. Le petit livre qu'il
consacre à l'élection présidentielle américaine est l'un des rares
à prévoir la victoire de G-W. Bush et l'un des plus rares encore
à le souhaiter. Bref, concis, facile à lire parce que composé de
petits chapitres très brefs, l'ouvrage de Millière examine comme
l'a fait Guy Sorman mais de façon plus rapide tous les éléments
qui font de l'Amérique contemporaine un pays à la fois plus conservateur
et plus libéral qu'il ne l'était avant les années Reagan.
Ce sont donc tout autant les facteurs de société que la nécessité
de soutenir une armée qui se bat au Pakistan et en Irak qui poussent
les Américains à voter Bush. Par ailleurs, si Kerry l'importait,
il paraît à peu près certain que sa politique étrangère et militaire
serait très proche de celle de Bush. Le temps où l'Amérique se souciait
d'un vote majoritaire à l'ONU est bien dépassé.10
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